Centrale nucléaire du Blayais le 27 décembre 1999 : on a frolé l'accident majeur
Par Gilles Héluin le dimanche 27 décembre 2009, 07:44 - Nucléaire - Lien permanent
Dans la nuit du 27 décembre 1999, la tempête a eu raison des
protections du site électronucléaire.

Le 27 décembre au soir, sous l'effet du vent qui souffle en tempête, avec
une pression barométrique au plus bas, et un coeffi- cient de marée
heureusement faible, des vagues débordent les digues de protection du site
électronucléaire du Blayais, à Braud-et-Saint-Louis. Il est 19 h 30. 90
millions de litres d'eau ont envahi le site. Des galeries souterraines sont
inondées.
Entre 18 h 30 et 20 h 50, on perd l'alimentation électrique. On passe sur
moteurs diesel. Les réacteurs 2 et 4 sont momentanément sur diesel, et en arrêt
normal sur générateurs de vapeur. Le réacteur n° 1 fonctionne et alimente,
notamment, Bordeaux. Le réacteur n° 3 est en arrêt à froid.
Plan d'urgence déclenché
À 21 heures, la route d'accès au site est inondée. La relève des équipes ne
peut plus se faire. À 22 h 40, les responsables de la Centrale appellent la
Drire Aquitaine. À partir de là, la Drire, la Préfecture et la Direction de la
sûreté des installations nucléaires sont mobilisées. Le 28, les événements
s'enchaînent. L'inondation de zones sensibles se confirme. Il y aurait alors,
selon les sources, entre 1,5 m et 4 m d'eau dans le bâtiment combustible du
réacteur n° 1... Le plan d'urgence interne est déclenché.
Cet enchaînement dramatique provoquera ainsi l'un des plus graves incidents
qu'ait connu le parc électronucléaire français. Et quelques frayeurs
rétrospectives. Le 5 janvier, « Sud Ouest » titrera sans être
démenti : « Très près de l'accident majeur », en expliquant que l'on
avait évité de justesse un scénario catastrophe.
Étienne Dutheil, l'actuel patron du CNPE du Blayais, se trouvait à l'époque
à Penly, où l'on avait essuyé la tempête la veille, sans conséquence grave.
Mais il témoigne de la mobilisation et de la solidarité de « la famille
nucléaire » qui s'était manifestée alors envers les camarades du
Blayais.
Retour d'expérience
Aujourd'hui, le retour d'expérience, très complet, a entraîné des modifications
substantielles : « dès l'an 2000, les digues ont été rehaussées. Au
bord de l'estuaire, en limite de centrale, on est passé de 5,20 m à 8,50 m en
deux étapes. Un enrochement de 1 m et un pare-houle en béton de 2,30 m »,
détaille Étienne Dutheil. « Et côté marais, les digues ont été rehaussées
à 6 m. Ensuite, les galeries souterraines pour le passage des réseaux ont été
compartimentées. Et l'on a installé des seuils et des portes étanches.
Aujourd'hui, les entrées d'eau sont impossibles. Enfin, nous avons mis au point
de nouvelles procédures, et une nouvelle organisation en cas d'alerte météo.
Nous avons passé une convention avec Météo-France pour disposer d'un site
dédié, et d'envoi de bulletins réguliers. Et en cas de vents annoncés à plus de
70 km/h en moyenne, nous activons une organisation interne spéciale. Ce
dispositif a été mis en place en 2005. Il a parfaitement fonctionné en janvier
2009, lors du passage de la tempête Klaus. Enfin, nous disposons sur le site de
moyens de pompage puissants ». Bref, les leçons ont été tirées. En cette fin de
semaine, les quatre réacteurs de 900 MW tournaient à pleine puissance. Et en
l'absence d'alerte météo, le directeur de la centrale s'apprêtait à profiter de
queques jours de vacances. Sereinement. à quelques kilomètres du
site...
LE CHIFFRE
90 000 : C'est en m3 la quantité approximative d'eau qui a débordé en
plusieurs vagues les digues de protection de la centrale nucléaire du Blayais,
dans la soirée du 27 décembre. Alors que le coefficient de marée n'était que de
77 et que l'on n'était qu'à mi-marée montante.
Source : Sud-Ouest - Samedi 26 Décembre 2009
Pour plus d’information
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/blayais_dossier.html
Rapport de l'ISPN
http://tchernoblaye.free.fr/centrale/centrale.htm

Voilà une digue de la centrale du Blayais en février 2000... Ca vous rassure,
vous?
Photo de Stéphane Lhomme.


