Témoignage Erika : « On n'a sauvé que 20 % des oiseaux »
Par Gilles Héluin le lundi 4 janvier 2010, 07:37 - Oiseaux - Lien permanent
Naufrage de l'Erika, dix ans après. Olivier Dian s'est occupé du centre de
transit médicalisé des oiseaux mazoutés des Sables.
La bonne volonté n'a pas compensé le manque d'expérience.

Olivier Dian, au premier plan, dans le centre de soins installé dans les locaux
de l'ancienne Mapo.
Photo : Archives Ouest-France
Je suis arrivé en Vendée le 20 décembre pour donner un coup de main. J'avais suivi un stage de démazoutage d'oiseaux au centre de l'Île Grande de la LPO (ligue pour la protection des oiseaux). J'ai proposé mes services à la LPO.
La Ville des Sables mettait à disposition les locaux de la Mapo pour y installer un centre de transit. Depuis le naufrage de l'Erika, les oiseaux ramassés sur les plages passaient par le local de l'Adev (association de défense de l'environnement en Vendée) à L'Ile-d'Olonne qui a dû gérer le pic des arrivages. Les oiseaux étaient ensuite aiguillés vers l'école vétérinaire de Nantes ou le centre de soins de La Rochelle. Pour toute la côte vendéenne, il y a eu deux centres de transit médicalisés de mis en place, l'autre étant à Noirmoutier.
On prenait tout
Le centre a ouvert début janvier. Dans la plus totale improvisation. On n'avait pas de matériel. C'était le système D. Heureusement, un vétérinaire sablais, Dirk Verheyen, nous a apporté le nécessaire et a appris les techniques d'injection et de gavage aux bénévoles. Il venait régulièrement, deux à trois fois par semaine. Des gens passaient également nous voir pour nous faire des dons. Au lieu de prendre l'argent, on leur faisait une liste de matériel et de nourriture et on leur demandait d'aller les acheter.
Le centre a fonctionné pendant trois mois pleins, jusqu'à 20 heures par jour avec entre 4 à 6 personnes pour donner les premiers soins aux oiseaux mazoutés. On a traité en majorité des guillemots de Troïl et des fous de Bassan. On a reçu aussi des plongeons, des macreuses, des martins-pêcheurs. En tout, entre 25 et 30 espèces d'oiseaux ont transité par le centre.
Le problème, c'est qu'on manquait d'expérience. Il n'y a pas eu de tri initial. On prenait tout ce qu'on nous amenait des plages, même les oiseaux qui n'avaient aucune chance de survivre. On faisait tout dans l'urgence. Il y avait beaucoup de bonne volonté mais pas assez de savoir-faire. Ainsi, on ne savait pas que le plongeon est cardiaque et qu'il faut éviter de le manipuler. On a mis les oiseaux dans des cartons pour être transportés en camionnette à La Rochelle. À l'arrivée, les trois-quarts étaient morts. Les fous de Bassan, quand ils étaient relâchés, étaient trop faibles pour voler. Or, pour se nourrir, ils doivent voler afin de plonger...
Au bout du compte, l'expérience a été enrichissante mais décevante par le résultat. Il y a eu moins de 20 % d'oiseaux de sauvés en Vendée (1), par manque de moyens et de pratique. Je pense qu'on ne ferait pas mieux aujourd'hui si ça se reproduisait. Rien n'a été fait depuis. On devait créer le diplôme de sauveteur en environnement. Ça a été oublié.
(1) Les deux centres vendéens ont traité 24 805 oiseaux. 20 231 sont
morts.

%
Source :
http://www.lessablesdolonne.maville.com d'après Ouest-France
Lire aussi
http://www.littoral85.com/1erika_pollutions.htm
Mon avis
Un témoignage poignant.
La bonne volonté et l'argent ne peuvent pas tout faire.
Le remarquable travail permanent des centres de soin et de sauvetage non
plus.
S'il était possible de former d'avantage de bénévoles au tri des oiseaux qui
offrent les meilleures chances de survie, s'il était possible de provisionner
du matériel. S'il était possible de mettre en place une organisation pour
dispenser les soins et acheminer les oiseaux. S'il était possible de faire tout
cela en préparation d'une prochaine catastrophe dont nous ne sommes
malheureusement pas à l'abrit.



