Pollution de la réserve naturelle de Coussouls de Crau
Par Gilles Héluin le jeudi 13 août 2009, 08:16 - Pollution - Lien permanent
La réserve naturelle de Coussouls de Crau (7.400 hectares), à
Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône) a fait l'objet d'une pollution
importante due à la fuite d'un oléoduc.
Près de 4.000 m3 de pétrole brut s'y sont déversés le vendredi 7 août dans la
matinée, sur près de cinq hectares, affirment des associations citoyennes de
protection de l'environnement locales.

Cette réserve naturelle nationale, également classée Natura 2000 est ainsi
irrémédiablement touchée et il est probable que certaines espèces végétales et
animales soient définitivement détruites.
Les réactions des associations et organismes
Cette nouvelle pollution aux hydrocarbures a provoqué la colère de plusieurs
associations environnementales, regrettant également un manque de contrôle.
Quand un pipeline traverse un milieu si rare et précieux on pourrait s'attendre
à ce que des dispositifs d'alarme fonctionnent pour tout incident. D'autant que
la Société du Pipeline Sud-Européen transporte de l'ordre de 23 millions de
tonnes par an et dispose donc de moyens considérables qui n'auraient pas été
gravement amputés par une surveillance adaptée plus sérieuse, a souligné le 10
août la Ligue ROC dans un communiqué. Greenpeace a également dénoncé samedi un
laxisme des autorités françaises et rappelé l'urgence et la nécessité de la
mise en place de systèmes de sécurité renforcés, notamment sur des zones
situées près du littoral.
De son côté, la fédération d'associations environnementales France Nature
Environnement (FNE) qui parle d'agression écologique, a souligné le 10
août dans un communiqué la disparition d'espèces, destruction et dégradation de
Coussouls en tant que milieu et paysage, et des perturbations de l'ensemble en
l'état inconnues. FNE a appelé à une remise à niveau de la
sécurisation des oléoducs vieillissants. Il est urgent que les pipelines qui
passent sur des territoires remarquables et protégés comme les réserves
naturelles soient systématiquement déplacés et empruntent des axes linéaires
banalisés pour éviter des pollutions en milieu naturel, a pour sa part indiqué
Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux
(LPO).
Christian Schwoehrer, président de Réserves naturelles de France, s'est
également dit inquiet de l'impact de cette pollution sur la nappe
phréatique, proche de la surface en Crau. La réserve naturelle nationale de
Crau est le seul exemple de steppe en France et même en Europe de l'ouest (plus
de 5.800 ha sur les 7.400 de la réserve) et figure parmi les sites européens à
préserver en priorité, a-t-il souligné. Plusieurs espèces protégées ont déjà
été touchées par l'incident, notamment le ganga cata (oiseau), le lézard
ocellé, le criquet de Crau et le lichen crustacé, a affirmé samedi la
préfecture des Bouches-du-Rhône, selon qui une évaluation précise des
incidences environnementales de cette rupture de canalisation devra être
réalisée.
Les travaux en cours posent questions
Les responsables de la réserve naturelle ont exprimé leur inquiétude après la
décision de retirer la couche supérieure de la surface polluée suite à une
fuite dans un oléoduc, craignant les nuisances liées à l'évacuation des
déchets.
"La circulation dans la réserve se fait uniquement par les pistes, et
normalement sur ces pistes, ce n'est pas des centaines de camions qui
circulent", a déclaré Laurent Tatin, un responsable de la réserve de 7.400
hectares créée en 2001.
"Si on commence à dégrader l'habitat, vieux de 6.000 ans, parce qu'on roul e
dessus avec des camions, des voitures et des pelleteuses, il sera dégradé pour
toujours", a-t-il estimé.
Les juristes s'interrogent
Ce dossier est le premier à devoir être analysé au regard de la loi sur la
responsabilité environnementale.
Sur le papier, tout semble simple : la loi a été votée le 1 août 2008,
l'accident a eu lieu après, et la zone concernée est une réserve naturelle.
Transposition d'une directive européenne datant de 2004, la loi vise à protéger
les atteintes aux espaces protégés, à l'eau et aux sols. Les décrets
d'application ont même été promulgués le 23 avril dernier ! En cas de
dommage grave à l'environnement, ils permettent en théorie d'éviter d'avoir à
démontrer que l'exploitant a commis une faute et d'appliquer immédiatement le
principe pollueur-payeur en obligeant l'exploitant à réparer.
Selon Arnaud Gossement cette loi ne va changer que peu de choses. Pour les
associations, elle ne donne aucun nouveau droit réel. Pour l'Etat et les
collectivités locales : peut être si l'on considère le préjudice
environnemental. Toutefois, le décret d'application de cette loi est une telle
usine à gaz que démontrer l'existence d'un tel préjudice va s'avérer
particulièrement difficile...
Une autre question de droit est celle relative à la détermination des responsables. Certes, l'exploitant de l'oléoduc le sera sans doute mais qu'en est il de l'Etat ? Rappelons que cet oléoduc avait été contrôlé pour la dernière fois il y a ....neuf ans.
Mon avis
Une catastrophe, encore une.
Selon les juristes, elle pourrait bien faire progresser le droit de
l'environnement. Mais à quel prix ?
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