L'ADEME a enfin rendu public son rapport « Analyse de cycle de vie appliquées aux biocarburants de première génération consommés en France ».

L’automne dernier, l’ADEME avait déjà publié cette étude, pour la retirer discrètement quelques jours plus tard car « c’était une version provisoire ».

Le nouveau rapport prend maintenant en compte le changement d’affectation des sols. Le bilan environnemental d’un éthanol n’est en effet pas le même s’il est issu d’une surface agricole existant depuis longtemps, ou s’il a poussé en lieu et place d’une forêt qui se trouvait encore là l’année précédente. La transformation des forêts tropicales primaires en cultures industrielles de canne à sucre et de palmiers à huile destinées à faire rouler nos voitures est à l’origine d’émissions très importantes, liées au déstockage massif de carbone suite à la suppression du couvert forestier et à la dégradation des sols. France Nature Environnement rappelle que la déforestation représente près de 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre !

Selon l'ADEME : l’éthanol français produit à partir de betterave permet d’économiser 66% de gaz à effet de serre par rapport au sans-plomb.
Idem pour le biodiesel, massivement issu du colza sur notre territoire : 59% de gaz à effet de serre d’économisé par rapport au gazole traditionnel.
Les scientifiques ont évalué pour ce faire tout le cycle du produit, du puits à la roue : ce qui signifie qu’a été pris en compte du pétrole nécessaire pour faire avancer le tracteur qui cultive le colza, jusqu’à la combustion finale du produit dans le moteur des voitures.

Par contre, si l'éthanol provient d’une parcelle qui a été victime de déforestation, « cela renverse la tendance » indique l'ADEME.

Pour Lionel Vilain, conseiller technique agricole de FNE : « Les résultats de l’étude sont sans appel : lorsqu’on prend en compte les changements d’affectation des sols (déforestation notamment), l’impact effet de serre des agrocarburants est le double de celui de l’essence ou du gasoil remplacé ! ».
FNE relève que l’étude démontre aussi que les filières métropolitaines d’agrocarburants ont une efficacité énergétique plus faible et sont économiquement non concurrentielles vis-à-vis des agrocarburants tropicaux.
Lionel Vilain reprend : « La conséquence, c’est que l’incorporation obligatoire de 10% d’agrocarburants dans les carburants conventionnels en Europe va se traduire par une déforestation accélérée des forêts brésiliennes, malaisiennes et indonésiennes. »

FNE demande au Gouvernement de tirer les conséquences de cette étude et de renoncer à toute politique favorisant la production et l’utilisation d’agrocarburants industriels en France.

Pour plus d’information

Consultez les documents de l'ADEME.

Mon avis

Il ressort donc que les agrocarburants de première génération (les agrocarburants actuels), lorsqu'ils sont issus de la déforestation ont un bilan carbone négatif. Ce sont justement ceux là uniquement qui sont économiquement intéressants.
Favoriser les agrocarburants conduira donc immanquablement à augmenter la déforestation et l'accroissement du CO2.

Et toutes ces considérations ne prennent bien sûr pas en compte les impacts sociaux, condition des travailleurs et populations locales, ni sur la réduction des terres cultivées à des fins alimentaires. N'oublions pas non plus l'impact de ses cultures en ce qu'ils induisent une utilisation de produits phytosanitaires et d'OGM, qui dégradent tous deux l'environnement. Contrairement aux réactions soulagées ou enthousiastes des industriels ou des agriculteurs, il n'y a donc pas lieu de se réjouir et de favoriser l'utilisation des agrocarburants, que certains appellent même nécrocarburants...