Les nanotechnologies, peut être en avez-vous entendu parler.
Mais peut-être pas, tant l’information sur ce sujet se fait rare.
Le public n’a qu’une vision vague du sujet et quand elle existe, probablement
qu’elle provient de sources partisanes favorables à son
développement.

Qu’est-ce que les nanos ?
Les nanotechnologies sont des technologies à l’échelle nanométrique,
c'est-à-dire qu’elles interviennent à l’échelle du nanomètre, soit du
milliardième de mètre. Pour nous faire une idée, un cheveu est 80 000 fois plus
gros, un globule rouge est 5000 fois plus grand, alors que c’est une des plus
petites cellules du corps humain.
L’intérêt d’intervenir à cette échelle minuscule sur la matière c’est que ses
propriétés changent complètement et ceci sur de très nombreux aspects :
physique, chimie, optique, électrique, magnétique. La nano-matière doit être
appréhendée par la physique quantique, domaine extrêmement pointu. Tout cela
répond à un objectif bien connu : faire de l’argent.
En effet, on estime que le marché des nanos sera de plusieurs dizaines de
milliards d’euros vers 2015.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, la nano-matière, les nanomatériaux donc sont
déjà bel et bien présents dans notre quotidien. Au niveau mondial, plus de
mille produit commerciaux en contiennent et cela alors que l’on ne connait
quasiment rien des risques qu’ils peuvent faire peser sur l’environnement et
sur la santé, et alors qu’il n’existe absolument aucune règlementation pour les
encadrer.

Les produits contenant des nanomatériaux
En Octobre 2010, le Bureau Européen des Unions de Consommateurs (BEUC) et
l’Association des Consommateurs Européens sur la Normalisation (ANEC) ont
recensés 475 produits contenant des nanomatériaux sur le marché européen,
contre 151 en 2009. Cependant, la proportion des produits dans les 8
différentes catégories représentées restent sensiblement la même :
- santé et fitness
- aliment et boisson
- électronique et ordinateurs
- véhicules à moteur
- appareils de découpe
- produits pour enfants
- maison et jardin
- appareils
Il faut savoir que 41% des produits recensés dans cette enquête concerne les
nanomatériaux issus de la recherche pour la santé et la fitness.
La médecine est très intéressée par les nanos
Certains disent que les nano-médicaments offrent de nombreuses perspectives
(Alternative santé n°375) pour cibler avec précision les organes malades,
diversifier les indications médicamenteuses, court-circuiter les cellules
cancéreuses…
D’autres (BEDE) soupçonnent que les sociétés pharmaceutiques visent de réaliser
des profits considérables en remplaçant les médicaments tombés dans le domaine
public par des nano-médicaments brevetés et commercialisés à des tarifs
incomparablement plus élevés.

Les nanoaliments
Même si elles sont peu présentes dans l’alimentation, les industriels
recherchent l’effet antiagglomérant des nanoparticules de silice, les
propriétés antibactériennes des nanoparticules d’argent.
Les instances officielles (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)
indiquent qu’aucun produit alimentaire contenant des nanos n’a été évalué à
l’heure actuelle. L’ANIA (syndicat des industriels de l’alimentaire) prétend
qu’il n’existe pas de nanotechnologie dans les aliments en France et en Europe.
Les produits alimentaires listés comme comportant des nanos (par exemple par
les Amis de la Terre) viennent-ils d’ailleurs ?
Vers la convergence de technologies
Au-delà des nanomatériaux, c’est à une convergence de quatre technologies que
les promoteurs des nanos veulent arriver : les nanotechnologies, les
biotechnologies, les sciences de l’information et de la communication, et les
sciences cognitives, d’où le nom de ‘NBIC’ (Nano, Bio, Info, Cogno). Un
ensemble explosif et inquiétant…

Des biotechnologies à la biologie synthétique
Face aux difficultés rencontrées par les biotechnologies actuelles pour
manipuler le vivant avec les OGM actuels, le génie génétique a pour objectif de
synthétiser des séquences ADN. Ces créations artificielles donnent le jour à
des bio-briques entrant dans la composition de nouveaux organismes
vivants.
Les scientifiques ont ainsi déjà recréé artificiellement des virus éradiqués
(grippe espagnole, polio) ainsi que des bactéries plus complexes.
Cette technique tiendrait moins du bricolage que ne l’est la production des OGM
actuels. C’est un pas de plus dans l’artificialisation du vivant !

Une quasi absence de règlementation
La seule règlementation stricte existante est celle relative aux médicaments
qui s’applique aux nanomédicaments au même titre qu’à n’importe quel
médicament.
Pour le reste : rien.
Un règlement est en train de se mettre en place pour l’usage des nanos dans les
cosmétiques et l’alimentation. Elle devrait être applicable en 2013 seulement
!
Un suivi quasi-impossible
Alors qu’il n’existe aucune obligation d’étiquetage, les quelques entreprises
qui avaient communiqué sur la présence de nanos dans leurs produits se sont
bien vite arrêtés de le mentionner face à l’inquiétude des consommateurs.
En ce qui concerne le devenir des nanomatériaux dans l’environnement, il
n’existe actuellement aucun procédé de routine le permettant. La surveillance
sanitaire les concernant est ainsi impossible.
Cette situation est d’autant plus inquiétante que l’on sait peu de choses des
risques encourus au niveau environnemental et sur la santé. Dans sa brochure
« BANG », l’organisation BEDE annonce que les études toxicologiques menées
sur des composés bien identifiés indiquent que certains d’entre eux pourraient
avoir des effets négatifs sur la santé. Certains pourraient même être aussi
dangereux que l’amiante.
Les nanomatériaux sont présents dans de nouveaux produits aux
caractéristiques séduisantes, mais en l‘absence de législation contraignante,
leur présence n’est signalée que sur volonté de l’industriel. Vu les risques et
les conséquences possibles, l’étiquetage est quasi-inexistant.
Faute d’études, que pouvons nous savoir de leur impact sur notre santé et notre
environnement ? Faute d’étiquetage, comment choisir de les acheter ou
Pas ? Stabilisation des couleurs, suppression des grumeaux, renforcement
des arômes… ces soi-disant avantages justifient-ils une telle prise de risques
pour que les nanoparticules soient introduites dans notre alimentation
?

