Procès de la catastrophe de l'Erika : victoire pour l'Environnement
Par Gilles Héluin le mardi 30 mars 2010, 19:42 - Législation - Lien permanent
Vous vous rappelez de la catastrophe de l'Erika. La marée noire provoquée
par le naufrage du pétrolier, le 12 décembre 1999 au large du Finistère, avait
souillé 400 kilomètres de côtes et mazouté quelque 150 000 oiseaux.
Le 16 janvier 2008 la justice reconnaissait une responsabilité partagée
entre les différents accusés. Total avait fait appel de ce jugement.
Un second procès s’était donc déroulé du 5 octobre au 18 novembre 2009.
Lors de sa plaidoirie, la LPO avait de nouveau demandé la reconnaissance des
trois préjudices (moral, matériel et écologique) obtenus en première instance
.
Le jugement de la cour d'appel
La cour d'appel de Paris retient la responsabilité pénale de tous les acteurs
de la chaîne du transport maritime : de l'armateur du navire, Giuseppe
Savarese, à la compagnie pétrolière - Total SA - en passant par le gérant
technique et la société de contrôle Rina.
Ensuite, elle consacre le "préjudice écologique" qui avait été reconnu par
le jugement du tribunal, en lui donnant une définition extensive.
En conséquence, le cour d'appel a porté à un peu plus de 200 millions
d'euros les indemnités accordées aux parties civiles (contre 192 millions
d'euros en première instance), y compris les sommes déjà réglées par Total,
dont celle de 153 millions due à l'Etat. Elle a alloué en outre plus de 3
millions d'euros pour frais de procédure.
Sur la responsabilité pénale. La cour d'appel confirme les peines prononcées
en première instance : 75 000 euros d'amende contre Antonio Pollara et et
Guiseppe Savarese, respectivement gestionnaire et armateur du navire; 375 000
euros d'amende contre les sociétés RINA et Total.
En ce qui concerne le groupe pétrolier, la cour estime que Total a
commis "une faute d’imprudence en relation de causalité avec le
naufrage".
Sur le préjudice écologique, la cour confirme que ce
préjudice existe pour les collectivités territoriales et les associations de
défense de l'environnement, mais elle l'étend.
En première instance, le tribunal avait reconnu ce préjudice à deux des quatre
départements demandeurs, le Morbihan et la Loire-Atlantique. Mais il avait
écarté de son bénéfice les régions et les communes au motif qu'elles n'avaient
pas apporté la preuve de leurs compétences spéciales en matière
d'environnement.
La cour considère qu'il "suffit qu'une pollution touche le
territoire des collectivités territoriales pour que celles-ci puissent réclamer
le préjudice direct ou indirect que celle-ci lui avait personnellement
causé". La cour octroie donc à chacune des collectivités territoriales
touchées par la marée noire de décembre 1999 une indemnité pour préjudice
écologique.
Enfin, pour les associations de défense de l'environnement, elle
confirme qu'elles peuvent bénéficier elles aussi d'une réparation pour
préjudice moral et écologique.
Source :
Le Monde.
Voir aussi
Mes précédents billets : ici et là.
Mon avis
Une heureuse étape de cette triste affaire.
La reconnaissance du préjudice écologique est extrêmement importante et
pourrait faire jurisprudence.
Les collectivités et surtout les associations de défense de l'environnement
peuvent légitiment être fiers et satisfaits de ce jugement qui, cependant, ne
rendra pas tous ces oiseaux disparus.
Attendons de voir maintenant quels condamnés vont se pourvoir en cassation. Hé
oui, ce n'est peut être pas fini...

Plus jamais ça ?

Et ca ?


