Estelle Iacona, JeanTaine et Bernard Tamain sont professeurs à l'école Centrale de Paris et de l'école supérieure d'ingénieur de Caen où ils enseignent des disciplines scientifiques liées à l'énergie.
Ils s'annoncent indépendants de toute entreprise ou organisme public a caractère industriel ou commercial, ainsi, leur ouvrage "les enjeux de l'énergie - Après Fukushima" prétend exposer un état des lieux du secteur énergétique mondial et présenter une analyse critique des solutions envisageables pour assurer à l'humanité un futur répondant à ses besoins énergétiques.
Le livre a été actualisé en mai 2011, soit deux mois après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Structuré en trois parties, le livre nous propose tout d'abord une analyse intéressante, bien que très chiffrée, de l'état des lieux de la consommation énergétique mondiale.
L'espèce humaine devant croitre d'un tiers d'ici à 2050, les auteurs estiment que la consommation d'énergie primaire devrait, sauf crise économique majeure et durable, continuer à augmenter dans les décennies à venir. Les principales régions consommatrices sont l'Inde et la Chine.

La seconde partie de l'ouvrage décrit le contexte, les contraintes et défis du futur énergétique.
Les contraintes environnementales, le développement durable, l'acceptation sociale des technologies, les émissions de CO2, le nucléaire y sont abordés de manière peu approfondie et partisane, donnant un ensemble très moyen.
Prise de position claire et appréciable : le développement agrocarburants de première génération est une erreur majeure bien que souvent subventionnée.
Le chapitre consacré à l'énergie nucléaire est édifiant. Cette énergie y est décrite comme :

  • assurant une indépendance énergétique,
  • bénéficiant de réserves d'uranium connues ne nécessitant pas de passer à des réacteurs à neutrons rapides avant 2080,
  • étant peu émettrice de CO2,
  • peu couteuse sur le long terme après avoir nécessité des investissements de départ importants, ceci étant cependant relativisé par l'inconnue du coût du démentellement des installations ainsi que de celui d'éventuels accidents graves qui seraient en majeure partie assumés par les états.

Les auteurs affirment qu'une sortie du nucléaire nécessiterait des investissements considérables ne pouvant être assumés que par des pays dont l'économie est saine. Ils assurent que l'utilisateur final verrait sa facture augmenter et que les émissions de CO2 seraient accrues du fait d'un recours aux énergies fossiles en substitution.
Nous avons là un argumentaire clairement destiné à soutenir un choix de production d'électricité d'origine nucléaire. Le seul point modérant cette orientation concerne l'acceptation publique du risque d'accident grave et le constat que le programme électronucléaire français a été mis en œuvre pzar une entreprise publique alors que la donne a complètement changé de nos jours avec l'implication de sociétés privées qui sont loin d'être vertueuses au niveau de la sécurité afin de maximiser leurs profits.

La dernière partie du livre concerne les voies futures et les prospectives. Elle apporte beaucoup d'informations en particulier sur le futur des technologies liées aux différentes forme d'énergie, gazeuses, liquides, électricité, chaleur et nucléaire.
D'une manière transverse les auteurs donnent des pistes d'évolutions futures pour le bâtiment et l'automobile.

En conclusion, les auteurs réaffirment qua la consommation mondiale d'énergie devrait continuer à croitre, que les réserves prouvées d'hydrocarbures conventionnels sont de quelques décennies et que le monde sera confronté à la nécessité de concilier rentabilité, épuisement des ressources, production agricole à usage alimentaire, respect accru de l'environnement, gestion des déchets, limitation des émissions de CO2, acceptation sociale des risques liés au nucléaire civil.
Les avancées attendues en matière de recherche concernent la fission nucléaire basée sur l'U238, l'exploitation plus efficace des hydrocarbures conventionnels et celle des réserves non conventionnels, le stockage de l'électricité des sources intermittentes, la production d'agrocarburants de seconde génération à partir des tiges et fibres des plantes.
Si les auteurs appellent à l'amélioration de l'efficacité énergétique, ils n'insistent pas sur le besoin d'économie d'énergie. Ils affirment la nécessité d'investir fortement dans le bâtiment, les transportes en commun, les énergies renouvelables.

En ce qui concerne l'électricité, l'alternative serait entre le recours accru aux énergies fossiles induisant une augmentation des émissions de CO2 et la poursuite du programme nucléaire, solution de facilité tant qu'un accident grave ne survient pas. Avec ses 58 réacteurs la France court un risque certain rendant indispensable de donner une priorité forte à la sécurité.

Un ouvrage s'adressant aux amateurs avertis. Le militant écologiste y trouvera de nombreux chiffres et informations, des éléments géopolitiques et des considérations techniques pouvant lui permettre d'affiner sa connaissance du sujet. Il prendra avec recul l'approche très conservatrice des auteurs.