Quels risques pour l’environnement ?
La diversité de la forme des nanoparticules est grande : emballages,
pneumatiques, textiles, matériaux de construction, médicaments, crèmes
solaires. Ils peuvent ainsi être solides, liquides, pâteux, crémeux,
aérosols…
Vu l’absence d’étiquetage, il est impossible de les repérer dans les
déchets.
Comme de toute manière il n’existe aucune règlementation les concernant, vous
imaginez bien que personne ne va prêter attention au devenir des nanos dans les
déchets. On ne sait rien de leur devenir dans l’environnement.
Se dispersent-ils dans l’eau ? L’air ? Le sol ? On n’en sait
rien.
Ont-ils des effets indésirables ? Dangereux ? On n’en sait
rien.
Quels risques pour les travailleurs ?
Nous l’avons vu, la diversité de la forme et de l’usage des nanos est
grande.
Du coup, les travailleurs soumis aux nanos sont eux aussi en nombre
important.
Leur protection vis-à-vis des risques potentiels n’est pas vraiment assurée du
fait que les risques eux-mêmes ne sont pas connus.
Par définition, les nanoparticules sont de taille suffisamment fine pour entrer
dans les cellules par ingestion, inhalation ou contact cutané. Dès lors, que
deviennent ces éléments dans l’organisme, ce n’est pas clairement établi.
Par souci de secret industriel et soucieux de préserver leur responsabilité au
regard des risques, les employeurs ne communiquent pas ou peu sur la nature des
matériaux manipulés par leurs employés.
Dès lors, comment espérer mettre en place les mesures de protection nécessaires
?
Vers une société sous contrôle et l’amélioration des performances
humaines
Deux aspects très inquiétants des nanotechnologies sont, d’une part la
prolifération annoncée des puces RFID qui seront intégrées directement aux
matériaux, produits et même implantés dans le corps humain !
Dès lors, comment garantir la confidentialité et le respect de la vie privée
?
L’amélioration des performances humaines touche, elle, à l’étique.
L’idée serait d’augmenter les performances physiques et mentales.
D’ores et déjà un implant neuronal artificiel est expérimenté pour réparer les
atteintes de la maladie de Parkinson. Des logiciels pourraient être directement
téléchargés dans l’implant situé dans le corps !
Où situer la limite à ne pas dépasser dans une telle artificialisation de
l’humain ?
Il ne faut certainement pas compter sur les militaires pour répondre de manière
satisfaisante à cette question. Ils sont en effet très intéressés pas ces
technologies et mènent des recherches dans ces domaines.
Regardez le film « le silence des nanos », il est carrément affolant sur
ce thème !
On se croirait en pleine science fiction ! Si ce qu’il nous montre est
notre réalité de demain, ce qui se prépare est particulièrement
grave.

La recherche accaparée par le secteur privé
L’enjeu économique est tel que les grandes sociétés mondiales sont très actives
dans la recherche sur les nanos. On constate un très fort lien entre recherche
et industrie. Il n’existe pas ou peu de recherche indépendante sur le sujet,
les industriels sont toujours partie prenante. Le pouvoir politique a
maintenant mis la recherche scientifique au service de l’industrie. Les
universités sont dépendantes des entreprises et du monde économique. La
recherche est orientée vers les applications rentables.
Recherche et formation ont les mains liées par l’industrie en vue de réaliser
du profit. Si cela est vrai en général, cela l’est particulièrement pour les
nanotechnologies.
Dès lors, comment espérer avoir des lanceurs l’alerte comme nous en avons sur
les OGM par exemple ? Cette situation est particulièrement
préoccupante.
Pour plus d’information
Lisez la
brochure « BANG » publiée par l’organisation BEDE (2009).

Consultez le
rapport des Amis de la Terre (en anglais - 2008).
Reportez-vous à la
liste des nanos établie par l’ ANEC/BEUC.
Visitez le site Aujourd’hui le
nanomonde.
Allez sur le
site de BEDE.
Achetez le DVD ou regardez le film "Le silence des nanos" (attention, ce
n'est pas la version finale) :

Mon avis
Un sujet extrêmement préoccupant, d’autant de par ses possibles conséquences
sur la santé, l’environnement et la société, que de par le peu d’information
disponible.
La parodie de démocratie, le soi-disant débat public sur les nanotechnologies
organisé par le CNDP entre octobre 2009 et février 2010 ne doit pas faire
illusion. Il a carrément tourné à la confrontation.
Essayons de nous tenir informés, de proscrire l’achat de produits contenant des
nanos, d’agir en soutenant les organisations et associations qui agissent dans
ce domaine.

Espérons que si changement il y aura, il sera positif...