Capture et stockage du carbone : oui au naturel, non à l’artificiel !
Par Gilles Héluin le jeudi 5 novembre 2009, 20:06 - Climat - Lien permanent
France Nature Environnement nous communique :

A quelques semaines d’un accord mondial sur le climat à Copenhague, les
difficultés à s’accorder sur des objectifs ambitieux de réduction des gaz à
effet de serre suscitent un grand intérêt pour des solutions palliatives. Parmi
elles, la capture et le stockage artificiel souterrain de CO2, qui va faire
l’objet cette semaine du 3ème Colloque International à la Cité des Sciences et
de l’Industrie. Selon l’ADEME, c’est une « filière prioritaire parmi la
grande panoplie actuelle des filières vertes ».
Stockage artificiel du carbone : une nouvelle usine à gaz
?
Des expérimentations d’enfouissement de carbone sont en cours sur le territoire
français, alors même que leur coût énergétique est considérable, leur
efficacité inconnue et les risques de fuites sous-estimés. Ces techniques
visent à capturer le CO2 émis par des sites pétroliers ou industriels pour
l’injecter en sous-sol. Elles font d’ores et déjà l’objet de subventions
publiques faramineuses ; 26 millions d’euros contre seulement 4 pour
l’éolien et la géothermie.
Sébastien Genest, président de FNE, s’inquiète : « Investir dans
des technologies coûteuses et encore balbutiantes relève de l’irrationnel face
à l’urgence climatique actuelle. » Arnaud Gossement, porte parole de FNE,
ajoute : « Mettre du carbone sous le tapis ou dans un grand trou ne
permet pas de réduire nos émissions mais simplement de différer, voire même
d’aggraver le problème. Observons la nature plutôt que ces mirages
industriels».
Stockage naturel du carbone : économe et
efficace
Sur terre comme en mer, la nature ne manque pas de ressources. Les océans et
les végétaux absorbent chaque année la moitié de nos émissions de gaz à effet
de serre. Le carbone est stocké partout : 39 000 Gigatonnes dans les
océans, 1 560 dans les sols, 610 dans la biosphère. Favoriser ce stockage
naturel est donc la solution la moins coûteuse et la plus efficace
rapidement.
Mais en l’état actuel, on estime que cette capacité arrivera à saturation en
2050. La restauration des milieux naturels et de leur fonctionnalité apparaît
donc comme une priorité stratégique.
Préserver et améliorer le stockage naturel du carbone : une
priorité climatique
Les forêts primaires tropicales sont aujourd’hui détruites, principalement pour
alimenter l’économie des pays industrialisés, contribuant ainsi pour 18% aux
émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour Grégory Jean, chargé de
mission forêt internationale à FNE : « Les pays industrialisés
doivent assumer leurs responsabilités dans ce désastre annoncé. Aujourd’hui
financièrement rentables, ces filières ne tarderont pas à prouver la pleine
mesure de leurs coûts écologiques, climatiques et humains. »
Les politiques actuelles visent à aligner la production forestière sur le
modèle de l’agriculture intensive. Pour Juliette Fatus, chargée de mission
forêt à FNE : « Privilégier une exploitation respectant les capacités
du milieu reste une valeur sûre, à la fois économiquement et écologiquement,
pour préserver l’un des premiers puits de carbone de notre territoire.
»

Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à FNE, ajoute :
« L’agriculture de Haute Valeur Environnementale, qui laisse une place à
la nature et utilise peu d’intrants est en première ligne pour répondre au défi
du changement climatique. »
Limiter l’étalement urbain et l’artificialisation des sols, qui grignotent
l’équivalent d’un département tous les 10 ans et empêchent le stockage naturel
de carbone par les sols, est une priorité incontournable.
Favoriser le stockage naturel de carbone par les sols est un choix gagnant à
tous les niveaux. C’est ce qu’explique François Lefèvre, chargé des questions
forestières à FNE : « favoriser ce stockage naturel de carbone par
les sols, c’est augmenter leur teneur en matière organique, intensifier leur
activité biologique, donc améliorer leur capacité de rétention des eaux et
ainsi la résistance des écosystèmes face aux agressions climatiques. C’est
gagnant pour la réduction de l’effet de serre et gagnant pour
l’adaptation ! ». La Nature offre des solutions simples qu’il appartient à
l’Homme de suivre, non de détruire.
Réduction des émissions - capture et stockage naturel : le duo
gagnant
Pour FNE, la réduction des émissions de gaz à effet de serre grâce à la
sobriété énergétique doit rester la priorité. Préserver et restaurer le
potentiel naturel des écosystèmes à capter et stocker le carbone par des choix
politiques durables et responsables est aujourd’hui la seule stratégie
gagnant-gagnant : pour le climat, pour la biodiversité et pour
l’homme.
Pour plus d’information
Télécharger le dossier de presse FNE

Mon avis
«L’augmentation de la consommation de combustible par kilowattheure produit, par rapport à une centrale sans captage, s’établit entre 11 et 22% dans les centrales au gaz à cycle combiné, entre 24 à 40% dans les centrales au charbon pulvérisé supercritique, et entre 14 et 25% dans les centrales au charbon avec gazéification intégrée», indique l’Ademe. Ce qui revient à consommer plus pour éviter les émissions de gaz à effet de serre . Temporairement du moins, car qui sait ce qu’il adviendra de ce gaz enfoui à 800 mètres au moins dans des aquifères profonds ?
L’Ademe, l’Institut français du pétrole (IFP) et le BRGM veulent accélérer le captage et stockage du carbone.
Mauvaise voie ! Vraiment.



Commentaires
Nous vous invitons à la première du film « Carbone Ennemi Public No 1 » au Festival de l’Environnement ,Cinema Pagode le 23/11/09 à 19 :00,Présenté par Serge Planton de Météo France
http://www.dailymotion.com/video/xa...
Business as usual :
Malgré un regain de dernière heure le lobby du charbon doit reconnaître que ses campagnes « antiwarming »ont fait long feu. Qu’à cela ne tienne, il opère une conversion à 180°. Derrière l’urgence climatique qu’il proclame désormais, se cache en fait l’urgence de s’emparer de l’aubaine financière que constitue la CCS, remède miracle. Pour faire plébisciter cette technologie dont les tares ont pu être décrites par la formule « trop risquée, trop chère, trop peu , trop tard », une nouvelle campagne de désinformation est engagée. La dissimulation des risques majeurs de fuites hors des aquifères profonds est systématique. Les spécialistes du lobbying ont beau jeu d’abuser de décideurs qui multiplient publiquement les preuves des consternantes lacunes de leur culture technoscientifique. Ainsi sont différées les mesures urgentes d’économies énergétiques et confisquées les ressources qui devraient s’investir dans les véritables énergies propres. Compte-tenu de la progression cataclysmique du dérèglement climatique au cours des dix dernières années et de son accélération prévisible lors des dix prochaines du fait des rétroactions « positives » que constituent la réduction de l’albédo des pôles et la libération de méthane due à la fonte du permafrost, c’est se moquer que de promouvoir des « usines à gaz » prétendues opérationnelles à l’échéance 2020.