Les enjeux de l'énergie – Après Fukushima
Par Gilles Héluin le lundi 27 février 2012, 06:34 - J'ai lu pour vous - Lien permanent

Estelle Iacona, JeanTaine et Bernard Tamain sont professeurs à l'école
Centrale de Paris et de l'école supérieure d'ingénieur de Caen où ils
enseignent des disciplines scientifiques liées à l'énergie.
Ils s'annoncent indépendants de toute entreprise ou organisme public a
caractère industriel ou commercial, ainsi, leur ouvrage "les enjeux de
l'énergie - Après Fukushima" prétend exposer un état des lieux du secteur
énergétique mondial et présenter une analyse critique des solutions
envisageables pour assurer à l'humanité un futur répondant à ses besoins
énergétiques.
Le livre a été actualisé en mai 2011, soit deux mois après le début de la
catastrophe nucléaire de Fukushima.
Structuré en trois parties, le livre nous propose tout d'abord une analyse
intéressante, bien que très chiffrée, de l'état des lieux de la consommation
énergétique mondiale.
L'espèce humaine devant croitre d'un tiers d'ici à 2050, les auteurs estiment
que la consommation d'énergie primaire devrait, sauf crise économique majeure
et durable, continuer à augmenter dans les décennies à venir. Les principales
régions consommatrices sont l'Inde et la Chine.
La seconde partie de l'ouvrage décrit le contexte, les contraintes et défis
du futur énergétique.
Les contraintes environnementales, le développement durable, l'acceptation
sociale des technologies, les émissions de CO2, le nucléaire y sont abordés de
manière peu approfondie et partisane, donnant un ensemble très moyen.
Prise de position claire et appréciable : le développement agrocarburants
de première génération est une erreur majeure bien que souvent
subventionnée.
Le chapitre consacré à l'énergie nucléaire est édifiant. Cette énergie y est
décrite comme :
- assurant une indépendance énergétique,
- bénéficiant de réserves d'uranium connues ne nécessitant pas de passer à
des réacteurs à neutrons rapides avant 2080,
- étant peu émettrice de CO2,
- peu couteuse sur le long terme après avoir nécessité des investissements de
départ importants, ceci étant cependant relativisé par l'inconnue du coût du
démentellement des installations ainsi que de celui d'éventuels accidents
graves qui seraient en majeure partie assumés par les états.
Les auteurs affirment qu'une sortie du nucléaire nécessiterait des
investissements considérables ne pouvant être assumés que par des pays dont
l'économie est saine. Ils assurent que l'utilisateur final verrait sa facture
augmenter et que les émissions de CO2 seraient accrues du fait d'un recours aux
énergies fossiles en substitution.
Nous avons là un argumentaire clairement destiné à soutenir un choix de
production d'électricité d'origine nucléaire. Le seul point modérant cette
orientation concerne l'acceptation publique du risque d'accident grave et le
constat que le programme électronucléaire français a été mis en œuvre pzar une
entreprise publique alors que la donne a complètement changé de nos jours avec
l'implication de sociétés privées qui sont loin d'être vertueuses au niveau de
la sécurité afin de maximiser leurs profits.
La dernière partie du livre concerne les voies futures et les prospectives.
Elle apporte beaucoup d'informations en particulier sur le futur des
technologies liées aux différentes forme d'énergie, gazeuses, liquides,
électricité, chaleur et nucléaire.
D'une manière transverse les auteurs donnent des pistes d'évolutions futures
pour le bâtiment et l'automobile.
En conclusion, les auteurs réaffirment qua la consommation mondiale
d'énergie devrait continuer à croitre, que les réserves prouvées
d'hydrocarbures conventionnels sont de quelques décennies et que le monde sera
confronté à la nécessité de concilier rentabilité, épuisement des ressources,
production agricole à usage alimentaire, respect accru de l'environnement,
gestion des déchets, limitation des émissions de CO2, acceptation sociale des
risques liés au nucléaire civil.
Les avancées attendues en matière de recherche concernent la fission nucléaire
basée sur l'U238, l'exploitation plus efficace des hydrocarbures conventionnels
et celle des réserves non conventionnels, le stockage de l'électricité des
sources intermittentes, la production d'agrocarburants de seconde génération à
partir des tiges et fibres des plantes.
Si les auteurs appellent à l'amélioration de l'efficacité énergétique, ils
n'insistent pas sur le besoin d'économie d'énergie. Ils affirment la nécessité
d'investir fortement dans le bâtiment, les transportes en commun, les énergies
renouvelables.
En ce qui concerne l'électricité, l'alternative serait entre le recours
accru aux énergies fossiles induisant une augmentation des émissions de CO2 et
la poursuite du programme nucléaire, solution de facilité tant qu'un accident
grave ne survient pas. Avec ses 58 réacteurs la France court un risque certain
rendant indispensable de donner une priorité forte à la sécurité.
Un ouvrage s'adressant aux amateurs avertis. Le militant écologiste y
trouvera de nombreux chiffres et informations, des éléments géopolitiques et
des considérations techniques pouvant lui permettre d'affiner sa connaissance
du sujet. Il prendra avec recul l'approche très conservatrice des
auteurs.

