Ce soir, Arte nous propose une soirée environnement :

20h50 à 21h30
Quand Obama se met au vert
Réalisé par : Stéphanie Kaïm


Dès son élection à la Maison-Blanche, en novembre 2008, Barack Obama met en place le «Green New Deal», un colossal plan de relance verte.
Les ventes de voitures hybrides décollent, les éoliennes et les panneaux solaires fleurissent.
L'Amérique, plus gros consommateur mondial d'énergie et premier pollueur de la planète, est-elle entrée dans une nouvelle ère ?
Si la crise brutale de 2008 et l'arrivée au pouvoir d'Obama ont vraiment donné un coup d'accélérateur, cette prise de conscience ne date pas d'hier.
Dès 1997, au lendemain du sommet de Kyoto, que l'administration Bush a toujours refusé de ratifier, de nombreux gouverneurs ont pris des mesures au niveau de leur Etat.
Désormais, des groupes influents, allant des démocrates aux militaires, ont adopté la devise : «sauvons la planète, puisque c'est rentable».

La critique (par Fabien Gruhier, de Téléobs)
Barack Obama va-t-il repeindre l'Amérique en vert alors que, du temps de George Bush, elle était noire comme du charbon ? C'est la première question que pose cette soirée «Planète verte», et le pari ne semble pas gagné. Bien sûr, le nouveau président affiche une volonté sans faille, et il s'est doté d'une prestigieuse «green team», une équipe de conseillers écolos dirigée par Steven Chu, prix Nobel de physique.

Mais cette équipe, toute vouée aux énergies renouvelables, aura bien du mal à contrecarrer le puissant lobby des énergies polluantes, qui continue à se battre à coups de millions de dollars, pour édulcorer la future loi sur le climat en cours de préparation. N'empêche, avec des moyens à la mesure des Etats-Unis, un effort de recherches sans précédent se développe. En faveur des énergies douces, des éoliennes, des panneaux solaires et du formidable déf de la «séquestration» du CO2 - la récupération de ce gaz au sortir des cheminées d'usines et son stockage «à long terme» dans des couches géologiques.

Cette technique permettrait de continuer à brûler pétrole et charbon sans conséquence néfaste pour l'effet de serre. Elle est loin d'être au point, et risque - si elle voit le jour - de se révéler fort coûteuse. Mais comme d'habitude, l'Amérique a confiance dans les vertus du business : un jour, c'est sûr, une start-up déposera un brevet génial, et ses actionnaires empocheront le jackpot. Il suffit d'avoir la foi, et le ralliement d'une partie des évangélistes devrait faciliter les choses. Désormais, l'écologie est prêchée dans les églises, à partir de ce précepte trouvé dans la Bible, et un peu arrangé pour la bonne cause : «Prenez soin de la Terre et protégez-la.»

Seconde question posée ce soir : le nucléaire est-il une énergie verte ? Sachant que les centrales ne produisent pas de CO2, l'atome civil connaît presque partout un regain de faveur. En Angleterre, en Allemagne, en Finlande, d'anciens opposants purs et durs ont retourné leur veste... au nom de l'écologie. Ils avaient jadis manifesté contre le nucléaire, mais nous expliquent qu'ils s'en repentent. Que leur haine de l'atome «n'était pas à la base une question écologique» : elle était antimilitariste - à une époque où le problème du réchauffement ne se posait pas. Résultat, à les en croire : une tragique erreur d'aiguillage. Mais tous les écolos ne sont pas d'accord...

21h30 à 22h15
Nucléaire : la fin du tabou ?
Réalisé par : Barbara Necek, Anna Kwak


A l'heure où la France prétend répandre le nucléaire civil dans les pays du Sud, et où l'Italie, la Suède, l'Angleterre ou la République tchèque misent à nouveau sur le fissile pour pallier au déclin des énergies fossiles, peut-on parler pour autant d'une énergie «propre» ? Quels sont les risques ? Comment retraiter les déchets et que devient la bataille pour les énergies renouvelables ?

