Le Haut comité sur la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), a remis un rapport sur la gestion de la matière et des déchets nucléaires.

En octobre 2009, après la diffusion d’un documentaire sur Arte révélant des échanges d’uranium entre la France et la Russie, Jean-Louis Borloo avait saisi le comité pour obtenir un inventaire complet de ce commerce entre les deux pays. Le document qui en résulte fourni une analyse détaillée des flux de matières radioactives à tous les cycles du combustible.

Le rapport confirme que la France recourt à des installations russes pour enrichir deux types d’uranium. «L’importance de ces mouvements et les quantités précises des diverses matières mises en jeu n’étaient pas accessibles avant ce rapport», souligne le haut comité. On apprend qu’entre 2000 et 2009, la France a exporté plus de 8 500 tonnes d’uranium naturel, 52 619 tonnes d’uranium appauvri et 4 161 tonnes d’uranium de retraitement. A chaque fois, la France ne rapatrie qu’environ 10% des volumes, le reste devenant la propriété des Russes. Cette matière appauvrie est entreposée à ciel ouvert, en Russie. Fin juin, une délégation française aurait dû se rendre à Tomsk pour visiter les installations et vérifier l’état de l’entreposage, mais les Russes ayant refusé la présence d’un syndicaliste et d’un écologiste, le voyage a été annulé. «Ce premier inventaire s’est focalisé sur la Russie et c’est bien normal puisque c’est l’un des pays - sinon "le" pays - qui a le plus d’ambitions en matière nucléaire et le moins de transparence», s’agace Jacky Bonnemains, de l'association Robin des Bois, empêché d’aller en Russie.

Un élément nouveau, mis en lumière par le rapport, risque d'avoir des conséquences importantes dans notre appréciation de cette filière énergétique. Le rapport annonce en effet que le taux de recyclage du nucléaire n'est pas de 96% comme l'annonçaient Areva et EDF -les acteurs de cette industrie-, mais de seulement 12%. Un chiffre qui confirme que nous avons un problème de gestion de ces déchets et qui remet totalement en question les propos des industriels sur le «cycle fermé» des déchets que l'on valorise pour refaire de l'énergie comme on envisage de le faire avec les centrales de 4ème génération. Un chiffre qui conforte les antinucléaires sur le constat que cette énergie n'est ni propre ni vraiment renouvelable.

Enfin, le rapport du HCTISN considère que :
- une partie de ces matières (nucléaires) ne font pas aujourd’hui effectivement l’objet d’une valorisation et sont entreposées dans cette éventualité (de recyclage). Compte tenu des perspectives de recyclage et aux termes de la loi du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et des déchets radioactifs, l’uranium de recyclage et l’uranium appauvri sont aujourd’hui classés comme des matières radioactives valorisables ;
- le classement matières / déchets n’est pas définitif et peut être réévalué au regard du contexte industriel, politique et /ou technico-économique ;

Sources : RFI, Libération, communiqué HCTISN

Mon avis

On nous dit que la gestion des matières et déchets nucléaires est transparente.
On nous dit que, au gré du contexte industriel, politique et /ou technico-économique, les matières peuvent devenir des déchets ou vice versa.

Lorsque l'on nous apprend que le chiffre d'un taux de recyclage de 98% annoncé par Areva et EDF est faux et qu'il n'est que de 12%, nous sommes fondés à penser que le mensonge règne, non ?

Quant au recyclage fait en Russie, Aréva a annoncé depuis qu'il va cesser plus tôt que prévu. Voir mon billet ici.

Je crains qu'un jour, suite à un accident majeur, l'opinion publique oblige enfin nos politiques-industriels à abandonner cette terrible et dangereuse filière nucléaire.


Carte de France des déchets nucléaires par les Collectifs BURESTOP