Les 4 contre-vérités de M. Le Maire sur le thon rouge
Par Gilles Héluin le jeudi 21 janvier 2010, 07:07 - Environnement - Lien permanent
Greenpeace publie les 4 contre vérités du ministre Bruno Lemaire sur le thon rouge, par rapport à son interview du 13 janvier sur France 2.
Décryptage des 4 contre-vérités de Bruno Le Maire, par Greenpeace
:
1/ Contre vérité 1 : « Le thon rouge n’est pas une espèce
immédiatement menacée. »
En fait, la surexploitation de cette ressource ne fait pas de doute, les
scientifiques reconnaissent qu’elle doit être classée à la CITES ce qui est une
reconnaissance d’espèce menacée d’extinction.
France 2 : Vous êtes ministre de l'Agriculture et de la Pêche ; il y
a une question aujourd'hui qui divise un petit peu au sein du gouvernement,
c'est la question de la pêche au thon rouge. On sait que c'est une espèce
menacée. Or il est possible que cette pêche soit interdite au large des côtes
françaises, comme le souhaite le ministère de l'Ecologie, avec J.-L. Borloo.
Quelle est votre position là-dessus ?
Bruno Lemaire : (…) Ce que je souhaite simplement, c'est que nous
fassions attention à prendre des décisions qui soient proportionnées. Qu'est-ce
que nous disent les scientifiques aujourd'hui ? Ils nous disent qu'il faut
encadrer la pêche au thon rouge mais qu'il n'y a pas de menace d'extinction
immédiate, et que donc, il n'est pas nécessaire d'interdire la pêche au thon
rouge.
Faux !
Le comité scientifique de l’ICCAT (Commission internationale pour la
conservation des thonidés de l’Atlantique) a confirmé en novembre dernier que
le thon rouge entrait pleinement dans les critères d’un classement en annexe I
de la CITES (Convention sur le commerce des espèces de faune et de flore
sauvage menacées d’extinction) :
- C’est la population d’origine, avant la pêche industrielle, qui doit faire
référence pour mesurer le déclin d’une espèce. Il y a une probabilité de 99%
que le niveau de population du thon rouge soit inférieur à 15 % de cette
population d’origine.
- Cela a été confirmé par une majorité d’experts réunis par la FAO, en décembre
dernier, même s’il n’y a pas eu consensus.
- Si le thon rouge entre dans les critères d’un classement en annexe I c’est
logiquement que c’est une espèce menacée. Un classement en annexe I entraine
une interdiction du commerce international de l’espèce concernée ou de tout
produit issu de cette espèce.
2/ Contre vérité 2 : « Un classement en annexe 2 permet
d’interdire le commerce de thon rouge ».
En vérité, seul un classement en annexe I le permet.
Bruno Lemaire : Donc moi je souhaite qu'effectivement, nous prenions
des décisions d'encadrement de la pêche, d'interdiction de la
commercialisation, mais pas d'interdiction de la pêche. Si nous interdisons la
commercialisation du thon rouge, c'est-à-dire, pour être très concret, si nous
inscrivons le thon rouge à l'annexe II de la Cites, nous interdisons 90 % des
exportations de l'Union européenne vers l'extérieur.
Faux !
La Cites ne s’occupe pas de pêche, donc pourquoi réclamer des mesures
d’encadrement de la pêche à la Cites ? C’est bien d’un classement à la
Cites dont il est question…
Seule l’annexe I permet une interdiction du commerce international. En outre
pourquoi souhaiter n’interdire que le commerce venant de l’UE ? Est-ce là
le moyen de sauver les pêcheurs ? L’annexe II de la Cites permet
d’encadrer le commerce par des mesures de contrôle douanier, pas une
interdiction du commerce. Si le ministre est favorable à une interdiction du
commerce international son opposition à l’annexe I n’est ni compréhensible ni
logique.

3/ Contre vérité 3 : « Continuer à pêcher le thon
n’empêche pas de le protéger »
Avec la pêche illégale et des quotas qui ne respectent jamais les avis
scientifiques, on ne peut continuer à prélever dans le stock de thon rouge.
Face à l’urgence, l’interdiction du commerce international est une nécessité
pour permettre une vraie protection.
