La guerre de l’eau n’aura pas lieu ?
Par Gilles Héluin le lundi 6 septembre 2010, 07:06 - Entre Deux Eaux - Lien permanent
Émeline et benjamin, nos amis d'Entre deux Eaux nous donnent leur avis, à l'issue de leur périple autour du monde : La guerre de l’eau n’aura pas lieu.
Nous sommes partis le 17 novembre 2008. Nous sommes revenus le 3 juin 2010.
550 jours pour recueillir sur le terrain, sur quatre continents, des
informations destinées à valider une méthode d’analyse des problèmes
transfrontaliers de l’eau.
11 bassins hydrographiques, 35 pays. Nous voulions voir à l’échelle du monde
cette question de l’avenir de l’eau dans le sillage du réchauffement
climatique. Cette ressource naturelle a une place centrale pour l’espèce
humaine car elle est au cœur de l’agriculture, l’hygiène, la santé, le
transport, l’industrie… bref de la vie! Selon la vision malthusienne, la
raréfaction de notre or bleu entrainera des conflits entre états.

Il existe 263 fleuves transfrontaliers sur notre planète, et même si le mot
français rival tire son origine latine de rivus qui signifie rivière, il n’y a
pas de raison de se laisser porter par le pessimisme.
Dans l’histoire moderne, l’eau n’a jamais été l’origine d’une guerre et les
coopérations actuelles laissent penser qu’il s’agit d’avantage d’une arme de
paix que d’une source de conflit. Malgré les différents que les gouvernements
peuvent avoir les uns avec les autres, l’enjeu que représente l’eau est trop
important pour ne pas en discuter. Les fleuves ne connaissent pas de frontières
et, sans effort commun, les initiatives des uns sont réduites à néant par les
autres. Aujourd’hui, même Israël et les territoires Palestiniens arrivent à se
retrouver autour d’une même table pour débattre du sort de la mer
Morte.
Avant d’entamer de quelconques activités, il est bien entendu nécessaire que
les autorités de chaque pays acceptent de se parler et de placer les enjeux
hydriques à l’ordre du jour. On retrouve souvent les universités, organisations
internationales et ONG au départ du processus visant à promouvoir la notion de
bassin versant et à argumenter sur les bénéfices de la coopération dans le but
d’influencer leurs ministres.
PLUSIEURS TYPES DE PROJETS
Avec l’aide des agences de développement (AFD, SIDA, USAID, JICA…) les
gouvernements s’accordent ensuite pour lancer des programmes et projets
communs. Ce sont ces projets qu’Entre Deux Eaux a précisément étudié pour
comparer leurs structures et leurs organisations et dégager des pratiques
innovantes duplicables d’un bassin à un autre. Il existe plusieurs types de
projets:
- Les projets d’infrastructures: lorsque l’on parle de
projet on pense immédiatement à ceux là car ce sont les plus faciles à
identifier. Ils comprennent bien évidement les barrages, mais aussi les canaux,
les ponts, les routes… Par exemple, en Afrique de l’Ouest, l’Organisation pour
la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a réuni les autorités maliennes,
mauritaniennes et sénégalaises pour organiser la gestion commune des barrages
de Diama et de Manantali.
- Les projets de sensibilisation: ce sont souvent des
actions qui sont destinées aux populations locales. A travers des formations,
publications de manuels scolaires ou campagnes d’affichages, la ressource et
les moyens de la préserver sont expliqués à tout-un-chacun. Que ce soit sur les
berges du Danube ou de l’Okavango, nous ne connaissons que trop peu l’impact de
nos actions pour le milieu naturel.
- Les projets de recherche: dans un même bassin versant,
les pays disposent de leurs propres données, dans leur propre langue et leur
propre unité de mesure. Avant de commencer à travailler ensemble, il est
indispensable de rassembler les données existantes sur le fleuve et de les
replacer dans un contexte plus vaste. Globalement, de nombreux pays ont une
méconnaissance de leurs ressources hydriques : quel en est le débit, la
source, les affluents? Et ce fossé s’agrandit lorsque l’on parle des eaux
souterraines.
- Les projets de développements: l’eau ne peut pas être abordée sous l’unique angle hydrographique. Les projets doivent être intégrés dans une vision systémique qui nécessite un appui aux différentes parties prenantes. Les pays sont assistés, au sein même de leurs ministères, pour développer de nouvelles aptitudes. Au niveau local, les populations bénéficient de micro projets pour améliorer leur situation sanitaire, scolaire ou financière (artisanat, écotourisme,…).v
LA GUERRE DE L’EAU N’AURA PAS LIEU
D’un bassin à un autre, la coopération n’a pas atteint le même niveau
d’avancement. Les porteurs de projets peinent encore aujourd’hui à mener à bien
leurs actions, non plus pour des raisons techniques, mais managériales.
L’environnement dans lequel ces projets sont initiés est extrêmement complexe
car innovant, instable et incertain. Ils intègrent un grand nombre d’acteurs
qui n’ont pas nécessairement d’objectif commun et qu’il faut rassembler pour
assurer la réussite du projet.
Au travers des projets étudiés, l’implication d’une organisation tierce
s’est révélée importante pour assurer l’intermédiaire entre les institutions et
mobiliser les parties prenantes dans une démarche commune. Il est plus facile
de débuter un projet sous l’égide de l’Europe qu’entre la Turquie et la Syrie
ou la législation internationale fait cruellement défaut.
Beaucoup de projets rencontrés dépendent aujourd’hui des bonnes volontés des organisations donneuses. Sans ce soutien financier les programmes de développement seraient laissés à l’abandon. Pour qu’un projet ou un programme soit pérenne, il doit faire partie intégrante des plans stratégiques des pays bénéficiaires. Les pays doivent être porteurs et moteurs de son implantation et il nous semble primordial que les communautés locales soit partenaires du projet dès la formalisation des activités.
Lors de nos 18 mois sur le terrain, nous n’avons jamais envisagé le
déclenchement d’une guerre de l’eau. Les conditions climatiques, l’émergence
d’une classe moyenne dans les pays en développement et la démographie vont
continuer à mettre notre ressource la plus chère sous pression. Cependant, la
prise de conscience est générale et les convaincus de la coopération
accueillent sur leurs bancs de plus en plus de membres appartenant aux plus
hautes sphères des gouvernements.
Source : Entre deux Eaux : http://entre2o.free.fr/?p=324
Mon avis
Émeline et Benjamin sont optimistes.
A l'instar d'Yves Cochet,
par exemple, je ne partage pas cette position.
Je risque me parait bien réel et non négligeable que la prochaine raréfaction
des ressources, pétrole, minerais en tous genres, et surtout ressources
alimentaires et eau potable, ne fassent l'objet de fortes tensions
internationales pouvant déboucher sur des conflits.



