Auteurs : Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers
Editeur : Rue de l'échiquier
Collection : Initial(e)s DD
ISBN-13: 978-2917770351

Il y a 40 ans, un groupe d'experts indépendants rédigeaient, à la demande du Club de Rome, un ouvrage qu'ils appelèrent "The limits to Growth". Élaboré au sein du MIT par cette petite équipe de jeunes scientifiques, ce livre analysait les causes et les conséquences à long terme de la croissance sur la démographie et l'économie matérielle mondiales. Denis Meadows dirigea ce groupe de 15 personnes qui, pendant 2 ans, se servirent de la théorie de la dynamique des systèmes et de la modélisation informatique pour analyser les interactions entre la population, la croissance industrielle, la production alimentaire et les limites des écosystèmes terrestres.

En 1972, année de sa sortie, l'idée générale du livre était de s'attacher à éviter le dépassement des limites terrestres à une époque où rares étaient ceux qui contestaient la durabilité à long terme de la croissance économique.

En 1992 l'équipe réalisa une mise à jour de son étude qu'elle publia sous le titre "Beyond the limits", au-delà des limites. 20 ans après la première étude, les modèles informatiques et l'analyse du groupe de scientifiques indiquaient que l'humanité avait déjà dépassé les capacités de la planète. Il était déjà clair alors que la société n'allait pas dans le sens de la durabilité et qu'il fallait ramener le monde en territoire soutenable. Les auteurs montraient que cela pouvait à l'époque s'effectuer assez facilement.

Poursuivant leur travail d'observation de l'évolution mondiale et son analyse, le groupe actualisa son étude pour la seconde fois et publia en 2004 l'ouvrage "The limits to Growth – the 30 years update". 8 ans après, la traduction en français de ce livre est tout juste disponible. 40 ans se sont écoulés depuis la première édition. Quelle est la situation mondiale et ses possibles futurs ?

Dans leur préface, les auteurs s'annoncent beaucoup plus pessimistes qu'en 1972, constant avec tristesse que la monde a gâché pendant 30 ans ses chances de revenir dans une situation viable à long terme. Leur motivation à rédiger ce nouveau livre était de souligner que le monde était en état de dépassement mais qu'il était possible d'agir afin de réduire les dégâts et les souffrances qui pourraient en résulter. En 2004, les auteurs proposaient des analyses et des données montrant que les orientations politiques dominantes allaient dans la mauvaise direction. Ils voulaient inciter les citoyens du monde entier à soutenir les choix aptes à limiter les dégâts causés par le dépassement. C'était il y a 8 ans déjà… Transportons-nous en 2004 pour le temps de la lecture de ce livre passionnant.

Il est une chose importante à considérer vis-à-vis de cet ouvrage, et les auteurs insistent bien sur ce fait, ils ne nous présentent aucunement une description de ce qui va se passer au niveau mondial. Ils exposent plusieurs scénarios possibles, lesquels montrent qu'il faut exclure toute possibilité d'une croissance soutenue à l'avenir.

Le début de l'ouvrage est consacré à la problématique de base de l'humanité: la croissance exponentielle. C'est en par elle que le système mondial fonctionne ou voudrait fonctionner.

Tout serait donc sensé augmenter d'une proportion (en pourcentage) identique d'une année sur l'autre, l'augmentation portant donc aussi sur l'augmentation de l'année précédente, ce qui donne une augmentation en valeur faible au début, mais qui devient d'année en année de plus en plus grande en valeur et s'accélère extrêmement vite à un certain moment. D'où la forme exponentielle. La croissance exponentielle constatée en de nombreux domaines amène à franchir de nombreuses limites car les systèmes possèdent bel et bien leurs limites, quel que soit le domaine considéré, tant et si bien qu’à terme un effondrement se produit. Dans la pratique cette effondrement se traduit sur la population (nombre d’individus sur terre), les ressources disponibles, la production industrielle, de nourriture, l’indice de bien être humain et même, ce qui pourrait paraitre paradoxal à première vue, l’empreinte écologique des hommes. Les différents mécanismes impliqués, les limites liées aux sources et exutoires, la dynamique de la croissance exponentielle dans un monde fini nous sont exposés de manière claire et accessible au non scientifique. De nombreux exemples émaillent ces premiers chapitres avec, en particulier, celui du trou dans la couche d’ozone, exemplaire en ce sens que l’humanité a su agir en vue d’éviter l’effondrement, ce qui semble être en passe d’être couronné de succès.

Les idées et modèles politiques dominants vont dans le sens d’une croissance soutenue à long terme, que la technologie et les lois du marché seront à même de permettre. Pour voir si cela s’avère réaliste, les auteurs nous présentent les différentes simulations qu’ils ont réalisées avec leur outil « World 3 », Pas à pas, de nouveaux moyens d’actions sont mis en œuvre pour produire un nouveau scénario destiné à chaque fois à éviter l’effondrement. Ainsi nous sont présentées les grandes orientations à suivre pour aller vers une société durable :

  • limiter à 2 le nombre d’enfants par couple
  • fixer une limite à la production industrielle et s’y tenir
  • utiliser davantage de ressources renouvelables, des technologies d’extraction en constant progrès et permettant l’utilisation efficace des ressources
  • utiliser des technologies de contrôle de la pollution et mettant d’augmenter la production agricole
  • concevoir des produits d’une durée de vie augmentée de 20%
  • améliorer la protection des sols

L’utilisation de la simulation montre l’utilité de cumuler toutes ces orientation pour lutter contre effondrement. Le temps est notre ennemi, les auteurs montrent clairement qu’un retard dans la mise en œuvre des technologies mentionnées ci-dessus rendent le résultat moins favorable. Le scénario permettant d’éviter l’effondrement prévoyait ces technologies en 2002…

Pour finir cette brève présentation ce cet ouvrage remarquable pour qui s’intéresse au devenir de notre planète et de ses habitants, je vous en livre les dernières phrases.

L’humanité n’est pas confrontée à un avenir prédéterminé, mais à un choix. Un choix entre différents modèles mentaux qui, logiquement, conduisent à différents scénarios. L’un de ces modèles mentaux soutient que notre monde n’est pas confronté à des limites pour plein de raisons pratiques. Si l’on choisit ce modèle, on prône la poursuite des activités comme à l’accoutumée et on conduit l’économie humaine très loin au-delà des limites. Cela se traduit par un effondrement.

Selon un autre modèle mental, les limites existent bel et bien et ne sont pas loin d’être atteintes, mais on n’a pas assez de temps pour réagir et les individus ne peuvent se modérer, ni être responsables, ni éprouver de la compassion. En tout cas pas assez vite. Ce modèle est auto-réalisateur : si les populations choisissent d’y croire, il leur donnera raison. Il se traduit lui aussi par un effondrement.

Il existe un troisième mental selon lequel les limites existent bel et bien et ne sont pas loin d’être atteintes, voire le sont déjà pour certaines d’entre elles, mais nous avons juste assez de temps pour réagir. Il faut donc faire vite. Il y a juste assez d’énergie, de matière, d’argent, de résilience environnementale et de vertu humaine pour enclencher une réduction planifiée de l’empreinte écologique de l’humanité : une révolution vers la durabilité, vers un monde bien meilleur pour l’immense majorité d’entre nous est possible. Ce troisième scénario peut tout à fait se révéler faux. Mais d’après ce que nous avons pu recueillir comme information, depuis les données mondiales jusqu’aux modélisations à l’échelle planétaire, il se peut qu’il soit valable. Et ce n’est qu’en le testant que nous aurons la réponse.

Ces mots datent de 2004.
N'oublions pas... la croissance exponentielle...