Le mystère de la disparition des abeilles
Par Gilles Héluin le lundi 17 mai 2010, 07:24 - Films et documentaires - Lien permanent

Le 18.5.2010 à 20h35.
Le film
Des ruches désertées. À l'extérieur, pas de cadavres. À l'intérieur une
reine en bonne santé, des larves viables et une poignée de jeunes ouvrières
affaiblies. Mais nulle trace des ouvrières. C'est le syndrome d'effondrement
des colonies, un mal foudroyant qui décime les colonies d'abeilles par
centaines de milliers depuis 2006. Cette situation d'urgence menace de
précipiter un peu plus le déclin inexorable des abeilles. Elles constituent un
rouage irremplaçable de notre agriculture. Sans abeille, pas de pollinisation
des fleurs, et sans pollinisation, pas de fruit ni de légume...
Contrainte de trouver une solution, l'humanité est confrontée à un problème
aux ramifications multiples et entrecroisées, que le film de Mark Daniels
décortique point par point. Il plante ainsi sa caméra dans les gigantesques
champs d'amandiers de Californie, dont le poids dans l'économie locale entraîne
les agriculteurs dans une perpétuelle fuite en avant. En manque d'abeilles en
2005, ils en importent en masse d'Australie, un an plus tard, le syndrome
d’effondrement des colonies apparaît. Saturant leurs plantations de pesticides,
obligeant des milliards d'abeilles à des transhumances éreintantes, remplaçant
fréquemment leurs reines, ils jouent aux apprentis-sorciers de la
biologie.
Aujourd’hui, les études scientifiques ont prouvé que nous devons faire face
à une multiplicité de facteurs. Mais récemment, de nouvelles recherches ont
révélé que les interactions entre ces différents facteurs amplifient fortement
leurs effets... Impossible, par exemple, d’incriminer les seuls pesticides
comme dans les années 1990. En revanche, combinés à un virus, ou à un
champignon, les effets de ces produits pourraient être multipliés. Est-ce là la
réponse à l’énigme ?
Efficace et rigoureuse, l’enquête menée par Mark Daniels, qui a nécessité 18
mois de tournage, réussit le tour de force de rendre avec clarté un problème
aux enjeux complexes. Dans les champs où les abeilles butinent, derrière
l'œilleton des microscopes ou auprès d'un apiculteur écossais philosophe, sa
caméra fait le tour d'une planète apicole expressive et diverse, qui doute et
s'interroge...
Aujourd’hui, un tiers de notre nourriture dépend directement de l’abeille, le pollinisateur agricole le plus important de notre planète. Or, depuis plusieurs années, des millions d’abeilles disparaissent. Pourquoi ?
Le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles ou CCD (pour
« Colony Collapse Disorder») décrit le fait que des abeilles domestiques,
à n’importe quelle époque (hors hiver où la ruche est en quasi-sommeil) ne
rentrent pas dans leur ruche et «disparaissent» massivement (aucun cadavre dans
la ruche ou à proximité). Les pertes sont brutales : une colonie entière
peut disparaître en une seule nuit. Curieusement, la reine abandonnée semble en
bonne santé et souvent continue à pondre, alors qu’il n’y a plus assez
d’ouvrières pour s’occuper du couvain. Les quelques abeilles restées à la ruche
(de jeunes adultes) semblent manquer d’appétit et la production de miel chute
fortement.
Plusieurs causes possibles :
Les produits chimiques
On a découvert jusqu’à 170 produits chimiques différents dans les ruches de
colonies malades et de colonies saines.
Certains échantillons de pollen dans les alvéoles en contiennent jusqu’à 35
types! Bien qu’aucun produit chimique à lui seul ne semble être la cause du
syndrome, les pesticides affaibliraient les abeilles. Ainsi, de nouveaux
pesticides appelés néonicotinoïdes sont suspectés d’avoir un effet imprévu sur
leur capacité à s’orienter et à mémoriser leur chemin. Sans cette mémoire,
l’abeille ne peut pas rentrer à la ruche, et la colonie dans son ensemble
risque de s’effondrer.
La France est le 1er utilisateur européen de pesticides, avec 70 000 à 120 000
tonnes utilisées chaque année. Au niveau mondial, elle se place au 3ème rang
après les USA et le Japon !
Le Varroa
Le Varroa, et particulièrement le Varroa destructor, est un acarien présent
chez l’abeille domestique. Il les affaiblit et propage des infections virales.
Véhiculé sur tous les continents (sauf l’Australie) par des transferts
d’abeilles reproductrices ou de ruches, il reste une des causes initiales ou
partielles possibles.
Des parasites
Des champignons tels que le Nosema Ceranae et Nosema apis infectent les
abeilles en envahissant leur tube digestif et provoquant une dysenterie. Mais
l’infection est trop faible pour être mortelle à elle seule.
Le virus israélien de la paralysie aiguë
Avec ce virus, l’abeille est prise de tremblement, puis de paralysie. En
général, elle meurt à l’entrée de la ruche. Les symptômes sont donc différents
de celui du CCD, mais le virus est présent dans la plupart des colonies
malades.
L’agriculture intensive
Des apiculteurs spécialisés dans la pollinisation à échelle industrielle font
voyager leurs abeilles sur des dizaines de milliers de kilomètres pour
polliniser d’immenses zones de monocultures (amandiers de Californie par
exemple). Ces déplacements incessants provoquent stress, désorientation,
infections et détruisent les notions d’espace et de saisons. Cette agriculture
intensive réduisant la variété et le nombre des fleurs, les abeilles souffrent
également de déséquilibre alimentaire. En 2005, cette « économie mondiale
de la pollinisation » a été évalué à plus de 153 milliards
d’euros.
Source : Arte
Le DVD du film sortira le 20 mai, soit deux jour après la diffusion sur
Arte, dans la collection « Grandes enquêtes ».




