J'assistais lundi dernier à la rencontre Reporterre :


Ce fut une excellente soirée. Les représentants de 5 grandes luttes actuelles nous ont chacun exposé la situation courante et les perspectives de succès de leurs luttes respectives.
Ben Lefetey, porte-parole de la lutte pour la sauvergarde de la zone humide du Testet, s’est montré très confiant sur le fait que le barrage ne se fera pas, ce qui ne sera désormais plus possible de fêter avec la mort de Rémi Fraisse. Ben est à l’évidence d’un engagement total, fort et radical. Quelle personnalité !
Françoise Verchère, des collectifs contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, était presque à l’opposé de Ben. Dépeignant une situation enlisée à NDDL et un projet d’aéroport sur lequel l’état continue à affirmer sa détermination à le réaliser. Le charisme de Françoise m’a impressionné et il contribue sans doute à faire de NDDL le fer de lance et le précurseur des ZAD et un élément essentiel dans la réussite de la formidable cohabitation de tant de personnes, groupes et compétences différents dans cette opposition à l’aéroport.
Bernard Loup, du collectif contre Europa City, à Gonesse (Seine-Saint-Denis) Triangle de Gonnesse, n’avait pas la tâche facile de succéder à Françoise Verchère dans sa présentation de ce projet débile qu’est ce gigantesque projet de centre commercial complètement inutile et destructeur de teres agricoles dans un secteur vomissant déjà de centres de ce type.
Stéphane Peron, contre le projet de Center Parcs à Roybon, en Isère est un homme surprenant. Il révèle une grande qualité de militant et une détermination évidente face à un projet démesuré en un lieu où seul la soif d’argent pouvait l’imaginer. Une soif qui apparait intarissable lorsque Stéphane explique la lutte passée et gagnée contre un projet au même endroit.
François Tassard, du collectif contre Decathlon, à Saint Jean de Braye, près d’Orléans apportait un souffle de jeunesse bienvenu dans cette équipe remarquable de militants responsables de collectifs associatifs.

Plus d’une heure d’échanges avec la salle ainsi que les interventions de Barnabé Binctin (Reporterre), Stephen Kerckhove (Agir pour l’environnement) et de Hervé Kempf (Reporterre) ont complété utilement ces propos.
Sans aller jusqu’à présenter des points communs à tous les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII), je vous livre et synthèse les points que ’ai trouvé marquants et importants.

  • Selon ceux qui leurs sont favorables, les GPII sont toujours légaux car ils respectent la législation.
  • Arme ultime opposée aux collectifs, associations, citoyens : le silence. Aucune réponse n’est faite aux courriers et demandes de rendez-vous.
  • La lutte juridique est nécessaire mais peut-elle être couronnée de succès alors qu’au bout du bout il y a le Conseil d’Etat qui contredit rarement les autres juridictions et l’Etat ?
  • Il s’agit souvent de projets privés financés par de l’argent public.
  • Les projets sont présentés comme d’intérêt général. Quelle est la définition de l’intérêt général dont se prévalent aussi les opposants ?
  • Le chantage à l’emploi ou la promesse de créations d’emploi est très souvent utilisé comme justification des GPII.
  • C’est toujours la même politique de relance de la croissance par les grands travaux.
  • Partout les GPII et nombre de petits projets inutiles génèrent de l’opposition citoyenne.
  • Souvent les avis négatifs d’entités consultatives ou du public sont ignorés lors des procédures. C’est légal !
  • Suite au drame de Sivens les déclarations politique (lors de la conférence environnementale) nous promettent davantage de démocratie participative. Mais les dispositifs qui la permettent existent déjà ! On voit ce qu’il en sort lorsque les avis ne sont pas écoutés, par exemple 98% de plus de 700 avis sont défavorables lors d’une enquête publique mais le commissaire enquêteur donne un avis favorable ! De plus la demande de simplification des procédures administratives risque de faire disparaître certains dispositifs, alors ? Plus de démocratie ?
  • Les décisions de faire les projets sont souvent très rapidement suivies d’un début des travaux afin de mettre tout le monde devant le fait accompli et en supposant que le retour en arrière ne se fera pas.
  • Les opposants développent une argumentation logique, utilisant la raison. Cela ne marche pas car ce n’est pas la logique ni la raison qui motivent les projets.
  • Pour avancer vers le succès, la médiatisation par les actions de désobéissance civile sont un bon moyen, voire actuellement le meilleur ou même le seul !
  • La violence fait débat dans les groupes d’opposition aux GPII. Certains la refusent, d’autres la proposent.
  • Nous faisons face à un choc des légitimités entre les élus et les citoyens.
  • L’âge des GPII est très souvent extrêmement élevé, de plusieurs années à plusieurs décennies.
  • Déni partout ! Déni écologique, déni démocratique, déni climatique…
  • Les politiques au pouvoir font de l’écologie hors sol : Grenelle de l’environnement, conférence environnementale…
  • La convergence des luttes est jeune mais se met en place. C’est clairement un impératif pour gagner.
  • Jouer sur l’image de marque des sociétés est efficace ainsi que l’on vient de le voir avec Senoble qui, sur pression citoyenne, s’est désengagé de la commercialisation du lait de la ferme des mille vaches. C’est à développer.
  • Les référendums sont-ils un atout ou un danger pour nous les opposants ? Certains (et j’en suis) y voient un danger tant les lobby ont de pouvoir.
  • La lutte s’organise toujours sur 3 axes : juridique, politique (hé oui, c’est quand même nécessaire) et citoyen.
  • Donnons nous le moral en ayant en tête que nombre d e luttes ont été gagnées, nous ne lâcherons rien !

Un grand bravo et merci à Reporterre et Agir pour l'environnement qui nous ont offert une soirée instructive, rafraîchissante, dynamisante, motivante et aussi émouvante car Rémi Fraisse a bien sûr été souvent nommé et nous lui avons dédié une minute de silence. Antoine Lagneau a fort bien animé ces 2h30 et a relevé avec tact le défi jamais gagné à l’avance de faire respecter au mieux et par tous le timing prévu. Chapeau !

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Sur l'opposition au projet : http://www.pcscp.org/