Selon l'Humanité :
Dès le titre, on sent que le point de vue des auteurs sera partial. Et le téléspectateur n’est pas trompé sur la marchandise. La star du documentaire ? Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, plus gros acteur du nucléaire en Europe, et sans doute dans le monde. Que dit-elle ? Que les écologistes ont tourné casaque, réclamant plus de nucléaire. Car l’éolien est inefficace, le solaire, science-fiction, quant aux économies d’énergie, inutile de compter sur les bonnes volontés… Bref, que l’avenir, c’est le nucléaire. Pour étayer leur thèse, Barbara Necek et Anna Kwak donnent la parole aux responsables de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), quitte à opportunément oublier les questions qui fâchent…

22h15 à 22h45
Planète verte ? Présenté par : Daniel Leconte

Invités : Claude Allègre (physicien et ancien ministre)
«Sauvons la planète, c'est rentable», clame la nouvelle administration Obama.
Au-delà des effets d'annonce, Daniel Leconte passe au crible la croissance verte censée vaincre la crise.
Va-t-elle réellement permettre de redresser les économies et créer des emplois ?

Mon avis

A voir avec son sens critique en éveil ! Surtout pour les 2èeme et 3ème reportages.
Qu'on se le dise : la technologie "verte" est l'argument à la mode pour faire perdurer le système capitaliste destructeur mondial actuel ...
Je ne suis pas sûr de tenir jusqu'à la fin... Surtout sur le troisième sujet avec Claude Allegre...


Nucléaire : la fin du tabou ?
Autopsie d'une manipulation pronucléaire
Décryptage par le Réseau "Sortir du nucléaire"v

Le 22 septembre 2009 a diffusé un documentaire en annonçant que "Sans essayer de trancher, ce document tente d'ouvrir le débat à partir d'un état des lieux.". On pouvait donc s'attendre à une information équilibrée, présentant correctement les points de vue des uns et des autres.

En réalité, il s'agit d'un documentaire si radicalement pronucléaire qu'on le croirait produit par Areva ou EDF. En s'appuyant sur de nombreuses affirmations fausses ou présentées de façon trompeuse, les réalisatrices ont lourdement soutenu une thèse très contestable, celle du supposé "grand retour du nucléaire".

Cette thèse avance que, face au réchauffement climatique, et du fait que l'industrie nucléaire produit moins de co2 que les énergies comme le charbon, le pétrole et le gaz, l'énergie nucléaire représenterait une solution et serait de fait en pleine expansion. Le narrateur va jusqu'à affirmer que, chez Areva, "les commandes affluent du monde entier", ce qui est totalement faux (voir plus loin).

Or, cette thèse du "grand retour" n'existe que dans les publicités des entreprises du nucléaire, dans les discours des politiques pronucléaires (Sarkozy, Berlusconi, Poutine, etc…) mais pas dans la réalité. Au contraire, la part du nucléaire dans l'énergie mondiale baisse tous les ans et ce processus va continuer inexorablement.

Vous trouverez à la fin de cette analyse un résumé de la situation actuelle de l'industrie nucléaire mondiale, confrontée à de nombreuses annulations de projets.

Etudions d'abord un certain nombre d'affirmations gratuites, trompeuses, ou carrément fausses avancées dans le reportage :

"Pas sûr que les énergies renouvelables et les économies d'énergie suffiront d'ici 2030 à relever le défi. C'est pourquoi les experts planchent discrètement sur un autre scénario : le retour du nucléaire"

Les "experts" ? Il s'agit d'un terme flou, qui laisse penser que des gens compétents, et sans positions idéologiques, préparent l'avenir pour notre bien. Mais de tels "experts" n'existent pas. Ce sont les représentants de l'industrie nucléaire qui tentent d'influer sur les politiques publiques par un lobbying incessant et sur les opinions par des campagnes permanentes de publicité.

