Matières ou déchets radioactifs ?
Par Gilles Héluin le jeudi 15 juillet 2010, 07:40 - Nucléaire - Lien permanent
Le Haut comité sur la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), a remis un rapport sur la gestion de la matière et des déchets nucléaires.
En octobre 2009, après la diffusion d’un documentaire sur Arte révélant des
échanges d’uranium entre la France et la Russie, Jean-Louis Borloo avait saisi
le comité pour obtenir un inventaire complet de ce commerce entre les deux
pays. Le document qui en résulte fourni une analyse détaillée des flux de
matières radioactives à tous les cycles du combustible.
Le rapport confirme que la France recourt à des installations russes pour
enrichir deux types d’uranium. «L’importance de ces mouvements et les quantités
précises des diverses matières mises en jeu n’étaient pas accessibles avant ce
rapport», souligne le haut comité. On apprend qu’entre 2000 et 2009, la France
a exporté plus de 8 500 tonnes d’uranium naturel, 52 619 tonnes d’uranium
appauvri et 4 161 tonnes d’uranium de retraitement. A chaque fois, la France ne
rapatrie qu’environ 10% des volumes, le reste devenant la propriété des Russes.
Cette matière appauvrie est entreposée à ciel ouvert, en Russie. Fin juin, une
délégation française aurait dû se rendre à Tomsk pour visiter les installations
et vérifier l’état de l’entreposage, mais les Russes ayant refusé la présence
d’un syndicaliste et d’un écologiste, le voyage a été annulé. «Ce premier
inventaire s’est focalisé sur la Russie et c’est bien normal puisque c’est l’un
des pays - sinon "le" pays - qui a le plus d’ambitions en matière nucléaire et
le moins de transparence», s’agace Jacky Bonnemains, de l'association Robin des
Bois, empêché d’aller en Russie.
Un élément nouveau, mis en lumière par le rapport, risque d'avoir des
conséquences importantes dans notre appréciation de cette filière énergétique.
Le rapport annonce en effet que le taux de recyclage du nucléaire n'est pas de
96% comme l'annonçaient Areva et EDF -les acteurs de cette industrie-, mais de
seulement 12%. Un chiffre qui confirme que nous avons un problème de gestion de
ces déchets et qui remet totalement en question les propos des industriels sur
le «cycle fermé» des déchets que l'on valorise pour refaire de l'énergie comme
on envisage de le faire avec les centrales de 4ème génération. Un chiffre qui
conforte les antinucléaires sur le constat que cette énergie n'est ni propre ni
vraiment renouvelable.
Enfin, le rapport du HCTISN considère que :
- une partie de ces matières (nucléaires) ne font pas aujourd’hui effectivement
l’objet d’une valorisation et sont entreposées dans cette éventualité (de
recyclage). Compte tenu des perspectives de recyclage et aux termes de la loi
du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et des déchets
radioactifs, l’uranium de recyclage et l’uranium appauvri sont aujourd’hui
classés comme des matières radioactives valorisables ;
- le classement matières / déchets n’est pas définitif et peut être réévalué au
regard du contexte industriel, politique et /ou technico-économique ;
Sources : RFI,
Libération,
communiqué HCTISN
Mon avis
On nous dit que la gestion des matières et déchets nucléaires est
transparente.
On nous dit que, au gré du contexte industriel, politique et /ou
technico-économique, les matières peuvent devenir des déchets ou vice
versa.
Lorsque l'on nous apprend que le chiffre d'un taux de recyclage de 98%
annoncé par Areva et EDF est faux et qu'il n'est que de 12%, nous sommes fondés
à penser que le mensonge règne, non ?
Quant au recyclage fait en Russie, Aréva a annoncé depuis qu'il va cesser plus tôt que prévu. Voir mon billet ici.
Je crains qu'un jour, suite à un accident majeur, l'opinion publique oblige
enfin nos politiques-industriels à abandonner cette terrible et dangereuse
filière nucléaire.

Carte de France des déchets nucléaires par les Collectifs
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