Après la tempête Xynthia en Vendée et Charente
Par Gilles Héluin le samedi 15 mai 2010, 07:57 - Environnement - Lien permanent
J'ai très peu abordé ici la catastrophe engendrée par la tempête
Xynthia.
Il se trouve que j'avais prévu de passer une semaine à l'Aiguillon sur mer,
avant que ce triste épisode se produise.
Après quelques moments de doute et d'interrogations après les évènements :
fallait-il donner suite à ce projet de vacances ?
Le logement étant annoncé habitable, l'annulation de notre venue n'étant pas de
nature à aider les locaux, peut être au contraire, nous y sommes allés.
Voici quelques informations et réflexions.
Tout d'abord, en vacances deux mois après le drame, dans un contexte où la
région compte 53 victimes et où des habitants manifestent contre la destruction
annoncée d'environ 1.500 maisons en Vendée et Charente-Maritime, ce n'est pas
évident.
Le week-end, L'Aiguillon et La Faute voyaient les badauds venir photographier
les lieux du malheur, pour avoir "des souvenirs". Certains habitants étaient
excédés par ce voyeurisme, on le comprend.
Vous ne verrez ici aucune photo des bâtiments touchés ou promis à la
destruction.
D'une part nous ne sommes passés dans la zone la plus touchée, juste une fois
pour aller sur la plage de La Faute, seul accès pédestre possible pour la
pointe d'Arcay.
Je n'ai pas fait de photo, par respect pour les habitants.
La seule que j'aie faite, vous la verrez plus loi, concerne l'ex camping
municipal de La Faute.
Il est poignant de voir les marquages laissés par les sauveteurs sur les
façades et les clôtures des maisons pour signaler leur passage à la recherche
de victimes et faire en sorte que les secours ne perdent pas leur temps à
visiter plusieurs fois les mêmes maisons.
Je respecte pleinement le drame humain vécu ici mais ne peux m'empêcher de
penser aux responsabilités.
Responsabilité de ceux qui ont poussé à construire en zone à risque, car
construire, ca rapporte.
Responsabilité de ceux qui ont autorisé ces construction. Pourquoi ? Pour
développer la commune ? Par intéret personnel ?
Responsabilité de ceux qui ont acheté ou fait construire à cet endroit. La
faute n'incombe pas qu'aux autres.
Le camping municipal de La faute sur Mer
Ce camping, construit illégalement il y a 40 ans sur le domaine maritime
comptait plus de 480 places.
Il renfermait 200 mobiles home, certains occupés à l’année, avec haies,
terrasses et cabanons.
Il a été submergé par la tempête.
Fort heureusement, personne n'était présent au camping dans la nuit du samedi
au dimanche du désastre.
Un arrêté préfectoral qui vient de mettre en demeure le camping municipal
"Côte de Lumière" d’évacuer "d’ici le 15 avril dernier délai" et "aux frais de
la commune".
Fin avril il ne restait plus aucun mobil home, seuls les tas de détritus et
de décombres donnaient à cet ancien lieu de loisir un air de désolation
absolue.
Certains habitants contestent cette destruction, les commerçants sont
inquiets des conséquences pour leur chiffre d'affaire.
A près le choc de la vision en arrivant sur les lieux, j'ai tout de suite
remarqué la digue qui entourait deux côtés du camping, vers le Lay, rivière
dont l'embouchure est très proche. Cette digue, peu élevée traduit clairement
le fait que cet emplacement a été gagné sur la zone inondable.
De fait il était bel et bien toujours en zone inondable et je fais partie de
ceux qui pensent qu'une digue, aussi haute soit-elle ne protégera jamais
totalement dans ces circonstances.
A mon avis, donc, la destruction est tout à fait justifiée.
J'en resterai là pour ce qui concerne le drame humain et les dégâts
matériels qui ont donné probablement beaucoup de travail en deux mois et qui
continuent à occuper les entreprises de travaux publics ainsi que les artisans
de tous corps de métier.
Les espaces naturels
De partout, les engins avaient ou étaient en train de remonter les
digues. Aberrant et
terrible : les pelleteuses prennent du sable en mer à marée basse
!
A La Tranche sur mer, un espace naturel remarquable bien atteint : la
Lagune de la Belle Henriette.
Cette zone a probablement été totalement submergée et est maintenant encombrée
de détritus végétaux ou non.
La végétation a été fortement abimée et est maintenant très pauvre, tant au
niveau végétal qu'animal.
Seule la zone près de la route est encore à peu près sauve :
Rien à voir avec Xynthia : La Tranche sur mer accueille des algues
vertes :
Les oiseaux
Notre passion pour les oiseaux a été bien mise à mal dans le secteur de la baie
de l'Aiguillon, jusqu'à La Tranche sur Mer.
Nous n'avons vu que très peu de limicoles.
Les raisons possibles en sont la dégradation de leur milieu de vie et la perte,
voire l'absence de rembourse alimentaire en découlant.
Dans la baie de l'Aiguillon, les digues ont été fortement touchées et assez
grossièrement rectifiées par les engins.
L'observatoire de la digue du Maroc se situe maintenant à plusieurs mètres de
son emplacement d'origine :
Pas de limicoles donc, mais des nicheurs ont investi les lieux :

