Auteur : Fabrice Nicolino
Editeur : Les liens qui libèrent
ISBN : 979-10-209-0471-3

De prime abord, le nouveau livre de Fabrice Nicolino est engageant.
D'un aspect sobre, couverture blanche, titre bien planté en milieu de couverture. Rouges et noirs, quatre mots de taille décroissante, c'est percutant. Deux cent pages. La lecture s'annonce courte. L'ensemble laisse espérer simplicité, clarté et efficacité.
L'acheteur connaissant l'auteur se doute qu'il ne va pas être question de rigolade. Fabrice Nicolino, journaliste engagé n'y va jamais par quatre chemins et aborde de front les sujets fondamentaux pour la planète et la survie de l'humanité.
La quatrième de couverture et l'introduction résument le message : il est possible d'inverser le courant qui détruit le monde, l'espoir est permis, la lecture de ce livre va nous faire respirer l'air du large, nous présenter les pistes de solutions. On n'y perdra pas notre temps.
J'ai donc débuté la lecture enthousiaste d'autant que, me considérant écologiste, j'apprécie l'engagement et les écrits de Fabrice Nicolino, non sans réserves toutefois.
Un livre, cinq parties, cinq sujets pour lesquels le journaliste écrivain doit nous présenter ses idées pour sortir du ou des problèmes posés.

Et si les paysans et les grenouilles revenaient
Beau programme il est vrai pour ce premier thème dont la structure se retrouve dans les parties suivantes. Le tableau est tout d'abord dressé. En l'occurrence ici, la paysannerie meure et la biodiversité s'effondre. Tableau noir, très noir et ce sera le cas de tous les sujets suivants.
FNSEA, Hypermarchés, agrocarburants, gabegie de subventions, gagner 100 pour perdre plus. D'un style et des tournures travaillés Nicolino nous le dit, la crise en peut aller qu'en s'aggravant. La piste de sortie ? Se détourner des produits industriels et conclure un accord historique entre la société et les agriculteurs. Un accord en 10 articles privilégiant la vie à la mort par la chimie. Simple clair, net et essentiel.

Restaurer l'antique beauté du monde
Si le titre m'a laissé perplexe, la criticité du sujet ne fait aucun doute. Il est question ici de la dégradation des écosystèmes mondiaux et des impacts observés et prévisible sur l'humanité. Rien que cela ! Zoom sur le Nil, surexploité, maltraité, le fleuve meut. Il fait vivre 85 millions d'âmes et personne ne bronche. Le changement climatique, lui, submergerait des régions peuplées de 157 millions de pauvres. Imaginons les conséquences ! Non sans dénoncer la responsabilité de nos pays occidentaux, colonisateurs et exploiteurs sous couvert d'objectifs civilisateurs lorsqu'ils ne sont pas salvateurs, Nicolino invite à dépasser tout esprit de repentance et de culpabilité et propose un brin d'espoir. Un bien mince espoir illustré par quelques exemples ressemblant fort à une tête d'épingle, oasis dans un désert moribond. Tel couple qui fait revivre la ferme parentale en région forestière brésilienne. Tel amoureux des oiseaux réussit à préserver 22 hectares à Montreuil et à y faire revenir 120 espèces d'oiseaux. Telle ferme normande démontre que l'on peut faire des miracles en maraichage sur 1000 m2. Aux yeux de l'écrivain journaliste, ces cas très ponctuels démontrent que l'on peut restaurer et faire prospérer des espaces dégradés. Alors que le monde a su mobiliser et dépenser des milliers de milliards d'euros pour "sauver" le système financier lors de la crise de 2008, il serait concevable qu'une mobilisation mondiale des milliards d'êtres humains, pauvres pour la plupart, pour engager une gigantesque entreprise de restauration de l'état écologique de la planète. Démentiel ? Indispensable ? Impératif ?

Ce qu'est un seul siècle pour la mer
La pêche industrielle vie les mers et océans, les tue, les as tués. Un des écosystèmes les plus importants de la planète est mort pour nourrir humains, animaux d'élevage et domestiques, dans une gabegie où sans doute plus de 10% des prises sont rejetées mortes car non commercialisables. L'air du large sent décidément bien mauvais, irrespirable. A problème incommensurable, solution simple : n'autoriser que la pêche artisanale.

