Gildas Véret
Rustica éditions
ISBN : 978-2-8153-1044-4

Faire ressortir les forces de l'approche permaculturelle pour les faire connaître largement. Présenter les concepts et outils (de la permaculture) et les présenter de manière synthétique et accessible à tous les lecteurs. Dans son avertissement au début de ce petit livre, l'auteur annonce son objectif et indique que l'ouvrage ne saurait approcher le niveau de précision et de détail des cours de permaculture ou des divers "manuels" traitant le sujet.

Expliquant tout d'abord ce qu'est la permaculture, méthode permettant de concevoir et de mettre en place des systèmes résilients et durables, répondant aux besoins des humains, en imitant les stratégies de la nature, Gildas Véret décrit la permaculture et la qualifie d'humanisme du XXI siècle.
Dans la première partie "théorique", quelques pages m'ont semblé relativement claires. Ce sont celles qui expliquent la permaculture en tant que méthode de conception. Une clarté toute relative, la description étant volontairement très générique, la méthode étant sensée s'appliquer à de nombreux domaines. Ethique, responsabilité, création de rapports harmonieux, nouvel axe de civilisation, philosophie de vie, la permaculture est présentée comme capable d'aider l'humanité à se développer durablement. L'auteur peine à me convaincre avec ces pages qui volent trop haut à mon goût. Serais-je trop pragmatique ? Je décide donc de suivre la proposition de lire en parallèle les deux parties de l'ouvrage, la première dont je viens de parler, très, voire trop théorique et la seconde qui se veut pratique et devrait nous aider à nous lancer en permaculture.

En fait, la seconde partie du livre est essentiellement une présentation des grands principes de la permaculture.
Tout d'abord ceux de Bill Mollison: chaque élément du système doit remplir plusieurs fonctions, chaque fonction doit être remplie par plusieurs éléments, la diversité est la base de la résilience.
Ensuite et surtout viennent les 12 principes de David Holmgren. Gildas Véret nous invite à examiner notre projet sous l'angle de chacun de ces 12 principes. En voici les titres : observer et interagir, capter et stocker l'énergie, obtenir une production, rechercher l'autorégulation et accepter les rétroactions, utiliser et valoriser les ressources renouvelables, ne produire aucun déchet, concevoir, des grandes structures aux détails, intégrer au lieu de séparer, utiliser des solutions petites et lentes, utiliser les bordures et valoriser la marge, répondre au changement de manière créative.
Au global seules 2 pages se révèlent assez concrètes pour nous guider à engager une démarche de projet permaculturel. C'est peu et cela se résume en une check-list en huit points qui, en une demi-page indique le déroulement de la méthode "OBREDIM".

Déçu, je reviens à la première partie dont le troisième chapitre présente les enjeux de la permaculture. Santé, pic pétrolier, climat, terres cultivables, finance, biodiversité, effondrement systémique. L'auteur dresse le tableau d'un monde dont les conditions se dégradent et dont le destin s'annonce bien sombre. La fin du monde tel que nous le connaissons. Prudent, Gildas Véret n'affirme pas que le pire av arriver. Il nous présente cependant un petit exercice de catastrophe fiction digne des plus terribles films d'anticipation. Face à ces possibles futurs monstrueux il nous engage à nous questionner sur les moyens d'éviter qu'ils n'adviennent et, le cas échéant, aux possibilités de limiter la gravité de l'effondrement et de maintenir les fondamentaux de la civilisation humaine.
Après les légitimes raisons d'angoisser, les bonnes nouvelles seraient les multiples exemples d'actions positives qui existent de par le monde et le fait que la permaculture est une stratégie d'action adaptée au contexte d'incertitude mondiale. Très intéressant, le paragraphe consacré au bilan carbone personnel. Afin de ramener les émissions carbone d'origine humaine au niveau de ce que les océans et forets sont capables d'absorber, pour un français il faudrait diviser par quatre les émissions carbonées. Quelques exemples chiffrés montrent qu'il nous faut réduire drastiquement notre train de vie carboné. De quoi réfléchir et agir…

La fin de la partie théorique de l'ouvrage se montre ainsi plutôt intéressante et éclairante. Finissons la lecture par le second et dernier chapitre de la seconde partie, celle consacrée à la pratique et nommée "A vous de jouer".
Déception, encore. Je n'accroche pas. L'écriture est trop "pompeuse" à mon goût et le propos traité de manière trop brève et superficielle. L'auteur avait prévenu pourra-t-on me répondre…
Un petit exercice de résilience fiction termine le livre. Il nous dépeint un monde post-effondrement qui se réorganise pour faire face à l'épuisement des ressources et aux guerres qu'il a entrainé, à une crise monétaire qui pousse en avant les monnaies complémentaires.

Par où commencer ? interroge la conclusion. Personnellement je n'y ai pas trouvé la réponse. Tout du moins aucune qui me convienne. Une fois le livre refermé, je me dit qu'il a le mérite de m'avoir fait comprendre que la permaculture est bien plus qu'une méthode agricole et qu'elle vise à créer des systèmes durables. Je ne suis pas sûr que Gildas Véret suscitera de très nombreux lecteurs à aller plus loin par l'acquisition d'un véritable manuel de permaculture ou par l'inscription à une formation.