Gorge bleue à miroir

Bergeronnette printanière
Si vous aimez les oiseaux et allez dans la région Vendéenne, ne manquez pas
l'observatoire de la réserve "Michel Brosselin" à Saint-Denis-du-Payré.
Gérée depuis 2009 par la LPO et ONCFS, la réserve compte environ 120 espèces
d'oiseau dont la présence varie évidemment tout au long de l'année.
Elle est équipée d'un des plus beaux observatoires que j'ai pu voir.
Vous pouvez observer confortablement installé nos amis ailés, à l'aide d'une
des 28 longues-vues, des guides ornitho et des animateurs LPO salariés ou
bénévoles qui vous reçoivent. L'entrée est payante (5€).


La salariée LPO (à gauche) nous a offert un très sympathique et compétent
accueil
Les réserves LPO ont été très touchées
Heureusement il n'y a pas eu de victime humaine mais 5 des 7 réserves de
Charente ont été fortement touchées et certains bénévoles et salariés ont
échappé de justesse au pire.
Les pertes en matériel et animaux sont conséquentes. La LPO déplore la mort de
56 moutons et agneaux, 9 chèvres, 2 juments, 9 vaches et veaux... Plusieurs
réserves sont fermées, c'est ce que j'ai pu constater en allant à la réserve
des Marais de Moëze-Oléron.
A ce pénible bilan s'ajoute les propose de certains élus qui, en substance tiennent la LPO pour partie responsable des dégâts subits. On peut résumer leurs propos ainsi : "s'il n'y avait pas eu les réserves LPO, on aurait fait de belles digues capables de nous préserver". Allain Bougrain Dubourg s'insurge à juste titre contre ces déclarations qu'il juge outrancières et infondées. Il ajoute que : "La LPo n'a jamais été contre la protection des habitations, bien au contraire. Elle dispose, du reste, de digues dans ses propres espaces. Mais elle affirme qu'une "ligne Maginot" ne changera rien à l'affaire car la force tranquille de la nature se rappellera tôt ou tard à notre bon souvenir. Il convient donc ,tout simplement, d'initier une cohabitation durable avec la nature."

Une vue de la réserve de Moëze-Oléron sur une partie non touchée par la
tempête.
Sur le mât de la plateforme à cigognes vous voyez un nichoir à crécerelles,
offert (ainsi qu'un second) par un anonyme en remerciement à l'équipe du
site.
Photos : © Gilles Héluin
Mon avis
Des dégâts humains et environnementaux énormes, tragiques.
Je peux comprendre, d'une certaine manière, la réaction des habitants qui ne
veulent pas partir.
Certains, qui ont connu le pire, sont bien contents d'être indemnisés et de
quitter l'endroit.
Reste que ce sont les finances publiques qui vont assumer les conséquences des
erreurs, des probables malversations de certains.
Il faudrait agir sur toutes les zones à risques naturels, sur le littoral et
aussi près des fleuves et rivières, pour ne parler que des risques
d'inondation.
Le coût serait immense si l'on voulait libérer ces zones.
Le minimum serait de ne pas empirer les choses et d'interdire toute nouvelle
construction en zone à risque.
Malheureusement, nous ne sommes pas prêts de voir l'homme raisonnable et ne pas
investir les zones à risque, les dénaturant par la même occasion.
Pour plus d’information
Visitez le blog du désastre de La
Faute sur Mer
Consultez le site des
réserves naturelles de la LPO en Charente Maritime.








