Les consommateurs – et en particulier les enfants - sont-ils
correctement protégés contre la présence de produits radioactifs dans les eaux
potables ?
Après avoir étudié les modalités de contrôle prévu par la
réglementation, la CRIIRAD considère que non.
Elle entend bien le démontrer, chiffres à l’appui, et obtenir des autorités
sanitaires françaises et internationales l’amélioration des normes censées
garantir la qualité radiologique des eaux destinées à la consommation
humaine.
Des prélèvements d’eau potable pour
analyses et calculs de dose
La CRIIRAD a procédé, jeudi 17 décembre, à des prélèvements d’eau sur
plusieurs communes de la Haute-Vienne (Limoges,
Saint-Sylvestre et Bersac-sur-Rivalier). Ils viennent compléter ceux réalisés
en Ardèche et seront suivis d’échantillonnages dans la
Loire et le Puy-de-Dôme.
L’objectif n’est pas de dresser un tableau représentatif de l’état
radiologique des eaux de distribution mais de disposer d’exemples
concrets qui permettront d’étayer le dossier
juridique de référence que la CRIIRAD est en train d’élaborer. Les
échantillons d’eau seront analysés par des laboratoires
agréés, dont celui de la CRIIRAD afin de déterminer leur
teneur en radionucléides. Sur la base de ces résultats
d’analyse, deux types de calculs seront conduits afin d’évaluer les
doses de rayonnements reçues par les consommateurs : - un
premier calcul conforme aux prescriptions réglementaires,
c’est-à-dire basé sur les caractéristiques d’un consommateur adulte et prenant
en compte un nombre limité de radionucléides naturels, à l’exclusion du radon
222 et ses descendants à vie courte.
- un second calcul, conforme à la méthodologie recommandée par la CRIIRAD,
c’est-à-dire conduit pour toutes les tranches d’âge, et notamment les plus
jeunes enfants, et prenant en compte l’ensemble des radionucléides susceptibles
de contribuer à l’exposition des consommateurs.
Démontrer les graves insuffisances
des contrôles officiels
L’objectif est de démontrer, sur la base de cas concrets, que les
modalités de contrôle des eaux potables ne garantissent pas le respect de la
limite de dose de 100 microSieverts par an (µSv/an) pourtant définie par le
code de la santé publique. En effet :
1/ faute de prendre en compte tous les produits radioactifs
sensibles, le calcul officiel sous-évalue la dose réellement subie par les
consommateurs et par conséquent le niveau de risque auquel ils sont exposés.
Par exemple, dès lors que l’activité volumique du radon atteint quelques
dizaines de becquerels par litre (Bq/l), situation déjà rencontrée par la
CRIIRAD, la dose reçue par les consommateurs adultes peut dépasser les 100
µSv/an. Or, ce radionucléide n’est pas comptabilisé dans les calculs
;
2/ faute de prendre en compte les caractéristiques anatomiques et
physiologiques des enfants, une eau peut être considérée comme
conforme aux critères de qualité radiologique alors qu’elle délivre aux enfants
une dose très supérieure à la limite réglementaire de 100 µSv/an. Pour une même
activité incorporée, les enfants reçoivent, en effet, des doses de rayonnements
plus élevées que celles reçues par les adultes. Le fait que les volumes d’eau
qu’ils ingèrent soient moindres ne compense pas la différence de radiotoxicité.
Les enfants sont ainsi privés de la protection que le code de la santé
publique est censé leur garantir.
Alerter et interpeller les
autorités
Les résultats des différentes analyses devraient être disponibles
sous trois mois. L’objectif est d’étayer le dossier scientifique qui sera
adressé au printemps 2010 aux autorités sanitaires à l’appui d’une demande de
modification des normes relatives à la qualité radiologique de
l’eau.
Si, toutefois, les analyses préliminaires réalisées par le
laboratoire de la CRIIRAD mettaient en évidence un risque
radiologique sur l’une des eaux échantillonnées, les autorités
concernées (Préfecture et municipalités) seraient immédiatement informées afin
que des mesures de protection soient prises dans les meilleurs délais.
A Saint-Sylvestre, par exemple, les mesures de flux de
rayonnements gamma effectuées par le technicien de la CRIIRAD au contact du
récipient d’eau potable montrait un excès très net : 145 coups par seconde
(c/s) 1 contre un bruit de fond ambiant de 95 c/s. le
surcroît d’irradiation est très certainement imputable au bismuth 214 et au
plomb 214, deux descendants du radon 222 qui émettent des rayonnements gamma
très énergétiques, ce qui laisse supposer un niveau relativement élevé de radon
222. A la demande du particulier chez qui était effectué le prélèvement, le
technicien s’est rendu ensuite au captage qui alimente son habitation, captage
dit « les sauvages », l’un des 4 captages qui alimente la commune de
Saint-Sylvestre. Le petit local technique était fermé mais la mesure de flux de
rayonnement effectuée à 50 cm du sol, à la jointure entre la porte et dormant,
révélait un flux de 350 c/s, soit près du double de la mesure réalisée au
contact du sol (180 c/s), contre le mur de pierre (la porte étant surélevée
d’une trentaine de cm). Cette mesure laissant supposer des niveaux
d’irradiation externe et de concentration en radon encore supérieurs à
l’intérieur.
Ne pas accumuler de nouveaux
retards
En dehors des zones d’impact des sites miniers et nucléaires, le contrôle
radiologique des eaux potables a été mis en place très tardivement. Au niveau
européen, il a fallu attendre la publication de la directive 98/83/CE du 3
novembre 1998, qui accordait un délai de 2 ans aux Etats membres pour mettre en
place le dispositif de contrôle permettant de garantir le respect de la limite
de 100 µSv/an. Comme souvent en matière de radioprotection, la France a
accumulé les retards : le décret transposant les prescriptions européennes
a été publié plus d’un an après la date butoir (décret n°2001-1220 du 20
décembre 2001) et en renvoyant qui plus est à un texte d’application qui n’a
été publié qu’en 2004 et qui fixait en outre la date d’entrée en vigueur des
contrôles au 1er janvier 2005, soit au total un retard de 5 ans par rapport à
la date limite fixée par l’Europe.
Dès que son rapport d’étude sera publié, la CRIIRAD entreprendra
toutes les démarches nécessaires, tant auprès des autorités sanitaires
nationales que de l’organisation mondiale de la santé, afin que les normes
soient modifiées au plus vite et qu’elles assurent une protection correcte à
l’ensemble de la population, enfants compris.
Source : CRIIRAD