Auteur : Niko Paech
Editeur : Rue de l’échiquier
Collection : Initial(es) DD
ISBN : 978-2-37425-057-1

Quatre ans après sa parution en Allemagne, Rue de l’échiquier nous propose la traduction française de l’ouvrage de Nico Paech, sous le titre « Se libérer du superflu (vers une économie de post-croissance) ».
Paech, économiste enseignant le développement durable à Berlin, y analyse la société occidentale consumériste et en démontre le caractère insoutenable.
L’intention est posée dès la première page : faciliter la rupture avec un modèle de développement mondialisé qui dépend de la croissance économique, où la consommation et la mobilité pillent les ressources naturelles de notre planète dont l’écosphère est à bout.
Alors que l’effondrement guette la population mondiale toujours insatisfaite de sa vaine quête du bonheur par la possession matérielle, Paech esquisse les contours d’une société post-croissance.

L’Europe et la croissance
Par un constat sans appel, l’économiste explique que la politique européenne pousse à un mode de vie sans frontières, à la mobilité des personnes et des biens et à la suppression de toutes les barrières institutionnelles et géographiques. La consommation accrue de bien matériels entraine l’endettement individuel comme celui des nations, créant un cercle vicieux où la croissance appelle elle-même à la croissance. La machine infernale de la croissance matérielle nous alimente en objets et en mobilité dans une société d’abondance basée sur le pillage des ressources.

Un modèle de société destructeur
Ce bien sombre tableau, si pourra paraitre bien connu au militant écologiste, est remarquablement analysé par Niko Paech qui démonte les rouages destructeurs de notre « ère de progrès indéfini » et infini. Marchés financiers, division mondiale du travail (spécialisation des tâches et délocalisation), illimitation physique, innovation et progrès technique, consommation croissante d’énergie sont les moteurs de notre vie occidentale qui se voudrait toujours plus facile et dénuée d’effort physique. Le travail humain s’y trouve de plus en plus virtuel et symbolique. Sa valeur est de plus en plus abstraite. Notre modèle de richesse dévalorise le travail manuel et pille les ressources en tous lieux de la planète dans sa course aux objets et « prestations de haute intensité en savoir » qui ne manqueraient à personnes si elles n’avaient pas été inventées.

Quelles limites acceptables ?
Face à cette situation déplorable, l’auteur pose la question des limites matérielles au sein desquelles un individu peut s’épanouir de manière responsable. Ramenant la problématique au réchauffement climatique qui en résulte, Niko Paech fait sienne la limite de 2,7 tonnes de CO2 par habitant et par an qui devrait, s’il peut encore l’être limiter le réchauffement 2°C. Pour y parvenir, les solutions proposées ont pour but de revenir à une dimension humaine et de ré-encastrer le système économique dans l’écosphère en délaissant les technologies high-tech, en réduisant la mobilité e la dépendance à l’argent en faisant d’avantage les choses par nous même.
Alors qu’un citoyen allemand émet en moyenne 11 tonnes de CO2 par an, on mesure l’ampleur de la tâche à accomplir…

La croissance verte, notre sauveur ?
Détracteur du marketing et de la croissance verte, Paech en démontre les effets rebonds matériels, financier, psychologiques et politiques ; il dénonce avec force d’arguments la duperie que constituent les fausses solutions technologiques que l’industrie nous propos pour faire perdurer son business en le verdissant.

La croissance appelle la croissance
Si, comme moi, vous avez lu (dans la même collection) l’ouvrage de Denis Meadows, « les limites à la croissance dans un monde fini », (lire ici), vous aussi êtes probablement convaincus qu’une croissance perpétuelle est impossible. Le livre de Niko Paech apporte un éclairage théorique intéressant comme dans ce court et chapitre de cinq pages qui expliquent de manière évidente les contraintes structurelles et culturelles de la croissance. Prenant un exemple très simple, Niko Paech nous montre comment la croissance appelle à la croissance dans une société basée sur l’argent, qui, pour perdurer, nécessite un profit en perpétuelle augmentation.

En quête du bonheur
A ce stade du livre, le moins que je puisse dire est que le moral est bas. Il y a de quoi être désemparé face à l’exposé et à l’analyse de notre mode de vie occidental présenté par Paech où bon nombre d’entre nous se retrouveront. Paech ne caricature pas, ou peu : « nous passons notre vie à rechercher des biens, les identifier, les comparer, les vérifier, les acheter, les recevoir et les stocker – sans parfois même avoir l’occasion de les utiliser. » « Nous ne connaissons plus le calme… l’extrême superficialité des activités qui ne rend personne heureux… nous sommes libres… Mais c’est justement cette liberté qui devient facteur de stress - quelle ironie. »
Il cite la question du philosophe Pascal Bruckner : « Comment savoir si l’on est heureux ? Qui fixe la norme ? » Paech ne répond pas mais nous oriente vers la libération du superflu pour nous délester de ce fardeau qui nous vole du temps en nous rapportant si peu. Ainsi nous empruntons une voie plus sûre se jouant du pick-oil et de la crise financière à venir en nous préparons à une économie de post-croissance très largement démondialisée.

Des pistes vers une économie de post-croissance
Le livre poursuit et se termine comme il se doit par une partie bien plus positive et revigorante. Les pistes vers la post-croissance sont esquissées. Elles ne sont pas nouvelles mais bien résumées : il s’agit de désindustrialiser et de développer des pratiques de subsistance. De quoi retrouver le goût des choses simples et le temps de les apprécier avec une qualité de vie accrue.
S’il dresse les contours d’une politique post-croissance, Paech nous enjoint à agir à notre niveau afin de mettre en route le changement social indispensable préalable à tout changement politique. En d’autres mots, n’attendons rien de nos élus tant que nous n’aurons pas nous même changé la société.

Alors qu’attendons-nous ?
Dans sa conclusion résolument optimiste, Paech nous promet un « bonheur éclairé au bout du chemin de la post-croissance et termine sur ces trois mots « Alors qu’attendons-nous ? » Mon sentiment personnel n’est pas de toute gaité, suscité par l’équipe Meadows dont les travaux, dans leur dernière actualisation, annoncent de gros chocs dans l’effondrement à venir. Paech et Meadows partagent le point de vue qu’il n’est pas trop tard, nous avons (encore) le choix pour en limiter la rudesse. Nul doute que de bifurquer vers la post croissance constitue la bonne voie. Puisse l’excellent ouvrage de Niko Paech éveiller suffisamment de consciences et nous amener à changer nos comportements.

Avec ce livre, Rue de l’échiquier renforce sa prestigieuse collection « Initial(es) DD » qui me procure titre après titre, de beaux moments de lecture.

Pour aller plus loin

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