Anti manuel d’écologie
Par Gilles Héluin le mardi 13 octobre 2009, 06:26 - J'ai lu pour vous - Lien permanent
Un livre de Yves Cochet.

Autant vous le dire tout de suite, autant j’apprécie Yves Cochet, autant son
nouveau livre m’a un peu déçu.
Est-ce sa forme : chaque chapitre développé par Yves Cochet est suivi par
plusieurs extraits d’auteurs qui s’y rapportent ?
Est-ce la complexité générale de l’ouvrage ?
La réponse est clairement : les deux !
Et pourtant, Yves Cochet prend courageusement et honnêtement position comme
il le fait depuis de nombreuses années.
Il nous explique que le déclin du pétrole est en marche et s’annonce sur le
court terme.
Les conséquences vont en être considérables et il est maintenant trop tard pour
les limiter à une mesure relativement indolore. Notre société va avoir très mal
tant elle dépend des énergies fossiles. De l’énergie tout court.
La fin de l’énergie bon marché va nous obliger à changer de société. Cela devra
se faire dans la douleur faute d’avoir anticipé ce déclin pétrolier 10 ou 20
ans avant.
Voici un résumé des chapitres de l’Antimanuel d’Ecologie
Est-il raisonnable d’être alarmiste ?
En introduction, les différents chapitres de l’ouvrage sont présentés.
La planète entière est malade. Tous les grands systèmes naturels sont perturbés
et les bouleversements s’accélèrent. Le réchauffement augmente le
réchauffement.
Il existe un seuil de basculement irréversible mais personne ne sait où il se
trouve.
Les hommes passent leur temps à discuter les données scientifiques. La nature
est objective et ne négocie pas. Nous allons payer la note !
Et pourtant il existe de nombreuses organisations internationales qui œuvrent
dans les domaines de l’environnement, la santé, le commerce… La société devrait
changer pour faire face mais le temps manque. Il y a urgence.
Les écologistes ont eu raison trop tôt, aujourd’hui la réalité les a rattrapés.
Maintenant la voie doit être une politique de décroissance, de
sobriété.
La matière et la vie
1-Une seule terre
Nous vivons sur un capital naturel qui s’épuise alors qu’il faudrait se limiter
aux intérets que celui-ci produit annuellement.
Nous vivons au dessus de nos moyens, certains de ces « nous »
beaucoup plus que les autres.
Les activités humaines, source de gaz à effet de serre ont conduit au
réchauffement climatique aujourd’hui sans équivoque.
La terre et ses ressources sont limitées mais leur exploitation mondiale se
fait de manière inégale entre pays « développés » et pays
« émergents ». La terre en subit les conséquences observées par
différentes approches de l’écologie globale.
2-Y a-t-il encore quelque chose d’intact ?
D’une approche locale traitant différents domaines de manière indépendante,
jusqu’à une approche maintenant systémique notre approche des problèmes
évolue.
L’agriculture productiviste stérilise les sols, les cycles naturels sont
perturbés, le climat change, les ressources des océans sont surexploitées, les
systèmes aquatiques sont atteints et des millions de personnes en meurent
chaque année.
3-Le boomerang et l’avalanche
Les activités humaines dégradent l’environnement qui porte atteinte à la santé
humaine.
C’est l’effet boomerang.
Le réchauffement climatique affecte les écosystèmes, ce qui augmente le
réchauffement.
C’est l’avalanche.
Les systèmes en cause sont complexes, les facteurs multiples et complexes. Le
tout interagit de manière dynamique.
4- Où va-t-on ?
Notre connaissance du monde permet de faire certaines prévisions mais elle est
limitée et il existe de très nombreuses inconnues et beaucoup des conséquences
des activités humaines sont imprévisibles.
Certaines des conséquences sont réversibles, d’autres ne le sont pas comme les
effets des OGM, des nanotechnologies et du nucléaire.
Les conséquences potentiellement dramatiques de ces activités devraient activer
le principe de précaution qui a été introduit dans la constitution française de
manière considérable ment réduite par rapport à sa formulation initiale au
sommet de Rio en 1992.
En effet Rio évoquait des « dommages graves ou irréversibles » la
constitution parle, elle, de « dommage… grave et irréversible ».
5- La nature ne négocie pas
Le système productiviste actuel ignore les lois de la nature ses conséquences
s’accumulent et ne pourront jamais être effacées.
Le pétrole devient de plus en plus rare. Le pic de Hubbert, qui dit que la
production pétrolière va décroitre » est ignoré. Le monde ne s’y prépare
pas et cela va avoir des conséquences catastrophiques. Nous sommes à ce moment
où la demande de pétrole va dépasser l’offre. C’est la fin des énergies bon
marché. Le choc qui va se produire est maintenant inéluctable et sera
considérable. Inflation, récession, guerres. Nous connaitrons d’ici à 15 ans la
fin du capitalisme, de l’union européenne, de l’aviation commerciale de masse,
de la grande distribution…
La seule solution possible est la décroissance de la consommation de matières
et d’énergie.
Les humains
6- Ne sentez-vous pas quelque chose ?
