Nous étions nombreux (plus de deux mille) le 17 juin devant le tribunal, plus d’un millier de personnes, pour soutenir les 9 inculpés de la Confédération Paysanne. Leur action militante, « démontage » d’une salle de traite de la ferme des milles vaches leur avait valu d’être condamnés lors du procès en première instance. Procès qui avait rassemblé sensiblement autant de monde le 28 octobre 2014 au même endroit. Bien sûr, j’en étais.

Ce second rassemblement fut tout aussi convivial et bien organisé. Un grand bravo la Confédération Paysanne et à ses amis ! Au-delà d’une superbe journée militante, l’ajout d’une « petite scène » (qui n’y était pas en octobre) lieu d’intéressantes tables rondes nous permis d’être davantage au contact des paysans engagés dans un combat vital, celui de l’agriculture paysanne. Le témoignage des paysans était autant poignant que le tableau qui nous a été dépeint de l’industrialisation de l’agriculture est effrayant et consternant.
Nous sommes revenus heureux de notre action militante et des rencontres effectuées. Notre moral est souvent en berne tant les problèmes et les luttes sont nombreux que se retrouver entre personnes de convictions similaires est important et revigorant ! Mais ce bonheur est très relatif au regard de notre vision maintenant plus acérée du déclin si rapide de la paysannerie, conséquence de l’industrialisation de l’agriculture dont le développement des fermes usines, en particulier celle des milles vaches qui nous rassemblait ici est un exemple marquant et médiatisé.

Pour qui voudrait mieux comprendre comment, pourquoi l’agriculture est ainsi malmenée et quels sont les fossoyeurs des paysans, je recommande deux revues que j’ai découvertes à Amiens.

Tout d’abord le numéro 1 de la version « papier » de Reporterre. Après que Hervé Kempf ait fondé le site Internet du même nom, excellent médium d’information indépendante sur l’écologie, c’est donc une publication non virtuelle qu’il nous a offert en Avril de cette année. Titré « Le maître caché de l’agriculture française », cet excellent magazine fait la lumière en cinq enquêtes sur la pieuvre Avril-Sofiprotéol, ensemble d’entreprises dont le but est de forcer la mutation de l’agriculture vers une agro-industrie employant peu de travailleurs par le développement de grandes entreprises assoiffées de profit.
La lecture de Reporterre nous décrit comment Xavier Beulin, situé au cœur d’Avril-Sofiprotéol et à la tête de la FNSEA, principal syndicat d’agriculteurs est parvenu à bâtir un « empire sur le dos des contribuables et des agriculteurs avec la complicité des responsables politiques. En bref, Sofiprotéol est un monstre industriel, destructeur de l’environnement et responsable de la disparition de dizaines de milliers d’exploitations agricoles. Il s’est construit par la rente des agro-carburants (le diester), l’alimentation animale produite avec le tourteau de colza, résidu de la fabrication du diester. Faisant jouer ses nombreuses relations politiques, Xavier Beulin est parvenu à faire en sorte que la France défiscalise les agro-carburants alors en vogue en Europe, ce qui a assuré une belle manne financière à Sofiprotéol. Il serait trop long de détailler ici les tours de passe-passe et le lobbying qui ont conduit Sofiprotéol et Xavier Beulin des agro-carburants au développement des fermes usines. C’est machiavélique. Je vous laisse lire le dossier de Reporterre.

Avec son numéro de juin 2015, « Campagnes solidaires », le magazine de la Confédération paysanne aborde lui aussi le dossier Sofiprotéol-Avril. Complémentaire à Reporterre, le dossier de « la Conf » est bel et justement illustré par une tentacule de pieuvre déroulée par deux élus. Un profiteur de Sofiprotéol marche sur la tentacule qui, ainsi déployée, lui offre un chemin bien tracé pour remplir sa valise de billets (on ne les voit pas mais, si, si, ils y sont !). Constitué de courts articles, le dossier met l’accent sur les réseaux d’influence exploités pour imposer une politique agricole néolibérale destructrice de l’environnement et de l’emploi. De l’emploi paysan mais pas seulement car le nombre d’emplois créés est largement inférieur à celui des emplois détruits.
Les 2 pages centrales du mensuel montrent un impressionnant diagramme du groupe industriel Avril-Sofiprotéol. En son centre : Xavier Beulin est ses onze titres de président et vice-président de syndicats, organismes publics et entreprises privées. En périphérie tout autour, les multiples domaines ou sévissent les entreprises du groupe. Génétique ; alimentation hygiène et santé animale ; huiles végétales ; alimentation humaine ; énergie ; lobbying (plus conséquent que celui de Coca-Cola !) ; activités financières. C’est monstrueux !
Outre ce dossier consternant, la revue informe sur bien des points de l’actualité de la lutte pour la sauvegarde de l’agriculture paysanne par des articles forts et engagés d’où émane une évidente rageuse détermination à survivre face au rouleau compresseur de l’agriculture industrielle. Campagnes solidaires et Reporterre sont des lectures tout à fait en résonnance avec cette journée du 17 juin, mélange d’espérance et d’inquiétude sur l’avenir de l’agriculture et celui du monde dans son ensemble.

Notre présence massive à Amiens illustre parfaitement comme le nombre rends plus forts. C’est pourquoi je rejoins les adhérents des « amis de la Confédération paysanne », n’étant bien sûr moi-même pas agriculteur ».
Ces paysans là sont des résistants, alors, avec eux, résistons !




Manif dans les rues d'Amiens




Susan George






La sortie des 9 de la Conf



José bové et Olivier De Schutter



Olivier De Schutter, témoin de poids


La petite scène, lieu de rencontres rapprochées


Une dynamique membre de la Via Campesina


Les bure haleurs