Qu'elles soient animales ou végétales, certaines espèces peuvent être introduites, volontairement ou non, dans un écosystème dont elles sont initialement absentes. Dans certains cas, ces espèces y trouvent un environnement tellement favorable qu'elles s'y développent fortement.
Cela peut s'avérer tout à fait positif si elles rendent y service utile à l'écosystème hôte et si elles ne portent pas préjudice à la faune et la flore locales.
Ce n'est cependant pas toujours le cas. L'exemple bien connu est celui de l'écureuil gris d'Amérique du nord, qui a quasiment éliminé son cousin l'écureuil roux en Grande Bretagne.


Écureuil gris d'Amérique du nord

Pour les végétaux, un exemple caractéristique est celui de la renouée du Japon qui colonise nos zones humides.


Renouée du Japon

L'introduction dans un milieu d'espèces nouvelles peut s'effectuer de plusieurs manières.
Involontairement par le jeu des transports qui se multiplient, surtout à l'échelle internationale. Le frelon asiatique aurait débarqué chez nous dans une cargaison de bois (ou de poteries ?) venant de Chine.
Les cales d'avions et de bateau et même les semelles profilées des randonneurs peuvent renfermer des passagers clandestins !


Involontaire est aussi en partie la dissémination dans le milieu naturel d'espèces introduites dans les jardins pour les végétaux, ou comme animaux de compagnie pour le règne animal.
L'introduction peut aussi résulter d'un acte volontaire et n'est pas nécessairement dans ce cas malintentionné.

Face à cette migration des espèces sans précédent dans l'histoire de la terre, certains pays, organisations internationales, nationales ou collectivités ont mis en place des mesures préventives. En 1992, la conférence de l'ONU à Rio de Janeiro sur l'environnement et le développement donnait naissance à la convention sur la diversité biologique dont l'article 8(h) engage les états signataires à "empêcher d'introduire, contrôler ou éradiquer les espèces exotiques qui menacent des écosystèmes, des habitats ou des espèces".

Ainsi, dans certains cas ce sont des actions correctives qui sont mises en œuvre. Je participais à une telle opération d'arrachage de renouée du Japon dans le cadre d'un chantier nature à Breuillet.


Lutte contre la renouée du japon à Breuillet

Il peut sembler effectivement logique de lutter ainsi contre les envahisseurs. Tout le monde n'est pas de cet avis.

Robert Barbault est écologue et dirige le département Ecologie et Gestion de la biodiversité au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Dans des entretiens avec la journaliste Marie-Sophie Bazin (publiés par Terre Sauvage et Nature & Découvertes), il expose les arguments qui le poussent au laisser tranquille les invasives.
C'est pour lui une question complexe et délicate qui touche à l'éthique et à la philosophie.

Une première chose est de faire la distinction entre espèces autochtones et invasives. Par le passé de multiples espèces ont colonisé notre territoire et ont depuis été "nationalisées". C'est le cas par exemple de la carpe, venue de Chine, ou de la tourterelle turque. Deux exemples de bonnes intégrations. Aurait-il fallu les combattre ?

Robert Barbault est hostile à la destruction des espèces invasives, sur la base du simple fait d'être "étrangères", ce qu'il ne peut s'empêcher de rapprocher de certains discours politiques... Il considère aussi que le problème est pris à l'envers car, si les espèces dites "exogènes" prolifèrent au détriment des autochtones, c'est souvent qu'elles s'adaptent mieux à des écosystèmes dégradés et pollués, par les nitrates notamment. Au Canada par exemple, certaines espèces locales, remplacées par des invasives étaient de toutes façon condamnées à disparaître, n'arrivant pas à reprendre le dessus.
Dans certains cas on pourrait décider d'éradiquer une espèce invasive qui rempli un rôle utile dans l'écosystème, comme c'est le cas de la crépidule, petit mollusque originaire des États Unis, qui a colonisé les cotes françaises de la Manche et de l'Atlantique, apporté par la coque des navires lors du débarquement américain lors de la dernière guerre mondiale. Il a été constaté qu'il joue maintenant un rôle dans l'écosystème de recyclage des sédiments. Or son élimination avait été envisagée...

Robert Barbault estime que plutôt que de s'armer de fusils face aux "envahisseurs", il vaut mieux investir dans le maintien d'écosystèmes diversifiés et résilients, capables de se restaurer eux mêmes après perturbation.

Mon avis

Robert Barbault invite à une remise en cause complète de nos modes de fonctionnement, y compris de nos réponses écologiques inadaptées que nous invite la prise en compte de la biodiversité. Indispensable en notre époque de changements climatiques.

Pour plus d’information

Lire le recueil des entretiens entre Robert Barbault et Marie-Sophie Bazin : Biodiversité notre avenir est dans les choux ! (publié par Terre Sauvage et Nature & Découvertes).