Enfumés, enquête de Paul Moreira, sera diffusé sur France 4
Par Gilles Héluin le mardi 8 décembre 2009, 06:43 - Films et documentaires - Lien permanent
Enfumés
Sur France 4
Mercredi 09 décembre à 22h10
Rediffusions : Samedi 12 décembre à 18h05, Lundi 14 décembre à 00h40
Documentaire Inédit de Paul Moreira
France • (2009)• 50'
KYOTO, décembre 1997
Pour la première fois 160 nations envisagent de réduire leurs émissions de CO2.
Parmi elles, les Etats-Unis d’Amérique sans lesquels aucune politique mondiale
n’est possible. Le vice-président Al Gore prononce une phrase qui sonne comme
une déclaration de guerre : « Dans mon pays, nous nous souvenons des
industriels du tabac qui nous expliquaient que fumer n’était pas mauvais pour
la santé. A ceux qui vont chercher à faire obstruction à notre démarche nous
disons : nous ne vous laisserons pas mettre des intérêts privés étroits au
dessus de ceux de toute l’espèce humaine…» Certaines industries vont se battre
contre les décisions prises à Kyoto car pour elles, réduire les émissions de
CO2 signifie réduire la consommation et donc leurs chiffres d’affaires. Un
lobby aussi implacable que discret va tout faire pour freiner ce processus. Les
lobbyistes vont infiltrer l’appareil d’état, séduire, menacer les politiques,
modifier les lois. Ils vont financer une extraordinaire machine de guerre
visant à nier l’urgence climatique.
2001 : George W. Bush est élu. L’enquête montre comment les industriels
du pétrole, du charbon et de l’automobile vont placer leurs agents d’influence
au cour même de son administration.
L’un de ces lobbyistes, Philip Cooney, va devenir l’interface entre la
communauté scientifique du climat et la présidence des Etats-Unis. Il a
travaillé pendant 15 ans pour l’institut du pétrole américain et son
infiltration au cœur de la Maison Blanche en tant que chargé du climat au
Conseil de la Qualité Environnementale aurait dû rester secrète. C’était sans
compter sur Rick Piltz, un modeste fonctionnaire chargé d’éditer les travaux
des scientifiques sur le climat. Piltz va être témoin des pressions exercées
par Philip Cooney sur la recherche. Il va découvrir que les rapports des
scientifiques sont massivement modifiés, amendés, tronqués par Cooney. En y
injectant le doute, il va en altérer le sens … Là où les scientifiques avaient
mentionné des certitudes, il glisse des « peut-être »…Rick Piltz décide de
quitter son travail avec les documents qui établissent l’infiltration du lobby
pétrolier. Il donne l’alerte, devient un « whistle blower ». L’information
fait la UNE du New York Times. En 2007, les parlementaires démocrates demandent
une commission d’enquête. Ils veulent entendre Philip Cooney et lui faire
avouer qu’il n’était pas un simple fonctionnaire au service du bien public mais
un agent du lobby pétrolier. Paul Moreira a obtenu l’autorisation de filmer les
auditions devant le Congrès. Dans une dramaturgie évoquant un moment de cinéma,
l’agent d’influence est passé sur le grill. Les auditions vont révéler les
méthodes très particulières du gouvernement Bush et ses liens organiques avec
l’industrie pétrolière. Ainsi, un document destiné à rester secret est
produit : c’est un plan d’action élaboré par le lobby pétrolier, une
feuille de route pour manipuler l’opinion publique et retarder les décisions.
Un climat d’intimidation qui touchait non seulement l’administration mais aussi
les institutions comme la NASA. A cause des manœuvres des lobbies industriels
et des blocages du gouvernement Bush, un temps précieux a été perdu. Les
spécialistes disent une dizaine d’années.
Après l’élection de Barack Obama, la position des climatologues et des
écologistes va être entendue. L'objectif de la nouvelle administration
américaine, bien disposée à lutter contre le réchauffement climatique est le
suivant : ramener les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis à
leur niveau de 1990 d'ici 2020.
Selon Paul Moreira :
Le documentaire met en lumière l’action des négationnistes climatiques. Il s’intéresse principalement à des gens qui ne sont pas des scientifiques mais des avocats au service d’industries qui n’ont aucun intérêt aux mesures contre le réchauffement climatique. Je ne remets pas en cause la nécessité du doute. A condition qu’elle soit motivée par des principes vraiment scientifiques et pas des intérêts financiers. Or ces gens ont fait prendre dix ans de retard à la planète. Pour cela, ils ont infiltré l’appareil d’état au plus haut niveau. C’est une histoire incroyable de manipulation d’une politique publique par des hommes que je n’arrive pas à qualifier autrement que d’agents secrets au service du pétrole... Au départ, j’avais réalisé pour Canal plus, il y a deux ans, un documentaire sur la voiture : "Mourir pour la voiture ?". Pendant cette enquête, je suis tombé sur ce réseau d’agents d’influence au service de l’industrie pétrolière, automobile et charbonnière. Ceux que les écologistes appellent le "Carbon Club". Leurs activités étaient discrètes, jusqu’à ce qu’un lanceur d’alertes, un whistle blower, les dénonce à la presse. Et brusquement, les voilà convoqués devant une commission d’enquête au Congrès. Tout s’est fait très vite. Les lobbyistes publics sont faciles à rencontrer. C’est leur job de parler à la presse. Ceux qui sont impossible à coincer sont ceux qui réussissent à acquérir une position au sein de l’appareil d’état. Je pense notamment à Philip Cooney. Pour mémoire, Al Gore dans son film mondialement célèbre, "An unconvenient truth", signale son existence mais il n’a aucune photo du bonhomme. Alors il se contente d’écrire en grand son nom sur l’écran de sa conférence. Si nous avons pu filmer Cooney, c’est grâce aux auditions du Congrès. Il était obligé de venir.


