Nouvelles du procès des faucheurs d'OGM à Versailles
Par Gilles Héluin le samedi 9 janvier 2010, 06:53 - OGM - Lien permanent
Le 18 août 2007, 58 Faucheurs Volontaires ont neutralisé à Poinville en
Eure-et-Loire une parcelle d’essai de maïs génétiquement modifié de la firme
Monsanto.
Le 5 juin 2008, le tribunal correctionnel de Chartres les a relaxés pour
cette action, ainsi que ceux qui avaient refusé de se soumettre au prélèvement
ADN lors de leur garde à vue, et a débouté Monsanto.
Les 58 Faucheurs Volontaires comparaissaient les 18, 19 et 20 novembre 2009
devant la cour d’appel de Versailles.

Voici le compte rendu du procès rédigé par Marie, une des prévenues.
Nous avons eu un beau procès à Versailles, qui a duré 2 jours 1/2, mercredi
18, jeudi 19 et vendredi 20 novembre 09.
Le tribunal était présidé par une magistrate plutôt ouverte qui a permis aux 2
parties de s'exprimer largement.
L'audition des prévenus a duré plus longtemps qu'à Chartres, beaucoup de
questions de l'un des juges portant sur les circonstances de l'action.
55 personnes ont exprimé leurs motivations très diverses et complémentaires
jusqu'en fin d'après-midi.
La Sté Monsanto a produit 4 témoins : 2 agriculteurs (dont un
représentant de la FNSEA, Michel Masson), une membre de la Commission de Génie
Biomoléculaire au moment des faits et ex présidente du GEVES, et le responsable
au ministère de la surveillance des essais.
Puis les témoins des faucheurs ont été entendus (les ministres, Borloo, NKM
et Bussereau, que nous avions cités ne sont pas venus ni le responsable du
Service Régional de la Protection des Végétaux). Les scientifiques, P-H Gouyon,
G-E Seralini et Christian Vélot, ont présenté la dissémination inévitable des
ogm, entraînant la réduction de la biodiversité et la menace pour les cultures
traditionnelles, l'absence de débat (en 2007) et surtout la carence
d'évaluation des ogm aux plans sanitaire et environnemental, dénonçant le
principe d'équivalence en substance. Ensuite un paysan espagnol, producteur de
maïs bio, contaminé, est venu témoigner. M-C Blandin, sénatrice, a résumé les
travaux du Grenelle de l'environnement, évoqué l'ambiance au parlement lors du
vote le la loi en 2008, et défendu les lanceurs d'alerte. Hélène Holder des
Amis de la Terre a fait le point sur la situation des ogm en Europe. Puis
Aurélie Trouvé, agronome et co présidente d'Attac, est venue défendre la
souveraineté et la sécurité alimentaires. Guillaume Gamblin, du Mouvement
Alternatif Non-violent a présenté la désobéissance civile. Et pour conclure,
Mathieu Bonduelle, du Syndicat de la Magistrature, est venu légitimer notre
refus de prélèvement d'adn (24 prévenus). L'audience du dernier jour a commencé
vers 14 h par une demande d'irrecevabilité déposée par un de nos avocats, pour
absence de document de la décision de l'organe délibérant de la Sté Monsanto,
suite à quoi l'avocate de la partie civile a remis un exemplaire des statuts.
Elle a ensuite plaidé en présentant l'essai comme totalement conforme, et
sollicité la réparation des préjudices moral et matériel.
Dans son réquisitoire, le procureur a rejeté l'état de nécessité, arguant de
l'absence de preuve de danger, de la possibilité d'actions judiciaires, etc.,
et requis 3 mois d'emprisonnement avec sursis + 1000 € d'amende, et pour les 4
récidivistes 100 jour-amende à 30 €, et pour le refus de prélèvement d'adn 300
€ d'amende.
Notre avocat J-P Susini a plaidé que le prélèvement d'adn était attentatoire
au droit du militantisme. Ensuite Nicolas Gallon a dénoncé un procès
anachronique car les faucheurs ont eu raison trop tôt. Depuis, il y a eu
consensus sur la dissémination lors du Grenelle, puis le moratoire sur le Mon
810, enfin la décision de remettre à plat les procédures d'évaluation
scientifiques au niveau de l'UE... Quant au maïs expérimenté, il y a toujours
incertitude sur son identité : NK 603 x Mon 810 comme présenté en 1e
instance (le Conseil d'Etat a annulé un essai analogue sur la commune de
Bourgoin-Jallieu en 2009 !) ou bien NK 603 x Mon 810 et Mon 89034, comme
affirmé en appel à Versailles ? Quelle est la bonne version ? Aucun
prélèvement pour analyse du maïs concerné n'a été faite ! En 1e instance
la demande de dommages et intérêts était de 300 000 €, en appel elle atteint 1
300 000 € ! Quant au Mon 89034, l'AFSSA ne l'a pas autorisé par 2 fois à
cause de lésions rénales constatées chez les rats, disant qu'"il conviendrait
de poursuivre les investigations". N. Gallon a demandé le rejet de la demande
de Monsanto : "en matière d'urbanisme, n'est pas un préjudice réparable la
destruction d'un immeuble dont l'autorisation n'était pas valide", et la
reconnaissance de l'état de nécessité.
D. Liger, notre 3e avocat a complété quelques points et cité M. Luther-King et
Gandhi.
Bref, un procès passionnant dont le délibéré sera
rendu
le vendredi 22 janvier 2010 à 14 h.

L'association Yvelines-sans-ogm avait
remarquablement organisé les animations autour du tribunal : films,
conférences, débats, ateliers, restauration et même un concert final. Le
mercredi midi, une marche a rassemblé 150 à 200 personnes (en plus de tous ceux
qui se trouvaient dans le tribunal)..

Toutes les photos comme si vous y étiez : http://www.flickr.com/photos/yvelinessansogm/sets/72157622830559000/
Les photos illustrant ce billet en sont extraites avec la sympathique
autorisation de Yvelines-sans-ogm.


