Résidus de médicaments dans l’eau : un risque encore mal connu
Par Gilles Héluin le lundi 9 mars 2009, 06:58 - Pollution - Lien permanent
En septembre 2008, l’académie de pharmacie rendait public le rapport « Médicaments et Environnement ».
En octobre, le ministère chargé de la santé organisait un colloque sur le sujet.
Les informations qui suivent sont issues de ses deux sources.
Je vous laisse le soin de les prendre en tant que telles avec les
éventuelles réserves de mise quant aux affirmations d’absence d’effets
etc…
La présence de plus en plus importante de résidus de médicaments dans l’eau est l’objet de préoccupations elles aussi en augmentation depuis la mise au jour des premiers résidus de médicaments dans les effluents de stations d’épuration dans les années 70
Les faits sont de nature à inquiéter: des traces de médicaments ou de leurs dérivés ont été mesurées dans tous les milieux et sur tous les continents. Leur présence est avérée dans les eaux de surface, les eaux souterraines et résiduaires, les boues des stations d’épuration -utilisées en épandage agricole- et même dans l’eau potable. Les concentrations sont faibles, cependant: de quelques nanogrammes par litre (ng/l) à quelques centaines de microgrammes par litre (µg/l).

Les substances indésirables
Aspirine, paracétamol, anti-épileptique, substances perturbatrices du système
endocrinien -incluant les contraceptifs oraux- des antibiotiques, des
psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs …), des médicaments du système
cardiovasculaire mais aussi anti-cancéreux et produits radioactifs.
Un cocktail est inquiétant, non ?
D’où viennent ces produits que l’on retrouve dans l’eau
?
Principalement des rejets naturels (excréments et urines) humains et animaux
suite à la consommation de médicaments, ou de ceux non utilisés et non
recyclés, qui se retrouvent dans les effluents des stations d’épuration. En
effet ces stations n’ont pas été conçues pour traiter les médicaments et les
éliminent à des taux variant entre 30 et plus de 90% selon les substances. Or,
la consommation de médicaments n’a cessé de croître depuis plusieurs décennies
dans les pays industrialisés. En France, 4e consommateur mondial, 3.300
molécules sont commercialisées.
Les rejets par les établissements de soin sont particulièrement préoccupants
car ils contiennent des anti-cancéreux et des produits radioactifs, des
molécules toxiques, peu dégradées et persistantes dans l’environnement. Avec le
développement des soins de chimiothérapie à domicile, l’enjeu des
anti-cancéreux est énorme.

Notre eau potable contaminée
Une étude conduite dans le cadre du plan national Santé-environnement (PNSE I)
a démontré la présence d’une vingtaine de substances médicamenteuses dans les
eaux potables sur 141 sites en France, confirmant les résultats d’études
internationales.
Il parait selon le colloque qu’en ce qui concerne les eaux destinées à la consommation humaine, les filières de potabilisation "multibarrière" (succession de traitements comprenant notamment du charbon actif) éliminent la plupart de ces molécules.

Quelles conséquences ?
«Les doses retrouvées (de l’ordre du ng/l) étant largement inférieures à celles
utilisées dans le cadre thérapeutique (de l’ordre du mg/l), le risque de
toxicité aiguë s’avère nul.
En revanche, des incertitudes demeurent quant à l’impact à long terme d’une
exposition chronique à de faibles doses»
De fait, à faibles doses, des substances perturbatrices du système endocrinien
-incluant les contraceptifs oraux- peuvent altérer la reproduction et le
développement de certains poissons et invertébrés, mais n’auraient pas d’impact
direct chez l’homme. «Cependant, un effet significatif dû à l’exposition
combinée avec d’autres perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates, PCB,
pesticides) agissant en synergie, n’est pas à exclure», souligne Eric
Vindignan, directeur du Cemagref de Montpellier et ancien responsable du
programme national Pnetox . «Il ne faut pas isoler la problématique des
médicaments de celle des autres polluants», renchérit Hélène Fenet du CNRS de
Montpellier. L’impact des antibiotiques sur la prolifération de bactéries
résistantes est également suspecté.

