Dans le cadre de la réduction des émissions de CO2, la France s'est fixé dans le cadre du Grenelle de l'Environnement l'objectif de doubler sa production de bois énergie d'ici à 2020 :


Le bois est communément connu pour être une ressource renouvelable et vertueuse, voire une source d'énergie neutre au niveau carbone puisque la combustion du bois ne ferait que relâcher le carbone fixés par les arbres durant leur croissance.

C'est dans ce contexte que l'Office National des Forêts (ONF), poussé par ailleurs par son statut d'établissement public national à caractère industriel et commercial, transforme progressivement les forêts dont il a la gestion en «usine à bois à rentabilité immédiate» (2).

Une énergie au final pas si écologique…
Les objectifs de réduction des émissions de CO2, si louables qu'ils soient justifient-ils des pratiques conduisant à une dégradation de l'environnement ?
La question est d'autant légitime que concernant le bois énergie, on se rend progressivement compte que les atteintes environnementales liées à l'exploitation intensive des forêts sont importantes, voire potentiellement dramatiques. Et cela peut être même au final pour un bilan CO2 négatif, c'est-à-dire que les émissions totales de la filière bois excéderaient le stockage réalisé par les arbres !


Voyons brièvement pourquoi le bois énergie pourrait bien ne pas être si écologique qu'on le croit.

Une acidification des sols
Jean-François Ponge, Professeur émérite du Muséum National d’Histoire Naturelle, alerte (1) :

Les conséquences en sont inéluctables: raccourcissement des rotations sylvicoles, sélection d’essences à croissance rapide et exploitation totale des houppiers. Comme d’autres énergies renouvelables telles que les bio-carburants et l’énergie éolienne, les effets pervers à long terme (déforestation pour la première, dégradation paysagère pour la seconde) l’emportent sur les avantages immédiats à court terme. Il est nécessaire de rappeler que l’acidification des sols, un des principaux risques environnementaux à l’échelle de la planète, n’est pas seulement due à la pollution atmosphérique (d’origine industrielle ou agricole) mais en bonne partie aussi à la… croissance des arbres!! Le mécanisme est connu (il s’agit d’un déséquilibre ionique au niveau de l’alimentation racinaire) mais il est inéluctable et ne peut être compensé que par la cessation totale des récoltes, ce qui est bien entendu incompatible avec l’exploitation forestière… Lorsque la croissance des arbres est lente, décomposition et altération compensent dans une certaine mesure l’appauvrissement des sols qui résulte de la croissance des arbres et ralentissent donc le phénomène d’acidification si la forêt est exploitée de façon raisonnable, c’est-à-dire sans excès. Toute accélération de la croissance et de l’exportation du bois (les deux vont de pair) va donc créer un déséquilibre, sauf sur les très bons sols (a priori plus propices à l’agriculture qu’à la sylviculture) et générer de l’acidité qui ne pourra plus être compensée.

Une pollution atmosphérique importante
La combustion du bois tous secteurs confondus (domestique, industriel et collectif) représente jusqu'à 77 % des émissions nationales d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), 27 % des particules PM10 et même 40 % pour les plus fines (PM2,5) qui sont aussi les plus dangereuses. C'est aussi respectivement 22 et 21 % des émissions de composants organiques volatiles (COV) et de monoxyde de carbone. (3).
Ainsi, en 2009 la secrétaire d'état à l'écologie indiquait : "Une demi-journée au coin du feu, c'est autant de particules que 3 500 km en diesel (3).
Le Québec relève de son côté aussi cette problématique : Le chauffage au bois représente une source importante de contaminants dans l’atmosphère : monoxyde de carbone (CO), composés organiques volatils (COV), particules fines (PM2,5), oxydes d’azote (NOx) et hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). La fumée dégagée par la combustion du bois est présente à l’extérieur comme à l’intérieur des maisons. (4)


Un bilan CO2 qui est peut être globalement négatif
Il était communément admis que le chauffage au bois émet environ dix fois moins de gaz à effet de serre qu'au fioul et cinq fois moins qu'au gaz (3).
Ceci pourrait s'avérer faux à en croire une étude réalisée par 4 chercheurs américains qui ont réalisé une analyse du cycle de vie (ACV) de la valorisation énergétique de la biomasse forestière.
Selon eux, pour 16 des 19 «éco-régions» qu'ils ont étudiées, le bois énergie est émetteur net de CO2 et non un puits de carbone. (1).
Ceci nécessite des études plus larges mais pourrait bien changer la donne en matière se solutions énergétiques à la problématique du CO2.


Références :
(1) Bois-énergie et dynamisation de la sylviculture: un danger pour la forêt morvandelle ?

(2) Gardes forestiers, l’âme abattue par Par ELIANE PATRIARCA – Libération :

(3) Le feu de bois, un des principaux facteurs de pollution

(4) : Québec – Le chauffage au bois : http://www.mddep.gouv.qc.ca/air/chauf-bois/index.htm
http://www.mddep.gouv.qc.ca/air/chauf-bois/bois-fr.pdf