"Le nucléaire produit beaucoup plus d'électricité que les énergies renouvelables"

MENSONGE : une énergie renouvelable à elle seule, l'hydroélectricité, produit d'ailleurs plus que le nucléaire. Ainsi, sur Terre, en 2007 (dernières statistiques disponibles), les barrages ont produit 3162 Twh contre 2719 Twh produits par les 440 réacteurs nucléaires en service. (cf http://www.iea.org/textbase/nppdf/free/2009/key_stats_2009.pdf , pages 16 et 18). Depuis, en 2008, la production nucléaire a baissé pour la troisième année consécutive. Il faut ajouter à l'hydroélectricité les productions électriques issues de la biomasse, et les productions éolienne et solaire, encore faibles mais en augmentation exponentielle…

"Et si demain on décidait de faire plus de nucléaire pour sauver la planète ?"

IMPOSSIBLE. Sans même discuter du caractère absurde et irresponsable d'une telle idée (vu les dangers causés par le nucléaire), cette hypothèse est impossible à mettre en œuvre : la plupart des réacteurs actuellement en service sont anciens et ont commencé à fermer : la production nucléaire mondiale décroît depuis 3 ans. Le rêve de l'industrie nucléaire n'est pas d'augmenter sa production mais seulement d'arriver à construire assez de réacteurs pour remplacer ceux qui ferment. Mais les belles déclarations ne font pas pousser les réacteurs (voir plus bas) alors que les fermetures sont bien réelles, elles…

"Les premiers à sauter le pas sont les Finlandais. En 2006, le pays relance sont programme nucléaire avec la construction d'un nouveau réacteur."

TROMPERIE : les journalistes ont commis une très grave faute déontologique en occultant dans leur reportage le véritable désastre industriel que constitue ce chantier. En effet, les finlandais ont acheté un réacteur français EPR et s'en mordent aujourd'hui les doigts : plus de 3 ans de retard, un coût à ce jour (en attendant pire) de 5,5 milliards au lieu des 3 milliards annoncés au départ, et des procédures en justice internationale entre les finlandais et la français. Qui plus est, les finlandais ont été obligés de construire en toute hâte une centrale thermique (gaz) pour remplacer l'électricité qui devrait être produite par l'EPR. Le comble du ridicule pour des gens qui prétendaient investir dans le nucléaire "pour lutter contre le changement climatique". Mais le reportage n'en dit mot et ne donne la parole qu'à des gens qui se félicitent de l'option nucléaire… (cf http://www.romandie.com/infos/news2/090924064312.d3g3pumr.asp )

"Partout en Europe, le front antinucléaire semble se fissurer"

RIDICULE : On notera la formule "partout en Europe", aussi gratuite que fausse, qui est utilisée pour masquer la vacuité de la "démonstration"… Pour accréditer cette thèse, les réalisatrices présentent en tout et pour tout deux "verts" britanniques et deux "antinucléaires" allemands dont une qui demande "un vrai débat" et un autre qui reconnaît lui-même, dans le reportage, qu'il ne savait pas pourquoi il manifestait. Le sait-il plus aujourd'hui ?

Par contre aucune référence au très grand succès de la manifestation antinucléaire de Berlin du 5 septembre dernier (http://www.20min.ch/ro/news/monde/story/28310993).

La parole est aussi donnée longuement à Mme Lauvergeon, PDG d'Areva, qui prétend que "en privé", des écologistes de renom lui avouent être pour le nucléaire. Mais, bien sûr, aucun nom n'est avancé…

"En Europe ce discours se répand : trois pays construisent de nouveaux réacteurs : la France, la Finlande, et la Bulgarie."

