La crise alimentaire de 2008, l'accroissement permanent des problèmes environnementaux dans certains pays ont, entre autres, pour conséquence d'augmenter le phénomène d’accaparement des terres par des investisseurs étrangers (états, multinationales).
Souvent, ces terres sont achetées dans des états où la sécurité alimentaire des populations n’est pas toujours assurée.

Le landgrabbing, ou accaparement des terres est un phénomène mondial en pleine expansion.

D’après Grain, ONG internationale dont l’objectif est de promouvoir la biodiversité agricole, ce sont prés de 15 à 20 millions d’hectares de terre qui ont été loués ou acquis à l’étranger par une douzaine de pays aux fortes réserves financières (Corée du Sud, Japon, l’Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Chine). La recherche de terres arables, même si elle existe depuis des siècles, prend donc une ampleur nouvelle.

Face à la flambée des cours des matières premières, cette ruée vers des terres agricoles n’est autre que la manifestation de l’inquiétude des Etats pour assurer leur sécurité alimentaire. Selon l’OCDE, les cours des denrées agricoles devraient se maintenir à des niveaux élevés pendant les dix prochaines années. Tous les prix augmenteront, avec en tête l’huile végétale (+ 50%), le beurre (+ 30%), le blé (+ 20%), le riz et le sucre (+ 10%). De plus, avec la courbe des naissances annonçant plus de 9 milliards d’hommes à nourrir d’ici à 2050, le grignotage des terres pour cause de biocarburants, l’explosion urbaine et la spéculation financière, cette tendance à la ruée vers les terres agricoles ne risquent pas de s’atténuer.

Selon les estimations, de 15 a 20 millions d'hectares (ha) - l'equivalent des terres arables francaises - ont fait l'objet de transactions depuis trois ans, essentiellement en Afrique.
La Chine aurait acheté 2,8 millions d'ha en République démocratique du Congo pour y développer la plus grande exploitation mondiale d'huile de palme.
La Coree du Sud, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont acquis, au total, plus de 1,5 million d'ha au Soudan.
L'Arabie saoudite aimerait louer un demi-million d'ha en Tanzanie.
L’Etat soudanais cède 880 000 hectares de terre arable pour 670 millions d’euros.
Le Qatar a déjà acheté 200 000 hectares à Khartoum pour nourrir du bétail. L’Arabie saoudite et l’émirat d’Abu Dhabi négocient.
L’Arabie saoudite est prête à débloquer 100 millions de dollars pour investir dans des fermes en Egypte, en Turquie et même en Ukraine.
La Chine poursuit la même stratégie pour répondre à l’appétit croissant de sa population, au Cameroun notamment.
Le Cambodge loue ses rizières au Koweït.
La Corée du Sud a jeté son dévolu sur la Mongolie.

En 2006, Pékin a signé des accords de coopération agricole avec plusieurs Etats africains qui ont permis l’installation de 14 fermes expérimentales en Zambie, au Zimbabwe, en Ouganda et en Tanzanie. En novembre 2008, Daewoo Logistics a annoncé un projet d’achat d’une concession de 1 million d’hectares à Madagascar pour une durée de 99 ans. La société sud-coréenne veut y cultiver 5 millions de tonnes de maïs par d’an d’ici à 2023 et produire de l’huile de palme à partir d’une autre concession de 120 000 hectares, en faisant appel à une main-d’œuvre principalement sud-africaine. La production serait destinée avant tout à la Corée du Sud.

Le risque majeur de cette « mondialisation » des terres agricoles est la disparition de l’agriculture paysanne dans des pays qui ne jouissent pas de la sécurité alimentaire, comme au Pakistan, au Cambodge, aux Philippines, à Madagascar, au Soudan, en Ethiopie ou encore au Mali.
Sur le plan environnemental, plutôt que de voir une agriculture extensive, à échelle familiale destinée à l'alimentation local, respectueuse de l'environnement, nous allons toujours plus vers une agriculture intensive, industrielle, grande consommatrice d'intrants (engrais, pesticides) et d'OGM.
Dégradation des terres, pollution des eaux de surface et souterraines sont parmi les principaux effets dévastateurs de l'environnement que provoque ce dramatique accaparement des terres. Ajoutez à cela le besoin de transport des productions qui doivet être acheminés vers les pays consommateurs. Quant aux effets humains, il sont terribles. “Nous pouvons être expulsés à n’importe quel moment. Il vont devoir assécher la zone et tout ce qu’il nous restera sera la pauvreté” déplore Bernard Onyongo, pêcheur de 65 ans qui voit son mode de vie menacé par la ruée sur les terres arables africaines. Confrontés à un projet agricole qatari et trois autres de bio-carburants sur des dizaines de milliers d’hectares, Bernard et 20.000 villageois du delta de la rivière Tana, dans le nord-est du Kenya, ont fait ces dernières mois l’amère découverte du “land grabbing”.

A voir

Complément d'enquête : Alimentation : main basse sur la terre

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Partie 6

Partie 7

Mon avis

Voici des mois que je voulais vous en parler...
Un phénomène dramatique sur les plans humain et environnemental, trop méconnu du grand public car largement moins médiatisé que le réchauffement climatique par exemple.
Une nouvelle catastrophe sociale et écologique est en marche !

Pour plus d’information

http://farmlandgrab.org/
http://www.grain.org/accueil/
http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=694
http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article2515
http://farmlandgrab.org/6287