Pilotis dans les marais ?
Par Gilles Héluin le lundi 8 février 2010, 07:06 - Environnement - Lien permanent
Michel Métais, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO),
le dit : « Nous sommes attendus au virage ».
Il parle de la mission de préservation de la biodiversité de la future
autoroute A 831 que lui a confiée Jean-Louis Borloo, ministre de
l'Écologie.

Cette étude, qui n'entre dans aucune procédure légale obligatoire, est une première à laquelle la LPO n'aurait pas jugé opportun de se soustraire. « Nous allons tenir un rôle de conseil, sans a priori, dans cette commande de l'État qui demande de lui apporter la conviction que l'autoroute n'aura pas d'incidence sur un milieu fragile. »
Quadrature du cercle
Ce sera un éclairage loyal sur un dossier complexe. Après l'échec de plusieurs
recours contre le projet, de la part des écologistes notamment, la déclaration
d'utilité publique de l'autoroute Fontenay-le-Comte et Rochefort est signée.
Élus et acteurs économiques en attendent beaucoup pour désenclaver la façade
atlantique.
Pour autant, Jean-Louis Borloo - qui à titre personnel s'est déclaré
« plutôt contre » - veut s'entourer de toutes les précautions.
Grenelle de l'environnement oblige.
« Sans figer la zone, il faut la rendre viable économiquement, tout en
l'améliorant écologiquement. C'est la quadrature du cercle dans un site Natura
2000, où l'on imagine mal une autoroute. C'est mission impossible ! Mais
pourquoi pas ? », demande Michel Métais.
La LPO a donc jusqu'en juin, après un rapport d'étape en mars, pour rendre ses recommandations. « L'État a listé ses engagements, nous devons dire s'ils sont valables ou pas », explique Loïc Bidault, directeur de la conservation de la nature à la LPO, qui travaillera avec Amélie Boué, chef de projet recrutée pour la mission.
La loutre et le vison « Notre mission est de montrer
que l'on peut réduire l'impact de l'autoroute sur un milieu fragile, tout en
apportant des éléments pour restaurer les espèces et les espaces. Sinon, on
aura perdu notre pari. Un vrai défi technique ! », commente Michel
Métais.
Sur les 64 km du futur ouvrage, la LPO s'appuiera sur les indicateurs de
biodiversité. Et ils sont stables, voire en hausse, dans les marais poitevin et
rochefortais. Que ce soit pour la loutre ou le vison d'Europe. « Ils
feront l'objet d'un suivi sur une dizaine d'années. »
Déjà, la LPO pense à la construction de l'autoroute sur pilotis, en zone sensible, pour assurer la continuité paysagère et hydraulique. « Dans la partie du marais vers Aigrefeuille notamment, l'habitat du vison ne doit absolument pas être touché. » Elle pense aussi à des astuces comme la plantation d'arbres en bordure de tracé, « pour éviter que les espèces qui volent à ras du sol, comme les chauves-souris, ne heurtent les camions. »
Compensation exigée
La LPO s'intéressera aussi aux effets collatéraux des travaux de l'autoroute.
« Il faut être imaginatifs car ils peuvent être plus graves de
conséquences que l'autoroute elle-même. » Exemples : une bonne partie
de l'ouvrage sera construite sur la vase qu'il faudra sortir. Où la
mettre ? « Surtout pas dans les marais que l'on assécherait »,
préconise aussitôt la LPO. « Idéalement, on voudrait voir aucun impact en
prairie humide. Dans le cas contraire, nous demanderons soit de réduire cet
impact, soit de le compenser par une restauration d'autres prairies dégradées
en prairies humides. »
Bien sûr, la LPO, une maison aux multiples compétences en matière de
biodiversité qui a aussi en charge le suivi de Natura 2000, ne pourra
« sécher » dans sa mission. « Nous mettons toute notre
intelligence sur le sujet. » En toute fin, après le rendu de l'expertise,
ce sera à l'État de dire si oui ou non, l'A 831 voit le jour.
Si cette dernière est réalisée, elle aura un caractère exemplaire au plan
environnemental. Si jamais le projet tombe à l'eau, le travail de la LPO ne
restera pas lettre morte. Car ses préconisations serviront de références pour
d'autres infrastructures en zone de marais.
Source :
Sud Ouest
Mon avis
Nous avons là un exemple frappant de la difficulté à se situer entre force
de contestation et force de proposition.
A un certain point il n'est plus possible d'aller dans le sens de certains
projets, même en proposant des mesures visant à en réduire les impacts.
Cela parce que leur potentiel de destruction n'est pas acceptable.
Puis-je me permettre de "juger" de ce qu'il en est pour ce projet alors que je
le le connais pas en détail ?
Allons, un projet d'autoroute qui passe dans des milieux naturels assez rares
?
Un projet d'autoroute en ces temps de dérèglement climatique ?
Un projet d'autoroute alors que les ressources énergétiques, pétrolières en
particulier sont en voie de décroissance ?
Des compensations ? Trop souvent elles ne sont que poudre aux yeux !
Aïe, pour un bénévole LPO, il n'est pas bon de voir l'association pour qui l'on
consacre un peu d'énergie se positionner ainsi...