Pour plus d’information
Lire le rapport
de l’Académie de pharmacie
Voir le
résumé du colloque « Les résidus de médicaments dans l’eau ».
Et aussi le
communiqué du ministère de la santé.
Lire L’or bleu, l’eau le grand enjeu du XXIème siècle de Maude Barlow et
Tony Clarke
Edition Hachette Pluriel Référence, juin 2007 (je ne l’ai pas lu…)
Mon avis
L’impact à long terme des faibles doses n’est probablement pas anodin.
Un jour peut être découvrira-t-on qu’il est même élevé.
On connait de bien tristes affaires de ce genre…
Lorsque l’on intègre ce problème en plus des questions liées au transport, à
l’impact des plastiques sur l’environnement, il devient très difficile de
choisir une solution pour la consommation d’eau alimentaire.
L’eau du robinet : contient des substances chimiques (pesticides, métaux
lourds…) et médicamenteuses.
L’eau en bouteille pose le problème environnemental du plastique et aussi des
substances que ce dernier libère dans l’eau (phtalates).
Elle revient cher.
Les cartouches filtrantes (Brita etc…) n’éliminent pas tout et en tout cas pas
les médicaments.
Alors, on élimine quand les problèmes à leur source (c’est le cas de
le dire) ?




Commentaires
Bonjour,
Utilisant depuis plus de 2 ans et quotidiennement de l'eau filtrée par les cartouches " Brita MAXTRA ", je me pose sérieusement cette terrible question ( qui est actuellement d'actualité ), à savoir si les résidus médicamenteux sont filtrés totalement par ces cartouches. Je remercie quiconque pourra le donner une réponse formelle à ce dilemne...
merci pour cet article alarmant!!
je n'utilise pas les cartouches brita mais 2 filtres: l'un fixé à l'arrivée d'eau générale de la maison et un autre fixé à l'arrivée d'eau de l'évier de la cuisine.
Dois-je aussi me poser la question des résidus médicamenteux??
merci!!
A ma connaissance, les résidus médicamenteux ne sont traités ni par les stations d'épuration, ni par les filtres domestiques.
Voyez la réponse Brita à une personne qui la publie sur le forum :
http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=959
____________________________
Monsieur,
Nous vous remercions de la confiance que vous accordez aux produits BRITA.
Nous accusons réception de votre mail dans lequel vous nous faîtes part de diverses informations concernant le contenu de l'eau du robinet.
Nous avons deux systèmes qui filtrent les éléments suivants :
Le filtre sur robinet ON TAP :
- Réduit le goût et les odeurs impurs comme le chlore : 98%
- Métaux lourds (plomb) : 97-98 %
- Particules fines solides (rouille, sable) : 95 %
- Parasites (cryptosporidium et giardia) : 99,98 %
- Impuretés organiques comme les pesticides (lindane et atrazine), herbicides, éléments désinfectants (trihalométhanes) et composants chimiques organiques volatils : 88 %.
La carafe filtrante :
- Carbonate (calcaire, tartre) 75 %
- Chlore 85 % à 95 %
- Plomb 90 %
- Cuivre 95 %
- Aluminium 67 %
- Lindane (pesticide) 70 %
Aucun des éléments cités dans l'extrait de "L'or bleu; L'eau le grand enjeu du 21ème siècle" ne peuvent être éliminés par les systèmes Brita.
Nous espérons avoir répondu à votre question et restons à votre entière disposition au Numéro Azur : 0810-73-15-45 et vous prions d'agreer, Monsieur, l'expression de nos sentiments respectueux.
Votre Service Consommateur
Bonjour,
Il existe un livre de référence intitulé "La nature de l'eau" (700 pages, octobre 2007) qui aborde largement la difficile question de la qualité de l'eau alimentaire.
Cet ouvrage me semble devoir figurer dans la bibliographie de cet article
Yann Olivaux, l'auteur du livre