La banque mondiale reste floue sur l'accaparement des terres
Par Gilles Héluin le samedi 26 juin 2010, 06:47 - Général - Lien permanent
Il y a maintenant près de deux mois, la banque mondiale devait rendre
publique son étude, très attendue, sur l’accaparement des terres.
C'était du moins ce que certains croyaient savoir mais ce ne fut pas le
cas.
Et ce n'était pas une première puisque cela avait déjà été le cas en décembre
2009 puis en mars 2010.
Au lieu de présenter le rapport attendu, ce fut une simple présentation
PowerPoint qui fut montré.
Le mouvement GRAIN analyse les raisons probables de cette nouvelle
dérobade de la banque mondiale :
Au lieu de réaliser une étude complète de 30 pays, qui représentent les points
chauds sur la carte mondiale de l’accaparement des terres, la banque mondialea
dû sérieusement revoir son projet à la baisse car, de son propre aveu, les
gouvernements ont refusé de lui fournir les informations. Les multinationales
n’ont pas été plus loquaces. Tout cela en dit long sur la nature occulte de ce
genre de transaction.
Et si la Banque mondiale ne peut avoir accès à l’information, qui donc le peut
?
La Banque a par conséquent choisi de fonder son étude sur les projets dont
ont parlé les médias et qu’on retrouve sur le site farmlandgrab.org. La Banque
a ainsi identifié presque 400 projets répartis dans 80 pays dont près du quart
(22 %) sont en cours de réalisation.
On voit donc très clairement que la ruée sur les terres est une réalité et que
l’évolution est à la fois plus rapide et plus répandue que beaucoup ne le
pensent.
La Banque a dressé l’inventaire de 389 transactions dans 80 pays. La plus
grande partie (37 %) de ces soi-disant projets d’investissement est destinée à
produire de la nourriture (cultures et élevage), tandis que les biocarburants
arrivent en deuxième place (35 %). L’Afrique – cela n’étonnera personne - est
la cible de la moitié des projets d’accaparement des terres, suivie par l’Asie,
l’Amérique latine et l’Europe de l’Est.
En ce qui concerne les pays qui sont courtisés pour leurs terres, la Banque
révèle qu’en Afrique, c’est le Soudan qui est au premier rang, suivi par le
Ghana et Madagascar. En Asie-Pacifique, l’Indonésie est à la première place
devant les Philippines et l’Australie.
En Amérique latine, le Brésil est le pays le plus convoité, devant l’Argentine
et le Paraguay. Pour ce qui est du pays d’origine des accapareurs de terres, la
Chine et le Royaume-Uni arrivent tous deux en tête, suivis par l’Arabie
Saoudite.
Les résultats les plus intéressants concernent les effets de ces projets
fonciers sur les communautés locales. Dans la plupart des cas, la Banque est
arrivée à la conclusion - comme elle l’a indiqué à la conférence – que ces
projets ne profitent pas aux communautés locales. Les études d’impact
environnemental sont rares et les habitants sont régulièrement chassés de leurs
terres, sans être consultés ni dédommagés. La Banque révèle même que les
investisseurs visent délibérément les pays présentant un indicateur de
« gouvernance foncière médiocre ».
Pour les groupes opposés à l'accaparement des terres et qui sont sur le
terrain, cet accaparement n’est rien d’autre qu’un immense transfert de terres
des petits producteurs alimentaires aux grandes entreprises étrangères, des
fermes durables aux plantations industrielles.

Des membres de la National Family Farm Coalition et de la Via Campesina
devant le siège du Millenium Challenge Corporation accueillent les participants
à la Table ronde sur les investissements agricoles responsables à Washington,
le 25 avril 2010.
Pour plus d’information
Lire mes précédents billets.
Lire article complet d’ À
contre-courant.