MENSONGE : les réacteurs annoncés en Bulgarie ne sont absolument pas en chantier, et ce projet absurde est même quasiment abandonné (cf http://www.romandie.com/infos/news2/090807132754.tk5u7r8l.asp )

Quant à la France et la Finlande, elle sont confrontées aux désastres industriels et financiers des chantiers engagés : commencé deux ans après celui de Finlande, l'EPR français suit la même voie avec déjà un an de retard et un milliard de surcoût. (http://www.lexpress.fr/actualite/economie/retard-en-vue-pour-l-epr-a-flamanville_648621.html )

"La République Tchèque, la Grande-Bretagne, l'Italie, la Roumaine et la Hongrie envisagent aussi de relancer leurs programmes nucléaires"

AFFIRMATION GRATUITE. En effet, il est très facile pour un chef de gouvernement de déclarer que son pays va construire des réacteurs nucléaires. Il est d'ailleurs possible de faire une liste beaucoup plus longue de pays qui "envisagent" de construire des réacteurs, en Europe ou au-delà. Mais la plupart de ces annonces resteront lettres mortes, d'autant que divers projets, pourtant parmi les moins improbables, ont déjà été annulés (voir en fin de document)

"En Allemagne, on envisage sérieusement de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires. C'est la preuve que les esprits évoluent, même chez les militants"

FAUX et MEPRISANT. FAUX : en Allemagne, il est au pire envisagé de laisser les réacteurs fonctionner jusqu'à leur date théorique de fin de vie (au lieu de les fermer de façon anticipée dans le cadre du plan de sortie du nucléaire). MEPRISANT : il faut donc croire que, pour avoir un esprit qui "évolue", il faut se convertir au nucléaire. Et la formule "même chez les militants" relève du pire mépris. On n'est plus dans le journaliste mais dans l'invective…

"Les manifestations contre les centrales nucléaires se terminent souvent en affrontement violents avec la police"

PARTIALITE. La vérité est que, partout où des centrales nucléaires ont été construites, de grandes manifestations populaires et pacifiques ont été réprimées violemment par les forces de police et autres gendarmes mobiles. La formulation utilisée dans le commentaire laisse au contraire croire que ce sont les manifestants qui étaient violents…

"La critique du nucléaire est avant tout idéologique"

PARTIALITE : les réalisatrices se permettent de (dis)qualifier l'engagement pronucléaire en en faisant une sorte d'aveuglement idéologique. Comme si le risque d'accident, les déchets radioactifs, la prolifération n'étaient pas des problèmes bien réels...

"Au siège d'Areva, on se frotte les mains : les commandes affluent du monde entier"

ARCHIFAUX. En réalité, à part les deux EPR péniblement en chantier en Finlande et en France, il n'existe qu'un dossier solide : la Chine a commandé en 2007 deux EPR dont la construction… aurait dû commencer en août dernier à Taishan, ce qui n'est pas le cas. Les Chinois ont peut-être annulé le contrat. Mais, même si ces réacteurs sont réellement mis en chantier, ce sont bien les seuls. Tous les autres dossiers évoqués relèvent de la seule communication. Au contraire, des projets d'EPR sont déjà annulés : Afrique du Sud, Missouri, Ontario, etc…

Le documentaire est clairement devenu un instrument de propagande au service de l'industrie nucléaire française : accréditer la thèse du "grand retour" pour justifier la construction de nouveaux réacteurs… en France !

Mme Lauvergeon (Areva) : "Aujourd'hui, on sait recycler 96% du combustible nucléaire"
Narrateur : "On extrait l'uranium et le plutonium, ces matières seront recyclées et utilisées à nouveau dans les réacteurs nucléaires"

TROMPERIE. D'abord, ce qui n'est pas dit, c'est que les 4% restants contiennent 95% de la radioactivité. Le supposé "recyclage" d'Areva ne règle donc rien sur le plan des déchets radioactifs, ce qui n'empêche pas le documentaire de donner la parole à des techniciens d'Areva qui prétendent avoir une activité "clairement écologique".