Si nos cinq sens ne nous permettent pas d’évaluer les changements globaux qui
s’opèrent, des organisations internationales comme le GIEC s’en occupent. Les
conséquences du changement climatique dont l’homme est la cause seront énormes,
mais il y a une certaine incertitude, d’autant que la GIEC ne prends pas en
compte un pic pétrolier avant 2100, ce qui est impossible.
Le coût sera d’autant plus important que les mesures de réduction des gaz a
effet de serre seront prises tardivement.
Il faut donc agir, mais agir individuellement n’est pas si évident, même pour
une personne informée et motivée. Nous bougeons souvent quand nous voyons que
d’autres le font aussi…
Il en est de même des décideurs qui sont poussés par les contraintes
électorales, budgétaires ou internationales.
On ne peut avoir raison tout seul…
7- Qui a fait cela ?
C’est la consommation effrénée d’énergies fossiles, bon marché et
énergétiquement rentables, par la société productiviste occidentale.
8- De quoi parle-t-on entre chefs ?
Devant la difficulté à partager les ressources matérielles de la planète et
face aux conséquences importantes qui se profilent, une organisation mondiale
de l’environnement serait nécessaire.
Elle mettrait fin à l’éparpillement des compétences environnementales et
veillerait à la mise en œuvre et au respect des engagements internationaux à
portée globale.
L’application d’un vrai principe de précaution, toute aussi difficile soit elle
devrait conduire à l’interdiction de la culture des OGM en plein champs. Le
Grenelle de l’environnement français est sujet à plusieurs interprétations
possibles :
- un recueil de belles formules et déclarations nous donnant
satisfaction.
- un manque cruel sur certains sujets comme le nucléaire, la nécessaire
réduction des consommations matérielles, la sobriété énergétique.
- une tentative ultime pour tenter de concilier le productivisme, le
capitalisme libéral, la mondialisation, le marché avec les impératifs
écologiques, cela en mettant en place une « économie verte »
permettant de continuer la croissance tout en améliorant l’état de santé de la
terre et de ses habitants.
Pour Yves Cochet, cette vision du monde est une impasse. Il faut réduire la
production et la consommation des énergies fossiles.
9- Du jamais vu
Jamais l’humanité n’a connu autant de problèmes planétaires. Afin de les
résoudre, le productivisme, ignorant de toute pensée des limites, n’offre
d’autre solution que la fuite en avant dans plus de technologie, plus de
marché, plus de croissance. Un élan vers le pire.
La prise de conscience de la catastrophe écologique est trop lente. C’est le
temps qui nous manque le plus.
La politique
10- Nous manquons de temps
En très peu de temps à l’échelle de l’univers, l’homme a généré une catastrophe
écologique qui va aller plus vite encore que les capacités de réaction et
d’adaptation de l’humanité.
Dans les années 60, Pierre Dac disait « il est trop tôt pour savoir s’il
est déjà trop tard ».
Maintenant nous le savons : il est trop tard pour éviter la
catastrophe.
Mais nous pouvons encore en réduire les effets désastreux.
Le pic oil, c’est maintenant et les conséquences de l’enchérissement des
énergies fossiles seront énormes. Par exemple, comment produire et maintenir le
réseau de communication mondial avec un super à 5 € le litre ?
Pour Yves Cochet : moins il y aura d’énergie disponible, mois notre
planète pourra accueillir d’individus à un certain niveau de vie. Ainsi le
nombre d’humains décroitra de 7 milliards et demi vers 2025 à 5 milliards en
2050 puis à 2 à 3 milliards en 2100 avec une diminution du niveau de vie moyen,
des famines, des maladies et des guerres.
C’est la question de la survie civilisée de l’espèce humaine qui est
posée.
Le temps est la matière première la plus précieuse.
Les changements seront extrêmement rapides, qu’ils soient écologiques ou
sociaux.
11- Vous avez dit paradigme ?
Dans ce chapitre un peu ardu au début, Yves Cochet fait une description
sommaire du projet de société écologique économe qu’il pense être la seule voir
possible pour « limiter les dégâts ».
Réduction du temps de travail, mode de vie plus lent et sobre avec d’avantage
de rapports humains et moins de consommation.
12- Décroître pour vivre mieux
La croissance infinie est impossible.
La catastrophe actuelle n’est pas une crise financière, économique, écologique,
sociale ou culturelle. Elle est tout cela à la fois et simultanément. Ce en
quoi elle est totalement inédite.
Il nous faut recréer une civilisation. Une société de sobriété.
La hausse des prix de l’énergie, l’inflation conséquente inciteront les
populations à se révolter et menacer le pouvoir des classes dirigeantes. Là se
situe peut être l’amorce d’une mobilisation générale de la société pour penser
et organiser la décroissance en grand. Décréter l’état d’urgence, suspendre le
cours ordinaire des affaires, appeler aux reconversions immédiates : la
survie est en jeu.
Mon avis
Après une seconde lecture rapide pour faire ce résumé, le fond prime sur la
forme.
Yves Cochet est vraiment un des rares politiques à soutenir cette courageuse et
réaliste position.