France 2 : Vous êtes contre l'interdiction de cette pêche ?
Bruno Lemaire : Oui, parce que je crois que l'interdiction n'est pas
proportionnée à la réalité de l'état de la ressource, telle que nous
l'indiquent les scientifiques.
Faux !
De nombreux scientifiques réclament depuis plusieurs années un moratoire, une
fermeture de la pêcherie face à l’effondrement du stock. Ceci dit, ce moratoire
ne pourrait être adopté que dans le cadre de l’ICCAT, qui gère la pêche, c’est
donc hors sujet avec la CITES, qui gère la commercialisation. Les scientifiques
ont confirmé que le thon rouge était le bon candidat pour un classement à
l’annexe I de la CITES.
4/ Contre vérité 4 : « Protéger le thon, c’est vouloir du
mal aux pêcheurs »
Alors qu’en fait protéger la ressource est la seule garantie d’un avenir
durable pour la pêche, la disparition du poisson c’est la disparition des
pêcheurs Bruno Lemaire : Et puis j'insiste aussi sur un autre point, c'est
que derrière la pêche au thon rouge, il y a des activités économiques (…).
C'est près de 1 500 personnes qui vivent de la pêche au thon rouge en France,
je pense qu'ils méritent considération et respect.
Faux !
Le meilleur respect des pêcheurs est de prendre toute la mesure de la réalité
du problème, pas d’accompagner la mort annoncée d’une activité. Le secteur de
la pêche au thon rouge est uniquement constitué de marins embarqués, il n’y a
pas de filière aval, pas d’emplois induits.
Pour le segment de la pêche en haute mer en Méditerranée, les thoniers
senneurs qui opèrent à destination du marché international, principalement du
marché japonais haut de gamme du sashimi détient la majorité du quota
français : en 2009, le quota français était de 3 196 tonnes pour la
Méditerranée, dont 3 017 tonnes pour les senneurs, 174 pour la pêche artisanale
et 359 pour l’Atlantique.
La flotte des thoniers senneurs représentait en 2009 28 navires avec environ
une quinzaine de membres d’équipage. Par ailleurs dans le journal « Le
marin » daté du 8 janvier 2010, un tableau sur les emplois à la pêche
donnait pour le Languedoc Roussillon 88 marins travaillant en haute mer – des
thoniers. Il est donc réaliste d’estimer que cette flottille industrielle
représente environ 150 emplois, pour du travail en mer un mois par an. En
outre, il y a une tendance à recruter à très faible niveau de rémunération des
marins venant souvent du Sénégal ou du Ghana. L’année prochaine plus d’une
dizaine de thoniers senneurs devrait bénéficier d’un plan de sortie de flotte.
Alors que les thoniers senneurs concentrent la très grande majorité du quota
ils ne représentent que très peu d’emplois.
On peut probablement estimer à moins de 500 le nombre d’emplois dans le segment
de la pêche artisanale en Méditerranée et en Atlantique, qui profite d’une très
faible part du quota et ne travaille pas à destination du marché international.
Au total ce sont peut être quelques centaines d’emplois à plein temps dont il
s’agit.
Quel avenir pour les pêcheurs de thon sans thon ?
La seule solution pour sauver la pêche à long terme, pour envisager une pêche
durable pour cette espèce pêchée en Méditerranée depuis 5 000 ans, c’est
d’adopter des mesures d’urgence, le classement en annexe I de la CITES est la
priorité au delà des considérations politiciennes.
Mon avis
L’avenir du thon rouge devrait se jouer en mars 2010 à Doha, au Qatar. Les
175 États membres de la Convention de l'ONU sur le commerce international des
espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (la CITES) s’y
réuniront du 13 au 25 mars (1) . Ils devront en particulier se prononcer sur
l’inscription, ou non, de Thunnus thynnus à l’annexe I de la CITES.
L'Etat Français semble, à voir l'interview de Bruno Lemaire, plutot modéré
!
L'association Robin des
Bois est favorable à l’option annexe 2.
Une position mitigée...
Une chose me parait sûre : pour le préserver, le thon rouge,
n'en achetons, n'en mangeons pas !