Ce qui n'est pas dit non plus, c'est que le plutonium et l'uranium sont théoriquement réutilisables mais, dans la réalité, divers problèmes techniques se posent. Résultat : l'uranium, qui représente plus de 90% de total, n'est PAS réutilisé. Et seule une partie de plutonium est réutilisée une seule fois.

Certes, le reportage concède que "seules 20% des centrales nucléaires françaises fonctionnent avec des matières recyclées", mais cela reste trompeur. Il fallait dire "20% des centrales fonctionnent avec un tout petit peu de matières recyclées". Au final, environ 98% du combustible utilisé dans les centrales françaises provient des mines d'uranium détenues par Areva… à l'étranger. De quoi compromettre le mythe de la supposée "indépendance énergétique" apportée par le nucléaire mais, bien sûr, ce "détail" n'est pas mentionné…

"L'essentiel de ce qui est recyclé à la Hague est stocké pour une raison simple : les ingénieurs du nucléaire en auront besoin pour démarrer les réacteurs du futur, ces réacteurs dits de "génération 4"

DOUBLE TROMPERIE :
1) au lieu d'évoquer les expériences infructueuses (comme à la centrale nucléaire de Cruas) de faire fonctionner des réacteurs avec de l'uranium retraité, le documentaire laisse au contraire croire qu'il y a une stratégie derrière cette non utilisation des matières prétendument "recyclées".

2) Le documentaire reprend la terminologie du lobby nucléaire et oublie de dire que les réacteurs dits "de 4ème génération" ne sont rien d'autres que les surgénérateurs que l'industrie nucléaire échoue à mettre au point depuis 50 ans. En France, on se souvient de l'échec fracassant du réacteur Superphénix. On est donc clairement dans une affaire "du passé" et pourtant le narrateur utilise l'expression trompeuse "réacteurs du futur".

"Un calcul remis en question par les experts proches de Greenpeace"

MANIPULATION. Il est exact que l'expert en question, Benjamin Dessus, est très critique vis-à-vis de l'industrie nucléaire. Mais le problème est ailleurs. Rappelez-vous, un peu plus tôt dans le documentaire, il est affirmé que la renaissance du nucléaire est préparée par "les experts" (tout court), donc à priori neutres et objectifs. Là, par contre, il s'agit d'un expert "proche de Greenpeace". Pour les réalisatrices, il y a donc deux catégories d'experts : les "vrais", et ceux qui sont "proches de Greenpeace".

"Aujourd'hui, la véritable épine dans le pied de l'industrie nucléaire, ce sont les déchets radioactifs"

TROMPERIE. Oui, bien sûr, les déchets radioactifs constituent un problème dramatique et insoluble. Mais c'est loin d'être le seul : les risques de catastrophe, les rejets radioactifs et chimiques continuels des centrales dans leur environnement, les incroyables surcoûts de construction des réacteurs, la prolifération (qui permet à des pays d'accéder à l'arme atomique), etc.

Alors, pourquoi réduire le problème à la seule question des déchets ? Tout simplement parce que, dès lors, il suffit d'une "solution" pour les déchets pour pouvoir décréter que tous les problèmes du nucléaire sont résolus. Et, justement, cette "solution" a été trouvé par les réalisatrices. Certes, dans un premier temps, il est fait mention de l'accumulation inquiétante des déchets, et des pratiques injustifiables qui ont eu lieu (comme jeter les déchets nucléaires dans l'océan). Mais c'est pour mieux prétendre que, désormais, tout va pour le mieux. Le narrateur annonce d'ailleurs "Aujourd'hui, les temps ont changé"…

"Est-il dangereux de vivre près d'une centrale nucléaire ou d'un site de stockage de déchets radioactifs ?"

