Editeur : EDP SCIENCES
Collection : QuinteSciences
Par le groupe ÉcoInfo du CNRS
ISBN-10: 2759807614
ISBN-13: 978-275980761

L’idée semble assez répandue que les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sont propres, non polluantes, et qu’elles peuvent contribuer à la résolution des problèmes environnementaux. Mais que sont concrètement ces TIC ? Il s’ait des ordinateurs, de leur périphériques, de leurs logiciels, des téléviseurs, téléphones portables et autres appareils électroniques, l’ensemble avec les infrastructures et matériels nécessaires à leur mise en réseau (téléphonie mobile, internet).

Chercheurs et ingénieurs au CNRS, les auteurs de cet ouvrage l’annoncent comme le premier en français qui présente tous les impacts environnementaux causés par les TIC. Leur ambition était d’offrir une approche scientifique aussi exhaustive que possible, basée sur des éléments quantitatifs récents. Le but de l’équipe est de contribuer à la nécessaire prise de conscience que les TIC ont un impact concret et négatif sur l’environnement, qui s’avère déjà insoutenable et incompatible avec ce que la planète peur fournir et régénérer.

Le public visé est le citoyen avisé, intéressé par l’impact des technologies de ce type sur l’environnement, les étudiants, chercheurs, politiques et industriels du secteur concerné. La plupart trouveront certainement leur compte à la lecture de ce livre. Disons quand même qu’il ne s’agit pas d’un livre grand public. Le ton n’est pas à la vulgarisation mais se positionne sur le terrain technique, voire scientifique, sans qu’il soit quand même besoin d’avoir une solide formation en ces domaines. Certaines partie pourront s’avérer rébarbatives au « profane » qui aura sans doute envie de les ignorer où simplement de les parcourir rapidement.

Dès son début, l’ouvrage captive par son approche des questions relatives à la raréfaction des ressources minérales et énergétiques. Il fait l’état généraliste des différentes atteintes que notre mode de vie actuel porte à l’environnement. Cette partie généraliste s’applique à un domaine bien plus vaste que les TIC, elle satisfera ainsi nombre de lecteurs d’intérêts différents. Épuisement des ressources, atteintes aux forêts, raréfaction et pollution de l’eau, réchauffement climatique, acidification des océans, déplétion de la couche d’ozone, désertification, perte de biodiversité et multiples impacts sur la santé humaine, tous ces thèmes sont des classiques de la question environnementale mondiale. Chacun est très bien résumé et la contribution des TIC y est exposée.

Face à ce constat le besoin s’est fait sentir d’outils d’évaluation environnementale. Les Analyses du Cycle de Vie (AVC) en font partie, ils sont encore assez peu utilisés et leurs résultats rarement accessibles au grand public. La communication environnementale des entreprises se développe cependant et utilise dans certains cas les ACV comme instrument. Les auteurs y consacrent un chapitre entier, le second. Nous y apprenons les principes de base et en voyons toute la complexité et surtout les limites qui sont bien souvent masquées et utilisées par des entreprises plus avides de verdir leur image que de se forger un réel comportement écologique et responsable. J’avoue avoir un peu peiné à la lecture de ce chapitre qui représente tout de même un quart de l’ouvrage… Les enseignement en sont principalement que plutôt que de mener de difficiles analyses et improbables comparaisons entre matériels et solutions techniques, la meilleure question à se poser est celle de la réelle utilité de tous ces objets technologiques que la publicité nous pousse à acheter. En faire une utilisation responsable et prolonger le plus possible leur durée de vie est l’attitude à privilégier.

Arrivant vraiment au cœur du sujet, le troisième chapitre aborde concrètement des études de cas sur le secteur des TIC. Chaque segment de ces nouvelles technologies est traité, depuis les composants et cartes électroniques, les ordinateurs, les téléphones, leurs réseaux, les liseuses, jusqu’aux logiciels, centres de données, sans oublier le domaine de l’impression avec ses appareils, le papier et les cartouches d’encre et même les services internet. Pour chacun, les auteurs citent les ACV et études existantes et en résument les principaux chiffres et enseignements. L’ensemble constitue un patchwork hétéroclite et décousu d’impacts environnementaux divers, non comparable et peu directement utilisables pour opérer des choix de consommation et encore moins de nature sociétale ou politique. D’une manière générale il en ressort que la connaissance des impacts environnementaux des TIC est, certes, bien réelle et négative, mais qu’elle s’avère relativement faible et parcellaire. Quelques orientations ponctuelles peuvent malgré tout nous guider dans nos choix de consommation, un exemple qui n’a pas manqué de me surprendre, plusieurs études donneraient des résultats convergents, indiquant que le livre électronique aurait un impact environnemental moindre que le livre papier.

La fin de vie des appareils est largement et très bien abordée, c’est une excellente chose car il est clair que les utilisateurs que nous sommes de ces produits complexes ne se soucient que trop peu de leur devenir lorsque l’on les met au rebut. Or leur complexité est telle que leur recyclage est aussi difficile que dangereux pour la santé des personnes, souvent dans les pays pauvres, qui les démontent et les traitent. Prenant un recul bien nécessaire, le dernier chapitre présente quelques perspectives critiques de l’utilisation des TIC et c’est fort intéressant ! Nous y découvrons les principaux moteurs de la fuite en avant vers les nouvelles technologies, qu’ils concernent les comportements individuels comme les questions d’organisation des entreprises. Tous influent sur les impacts environnementaux des TIC, incluant des effets rebond, c'est-à-dire différés et en général peu prévus. La course à la nouveauté, impulsée à grand renfort de publicité, surtout en cette période précédant Noël, met le consommateur en état de dépendance et d’insatisfaction chronique. Les logiciels demandent toujours plus de performances matérielles et concourent eux-aussi aux changements réguliers d’appareil. C’est aussi à cela que conduisent les différents types d’obsolescence, bien décrits ici, avec en particulier la « fameuse » obsolescence programmée. Enfin l’évolution permanente vers une société de plus en plus rapide conduit au même effet d’un besoin en appareils toujours plus performants mettant à l’écart des matériels encore en bon état de marche.

Bien que laissant le lecteur face à ses responsabilités, les auteurs prennent le parti pour une indispensable réflexion sur les besoins réels de ces technologies et pour une orientation allant clairement vers une modération de leur usage. La dette environnementale des TIC se creuse chaque jour toujours davantage. Un changement d’attitude devient vital pour que nous laissions une planète durable et solidaire envers les pays pauvre largement exploités et atteints tout au long du cycle de vie de nos joujoux électroniques.

Malgré son hétérogénéité qui pourra gêner le lecteur peu technicien, cet ouvrage est largement digne d’intérêt, non seulement concernant ces Technologies de l’Information et de la Communication, mais aussi plus largement pour l’éclairage qu’il apporte sur les questions générales d’environnement. Son argumentation scientifique et références, ni partisante ni militante démontre l’impact environnemental négatif de ces technologie trop souvent considérées comme « vertes ». Espérons qu’il contribuera à sensibiliser le public, les politiques, les entreprises et le monde économique et surtout qu’il les incitera à adopter un comportement responsable.