Le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles
Par Gilles Héluin le dimanche 4 juillet 2010, 06:38 - Les produits dangereux - Lien permanent
Le chlordécone, un insecticide organochloré longtemps utilisé aux Antilles
pour lutter contre le charançon du bananier, multiplierait jusqu'à 5 le risque
de cancer de la prostate.

En 2007, le Pr Dominique Belpomme publiait un rapport sur les conséquences
d'une exposition au chlordécone. Dans ce document, le chercheur montrait en
effet que le chlordécone était une cause majeure des cancers de la prostate
observés dans les Antilles françaises.
Une équipe de l'Inserm, en association avec des chercheurs du CHU de
Pointe-à-Pitre et de l'Université de Liège (Belgique), a publié une étude le 21
juin en Guadeloupe et dans le Journal of Clinical Oncology.
Elle confirme que le chlordécone, un perturbateur endocrinien, est responsable
d'un accroissement significatif du risque de cancer de la prostate, lequel
représente 50% de l'ensemble des cancers dépistés en Guadeloupe et à la
Martinique.
L'étude valide donc les signaux d'alerte du Pr Dominique Belpomme que les
autorités ont longtemps ignorés.
"Des rapports parlementaires l'on déjà pointé: le ministère de l'agriculture n'a pas correctement traité les signaux scientifiques sur les dangers de la pollution et de l'exposition au chlordécone. Il y a eu un retard dans la prise de conscience et l'action", poursuit le professeur Dab, président du Conseil scientifique du Plan chlordécone en Martinique et en Guadeloupe. Les premiers plans locaux datent de 1999, et en 2004, le chlordécone a été enfin pris en compte dans le Plan national santé environnement. Finalisé en octobre 2009, le rapport du Conseil scientifique du Plan chlordécone n'a été rendu public par le gouvernement que le 17 juin avec sa mise en ligne sur le site de l'Institut de veille sanitaire (INVS).
La Martinique et la Guadeloupe se trouvent confrontées à une contamination massive des sols, des eaux de rivière et des sédiments par un produit toxique possédant une durée de vie très longue. "Quelque 80000 personnes habitent dans des zones où le sol est contaminé et 13000 individus absorbent chaque jour, en mangeant des légumes qu'ils cultivent, une quantité de chlordécone dépassant la valeur toxicologique de référence: 0,5µg/kg/j. Il faut aider la population à se préparer à vivre avec un problème qui n'est pas près de disparaître: la demi-vie du chlordécone dans le sol est de six siècles !

Sources :
Artac.
Le Monde.
Doctissimo