GRAVE OMISSION : le documentaire donne la parole à des personnes qui expliquent qu'il y a certes un "débat scientifique", mais que rien n'est prouvé. Il est incroyable que ne soit pas citée l'étude publiée fin 2007 par l'Université de Mayence (Allemagne) qui montre un excès de cancers et de leucémies, détectable jusqu'à 50km autour des installations nucléaires, et touchant en particulier les jeunes enfants. ( Cf "Les leucémies infantiles plus fréquentes près des centrales nucléaires", Le Monde, 12 Décembre 2007)

"Le véritable problème provient des 1% de déchets les plus radioactifs, ceux qui proviennent des cœurs des réacteurs (…) Alors pour essayer de trouver une solution, le gouvernement a créé en 1999 un laboratoire unique au monde. Le but : tester les entrailles de la Terre pour y enfouir les déchets"

MULTIPLES TROMPERIES :
1) il est faux de prétendre que les autres déchets ne posent pas de problèmes, à commencer par les résidus d'extraction de l'uranium, jusqu'aux déchets issus du démantèlement des installations, par exemple des pièces géantes (les générateurs de vapeur) extrêmement radioactives.

2) Pourquoi prétendre que le laboratoire de Bure est "unique au monde", si ce n'est pour magnifier la procédure ? Or, des expériences équivalentes sont ou ont été menées ailleurs (USA, Suède, etc) : il n'y a hélas pas qu'en France que l'option criminelle d'enfouissement des déchets radioactifs est envisagée !

3) Suit alors une longue partie où les "experts" de l'Andra ont toute latitude pour expliquer leur démarche. Le narrateur soutien cet "effort" en ajoutant que 400 millions d'euros ont déjà été dépensés… comme si cela augmentait les chances d'arriver à une option acceptable.

Pire : une animation montre de façon parfaitement idéalisée le fonctionnement présumé du centre d'enfouissement s'il entre un jour en service. Puis des militants anti-enfouissement sont piégés, mis en cause pour montrer des images de fûts à moitié enterrés, ce qui ne correspond effectivement pas à l'animation idéalisée… mais ressemble pourtant de près à ce qui se passe dans la mine de sel de Asse (Allemagne) ou un véritable désastre est en cours ( cf "Déchets nucléaires : la contamination d'une mine de sel empoisonne Berlin", AFP, 26 juin 2008; http://bit.ly/3UamCx ).

CONCLUSION :

La conclusion du documentaire est limpide : "Si l'on veut diminuer les émissions de gaz à effet de serre, faudra-t-il quand même laisser sa place au nucléaire, à côté des éoliennes des panneaux solaires et des économies d'énergie ? Alors, le nucléaire pour sauver la planète, un choix par défaut ? Sans doute, encore faudra-t-il en parler, sans tabou"

Les réalisatrices ont tranché : bien que "par défaut", le nucléaire doit être utilisé "pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre". Ce film est donc clairement une promotion de l'industrie nucléaire comme "solution" pour la planète. Tout juste est-il concédé qu'il faudra en parler "sans tabou". Cela fait certainement référence à ces pseudos "concertations" et autres "débats publics", où il est effectivement possible de dire tout le mal que l'on pense du nucléaire, mais… sans qu'il ne soit jamais possible de remettre en cause les décisions imposées par le pouvoir. Des défouloirs "sans tabou" mais parfaitement inutiles… sauf pour les autorités.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" est bien entendu favorable à ce que la question du nucléaire soit traitée dans les médias, à condition toutefois que cela se fasse de façon juste et équilibrée, et que les arguments des uns et des autres soient présentés de façon correcte et intelligible.

Loin de cela, Arte a diffusé ce 22 septembre un film de pure propagande pronucléaire, donnant longuement la parole aux promoteurs de l'atome, relayant et soutenant leurs thèses les plus contestables, tronquant et occultant les véritables informations. C'est d'autant plus choquant que le site web d'Arte annonçait "Sans essayer de trancher, ce document tente d'ouvrir le débat à partir d'un état des lieux." De toute évidence, la personne qui a écrit ça n'a pas vu le documentaire…

Stéphane Lhomme
Réseau "Sortir du nucléaire"