Auteur : Hervé Kempf
Editeur : Seuil
EAN : 978-2021349016
ISBN : 2021349012

Dans la lignée de ses précédents ouvrages (comment les riches détruisent la planète, Fin de l'occident, naissance d'un monde), Hervé Kempf poursuit son analyse et la mise en lumière des causes des crises qui secouent l'humanité. Avec "Tout est prêt pour que tout empire" le journaliste fondateur du site engagé "Reporterre" vise à montrer que la crise écologique, le terrorisme et le néolibéralisme sont les conséquences liées à l'évolution de la société mondiale de ces dernières dizaines d'années.

Kempf débute sa leçon d'histoire fort intéressante dans les années 70, point culminant de la guerre froide, qui ont vu le régime communiste de l'URSS s'effondrer avec l'emblématique chute du mur de Berlin en 1989, proclamant la victoire du capitalisme, le triomphe du néolibéralisme et des classes dirigeantes de l'Ouest. N'ayant plus de modèle alternatif pour entraver leur course à la richesse, celles-ci ont alors pu laisser pleinement s'épanouir leurs aspirations dévastatrices. Rien ne faisait plus face à l'idéologie capitaliste mais l'Islam se propageait dans le monde arabe puis africain et asiatique. En Europe, il trouvait un terrain favorable dans la frustration des fils d'immigrés dont les parents avaient servis de chair à canon durant les deux guerres mondiales et qui maintenant grossissaient les chiffre du chômage et étaient reléguées dans les banlieues. Le pétrole enrichissait les pays du moyen orient alors de le FMI et la banque mondiale plongeaient les habitants des pays du sud dans la misère à grand coups de politiques d'ajustement structurel.

La mondialisation économique permettait la relance et permettait de faire pression sur les travailleurs des pays riches par le faible coût du travail en Chine, pays qui inondait le monde de produits bon marché, permettant une augmentation assez globale du niveau de vie matériel.
La coalition des USA et de l'Arabie Saoudite pour faire chuter le prix du pétrole eut pour double effet d'affaiblir l'URSS et de faire baisser le prix des produits manufacturés. La machine infernale du capitalisme asservissait l'homme et détruisait la planète. Ce dernier point prenait de l'importance et de l'ampleur au fil du temps. Il conduisait un premier rapport du GIEC sur le climat en 1990, au sommet de la terre à Rio en 1992 et à la signature du protocole de Kyoto en 1997.

En parallèle les inégalités mondiales s'accroissaient durant les 20 années suivant les années 80.
En 2001 l'attentat détruisait le World Trade Center et choquait les USA et le monde.
En 2003 les Etats Unis envahissaient l'Irak pour sécuriser la production pétrolière, faisait s'effondrer en deux mois le régime de Saddam Hussein, provoquait plus de 200 000 morts en huit ans et laissaient sans ressource 400 000 soldats irakiens dont un bon nombre rejoignaient les troupes de l'état islamique en Irak et de Daesh qui se constituait en 2006. Bush avait déstabilisé et fragilisé le moyen orient, et ainsi créé une bombe à retardement aux effet ravageurs.

Hervé Kempf poursuit son analyse implacable, détaillée et argumentées du machiavélisme et de la responsabilité du néolibéralisme et de l'oligarchie mondiale dans la dégradation de l'environnement mondial, dans la perte de valeur pour la très grande majorité des populations, créant le terreau d'un terrorisme en pleine croissance argument de politiques de plus en plus liberticides.
Crises économiques et récession mondiale après 2009, planches à billets tournant à plein régime pour sauver le régime néolibéral et les banques, conférences climats aux échecs répétés, tsunami au japon en 2011 et catastrophe nucléaire de Fukushima s'ajoutant à celle de Tchernobyl, protestations dans le monde arabe et ailleurs, émeutes face à la misère et aux dictatures, USA et Chine se moquant des problèmes écologiques et climatiques ne voulant qu'une chose : sortir de la crise économique, explosion Syrienne, montée de Daesh, France en guerre en Lybie, au Mali, Trump élu aux USA, Hervé Kempf esquisse dans son ouvrage le tableau réaliste de ces quelques dizaines d'années si marquantes dans la dégradation de la situation mondiale.

Son constat est que la dégradation de l'écosystème planétaire représente le principal enjeu politique de ces prochaines années, alors que depuis 2000 se développe la contestation anticapitaliste ainsi qu'un mouvement recourant à la violence inspirée par la religion. Kempf considère qu'en matière d'écologie le pire est à venir, c'est une certitude, la société humaine ayant dépassé les limites écologiques de la planète alors que la population mondiale ne cesse de croître contrairement aux prévisions qui escomptaient sur une stabilisation.
Au niveau social, l'acceptation des inégalités croissantes est facilitée par l'abondance de biens manufacturés bon marché venant de Chine.
Le décalage entre les aspirations des classes populaires abandonnées et leur situation objective entraîne la violence. Frustrations, vide de sens et ressentiment conduisent à la violence, que ce soit dans les pays arabes comme dans nos banlieues.

La combinaison de la crise écologique et de celle des ressources entraîné un plafonnement de la croissance économique, plafonnement que l'oligarchie cherche à éviter car il fait stagner le niveau de vie, rendant les inégalités insupportables ce qui risque d’entraîner des troubles sociaux.
La création de monnaie ( de singe) par les banques centrales crée une bulle économique qui risque d'éclater.
Combien de temps la situation actuelle, relativement calme, va-t-elle durer ?

Face à ce sombre constat, Hervé Kempf a voulu donner à son livre une fin porteuse d'espoir. Il liste pour cela 12 leçons pour éviter la catastrophe. Le maître nous enjoint d'observer notre époque et d'en comprendre les enjeux et de mesurer les chances qui nous restent pour relever le défi qui nous est donné. Le chemin qu'il propose une fois encore est de sortir du capitalisme sans tomber dans le collectivisme et de fonder une société post-capitaliste en déverrouillant le système actuel sans nous donner de recette magique… Quelques pistes cependant : être radicaux, porteurs de paix et d'amour, diviser l'oligarchie sans déserter le terrain des institutions actuelles et surtout en donnant un sens à la vie.

Un livre un peu redondant avec les précédents mais qui éclaire l'histoire contemporaine de ces quelques dernières dizaines d'années pour nous en révéler les mécanismes destructeurs de l'environnement, du climat et de la paix. Les 12 leçons peinent à convaincre même si le bon sens qui les régit est évident.