Ces si nombreuses larmes d'eau douce
De haute lutte, la Loire est restée sauvage face aux bétonneurs des années 90. Une bien belle victoire alors que nos rivières, les rivières du monde entier sont la proie des pollueurs menteurs. Menteurs lorsqu'ils essaient de nous faire croire que tous leurs traitements physico-chimiques nous la rendent potable. Ils transforment l'eau en or qu'ils se mettent en poche et nous buvons un épouvantable cocktail de pesticides, plastiques, médicaments, j'en passe et des pires. Fabrice Nicolino dénonce sans détour le scandale de la gestion privée de l'eau. Alors que dans certains pays, les zones de captage sont protégées par les collectivités publiques, la France, ici aussi est à la traine. Le bref tour d'horizon ici proposé est édifiant. Entre grands barrages en Chine ou en Espagne, golfs, marinas, puits, irrigation intensive, dizaines de milliers de rivières disparues, milliers de captages abandonnés aux nitrates, comment résumer le tableau ? L'horreur absolue, tant l'eau est vitale.
Après quelques pages disons, poétiques, qui m'ont laissé à la dérive, vient la piste de "solution" : ne plus polluer aucune source d'eau sur terre, douce ou salée. Une évidence qui aurait gagné quelques éléments plus concrets ou opérationnels. Nicolino laisse son lecteur à la barre…

Vivre enfin avec nos frères lointains
Les anciens, entendez il y a très, très longtemps, dans l'antiquité plaçaient les animaux en bonne place à nos côtés et les respectaient. Fabrice Nicolino considère que c'est au XVII siècle français que "le grand schisme", comme il dit, débuta. On connait les conditions pitoyables des animaux d'élevage industriel. Le sort des animaux sauvages n'est pas en reste. Celui des abeilles à la mortalité dramatique du fait des produits chimiques nous fait courir un risque de famine générale par l'arrêt de leur activité polinisatrice. Rien de nouveau dans le domaine. Un petit détour par Notre Dame des Landes au bocage et espèces rares sont menacé par cet insensé projet d'aéroport.
Les chasseurs ne sont évidemment et bien justement pas à la fête chez Nicolino. Loup, éléphants et quelques autres sont au menu de ce dernier chapitre où je cherchais en vain quelque piste de solution. Sauvegarder la biodiversité ? Evidemment, mais encore ? Ici aussi le sombre tableau est fort à propos dressé mais les promesses annoncées bien en peine d'être tenues…

Une déclaration universelle des devoirs de l'homme
L'espoir d'une conclusion éclairante serait fort déçu si deux "petites" choses en avaient été absentes.
Deux choses fondamentales en fait. Le besoin "d'accélérateurs de conscience" tout d'abord. J'adore la notion qui n'a nul besoin de commentaire. L'encyclique du Pape François ensuite. Pour en avoir lu une bonne partie, je rejoins l'éloge qu'en fait Nicolino. Comme je fus surpris d'une telle prise de position antimondialiste et anticapitaliste de notre pape actuel !
En guise de conclusion Fabrice Nicolino appelle à abandonner la consommation de masse d'objets inutiles, à un changement des valeurs et à une "insurrection des consciences", à une véritable rupture mentale avec ce monde et ses innombrables colifichets, à l'élaboration d'une déclaration universelle des devoirs de l'homme, à très vite rentrer en dissidence avec la société des objets, à travailler tous ensemble vite et sans violence pour sauver que peut l'être encore.

L'ouvrage porte bien son titre tant les cinq thèmes pris en exemple sont les fondamentaux de notre monde qui s'effondre. Il peine cependant à tracer clairement le chemin, les pistes à prendre pour limiter les dégâts. Bien sûr les grands principes du nécessaire changement de valeurs sont là mais en restant sur un plan très général et sur les bases, Le livre risque de décevoir au regard des ambitions affichées.