Il y a maintenant près de deux mois, la banque mondiale devait rendre publique son étude, très attendue, sur l’accaparement des terres.
C'était du moins ce que certains croyaient savoir mais ce ne fut pas le cas.
Et ce n'était pas une première puisque cela avait déjà été le cas en décembre 2009 puis en mars 2010.
Au lieu de présenter le rapport attendu, ce fut une simple présentation PowerPoint qui fut montré.

Le mouvement GRAIN analyse les raisons probables de cette nouvelle dérobade de la banque mondiale :
Au lieu de réaliser une étude complète de 30 pays, qui représentent les points chauds sur la carte mondiale de l’accaparement des terres, la banque mondialea dû sérieusement revoir son projet à la baisse car, de son propre aveu, les gouvernements ont refusé de lui fournir les informations. Les multinationales n’ont pas été plus loquaces. Tout cela en dit long sur la nature occulte de ce genre de transaction.
Et si la Banque mondiale ne peut avoir accès à l’information, qui donc le peut ?

La Banque a par conséquent choisi de fonder son étude sur les projets dont ont parlé les médias et qu’on retrouve sur le site farmlandgrab.org. La Banque a ainsi identifié presque 400 projets répartis dans 80 pays dont près du quart (22 %) sont en cours de réalisation.
On voit donc très clairement que la ruée sur les terres est une réalité et que l’évolution est à la fois plus rapide et plus répandue que beaucoup ne le pensent.

La Banque a dressé l’inventaire de 389 transactions dans 80 pays. La plus grande partie (37 %) de ces soi-disant projets d’investissement est destinée à produire de la nourriture (cultures et élevage), tandis que les biocarburants arrivent en deuxième place (35 %). L’Afrique – cela n’étonnera personne - est la cible de la moitié des projets d’accaparement des terres, suivie par l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est.

En ce qui concerne les pays qui sont courtisés pour leurs terres, la Banque révèle qu’en Afrique, c’est le Soudan qui est au premier rang, suivi par le Ghana et Madagascar. En Asie-Pacifique, l’Indonésie est à la première place devant les Philippines et l’Australie.
En Amérique latine, le Brésil est le pays le plus convoité, devant l’Argentine et le Paraguay. Pour ce qui est du pays d’origine des accapareurs de terres, la Chine et le Royaume-Uni arrivent tous deux en tête, suivis par l’Arabie Saoudite.

Les résultats les plus intéressants concernent les effets de ces projets fonciers sur les communautés locales. Dans la plupart des cas, la Banque est arrivée à la conclusion - comme elle l’a indiqué à la conférence – que ces projets ne profitent pas aux communautés locales. Les études d’impact environnemental sont rares et les habitants sont régulièrement chassés de leurs terres, sans être consultés ni dédommagés. La Banque révèle même que les investisseurs visent délibérément les pays présentant un indicateur de « gouvernance foncière médiocre ».

Pour les groupes opposés à l'accaparement des terres et qui sont sur le terrain, cet accaparement n’est rien d’autre qu’un immense transfert de terres des petits producteurs alimentaires aux grandes entreprises étrangères, des fermes durables aux plantations industrielles.


Des membres de la National Family Farm Coalition et de la Via Campesina devant le siège du Millenium Challenge Corporation accueillent les participants à la Table ronde sur les investissements agricoles responsables à Washington, le 25 avril 2010.

Pour plus d’information

Lire mes précédents billets.
Lire article complet d’ À contre-courant.