Un programme sans précédent pour élucider la surmortalité des abeilles
Par Gilles Héluin le vendredi 13 août 2010, 07:05 - Animaux - Lien permanent
L'Angleterre et l'Ecosse viennent de lancer un programme d'une envergure
sans précédent pour déterminer la ou les causes de la surmortalité des abeilles
sauvages et domestiques qui, partout dans le monde menace la biodiversité et la
sécurité alimentaire.

Les population d'abeilles déclinent anormalement et de manière
dramatique
Une perte de 10 % du cheptel par saison est considérée comme normal chez les
abeilles domestiques. Aux Etats-Unis et au Canada, cette proportion atteint en
moyenne 30 % et peut être beaucoup plus importante localement. En Europe, le
pourcentage de perte varie de 10 % à 30 %.
Au Moyen-Orient, les mortalités représentent environ 20 % du cheptel en
Jordanie et au Liban, et vont de 22 % à 80 % selon les régions étudiées en
Syrie et en Irak. Des surmortalités se produisent aussi au Japon, en Argentine
et au Brésil, mais elles ne sont pas quantifiées.
Rassemblés sous l'intitulé "Initiative pour les insectes pollinisateurs",
neuf projets de recherche, qui bénéficieront d'un financement de 12 millions
d'euros sur trois ans, tenteront d'apporter des réponses. "L'enjeu est à la
fois de protéger la biodiversité - de nombreuses espèces sauvages dépendant de
la pollinisation -, et les cultures alimentaires, en particulier les fruits et
légumes, explique Andrew Watkinson, directeur du partenariat Living with
Environmental Change, qui chapeaute les recherches menées par les gouvernements
du Royaume-Uni. On voit déjà les conséquences du manque de pollinisateurs en
Angleterre : les producteurs de pommes doivent ainsi importer des
abeilles."
Un tiers de l'alimentation mondiale dépend de la pollinisation par les
insectes. Le programme a été suscité par les parlementaires britanniques,
alertés par des apiculteurs. Il est financé par des fonds publics et le Welcome
Trust, une fondation privée.
Le programme d'étude
Pour expliquer cette surmortalité, la communauté scientifique parle aujourd'hui
de causes "multifactorielles", et d'interactions possibles entre les divers
facteurs : maladies, parasites, exposition aux pesticides, raréfaction de
la nourriture des insectes due à l'uniformisation des cultures, appauvrissement
génétique des reines... Les programmes lancés en Grande-Bretagne exploreront
ces diverses pistes : rôle du parasite Varroa destructor - surnommé le
"vampire de l'abeille" - dans la propagation des virus, impact des
modifications du paysage et des changements dans l'environnement,
fonctionnement des abeilles en ville...
L'un d'eux, dirigé par le neurologue Christopher Connolly, de l'université de Dundee (Ecosse), sera consacré aux incidences des pesticides. "Ils affectent les connexions neuronales des insectes, explique M. Connolly. A haute dose, ils entraînent la mort, mais l'exposition chronique à de faibles doses peut aussi provoquer des changements plus ténus, comme la perte du sens de l'orientation, la diminution de la capacité d'apprendre et de communiquer." Jusqu'à présent, de tels impacts ont été mis en évidence en laboratoire, mais jamais en conditions réelles, en plein champ. L'équipe du professeur Connolly travaillera sur les deux plans.
Elle tentera de mettre en évidence les effets d'un ou de plusieurs pesticides sur l'activité cérébrale des abeilles au niveau cellulaire. "Nous nous focaliserons sur l'impact combiné de plusieurs pesticides, poursuit M. Connolly. Ils peuvent ne pas avoir d'effets isolément, mais être délétères quand ils agissent en synergie." Les pesticides de traitement des cultures, mais aussi ceux qui sont utilisés par les apiculteurs pour éradiquer les parasites dans les ruches, seront testés. L'évolution des capacités d'apprentissage d'abeilles exposées à des produits chimiques sera également évaluée en laboratoire.
Enfin, volet le plus spectaculaire de la recherche, les abeilles de trois ruches en plein champ seront équipées de puce de radio-identification (RFID), qui permettront de suivre la trace de chaque insecte. Il s'agit de résoudre l'une des difficultés majeures dans l'identification des causes de surmortalité : dans de nombreux cas, les abeilles ne meurent pas près de la ruche, mais disparaissent. Les insectes seront également régulièrement pesés, afin de déterminer s'ils ramènent la même quantité de nourriture que dans des ruches témoins. Quelque 16 000 abeilles au total seront équipées de puce RFID.
Source :
Le Monde.
Mon avis
Une excellent initiative qui, espérons, devrait donner les éléments pour des
décisions radicales en faveur de la protection des abeilles.
Je pense en particulier à l'usage des pesticides qui est très fortement
suspecté de contribuer de manière importante.
Pour plus d’information
Voir le programme français : L'abeille, sentinelle de l'environnement
en cliquant sur l'image ci-dessous.
Consultez le site : http://www.abeillesentinelle.net/




