Le Gange : rivière masala*
Par Gilles Héluin le samedi 1 août 2009, 07:01 - Entre Deux Eaux - Lien permanent
Le masala est un mélange d’épices utilisé dans de nombreux plats indiens, et
surtout dans la préparation du fameux thé masala.
Voici la sixième newsletter de l'Association Entre Deux Eaux.
Emeline et Benjamin nous invitent à les suivre dans la poursuite de leur voyage autour du monde à l'étude des projets transfrontaliers relatifs à l'eau :
Après nos péripéties dans le sud de l’Inde, nous nous sommes attaqués au nord du pays. La descente du Gange fut un passage magnifique. Elle commença d’ailleurs par la fin : au Bengladesh, où le fleuve atteint 20km de large avant le début de la mousson. Cette année, une fois n’est pas coutume, la pluie se fait à nouveau attendre. A Varanasi, les ghats permettent de se promener tranquillement le long de leurs marches. Dans les campagnes, les rizières ont soif. A la source du fleuve, nous avons pu assister au pèlerinage extraordinaire de dizaines de milliers de dévôts qui remontent la vallée à pied, parfois sur plus de 1000 km afin de recueillir un échantillon de l’eau curative. Entre hindouisme, bouddhisme, islamisme et autres isthmes, nous vous proposons de descendre avec nous le fleuve sacré et d’en découvrir les secrets.

Le Gange, juste avant la confluence avec le Yamuna
Le jour où Michael Jackson est mort, la mousson a commencé. Le 25 juin
2009, alors que des hordes de fans en pleurs exprimaient leur chagrin dans les
rues de New York, Londres ou Paris, autant de bangladeshis endossaient leur
pagne blanc et sortaient sur les toits de leurs immeubles, une barre de savon à
la main. Au moment même où toutes les larmes du monde ont commencé à tomber du
ciel, les 150 millions d’habitants du petit pays asiatique se sont précipités à
leurs fenêtres, un sourire au coin des lèvres. Mort d’une étoile, naissance
d’un espoir.
Nous n’avions pas du tout prévu de commencer notre descente du Gange par le
Bangladesh, soit dit par la fin, mais le destin en a décidé autrement. En
faisant notre visa à Amman, l’employée de l’ambassade indienne nous a remis
notre passeport avec un grand sourire, quelques secondes après avoir écrit sous
nos yeux : « date d’expiration du visa : 23 juin ». Rien ne
servit d’expliquer que nous avions fourni dans notre dossier des billets
d’avion attestant de notre sortie de territoire le 1er juillet. En Inde, nous
l’apprendrions par la suite, il n’y a pas de cas-par-cas. Qu’il en soit ainsi,
nous quittâmes donc l’Inde le 23 juin 2009 en direction de Dhaka, avec la ferme
intention de refaire notre visa pour redescendre ultérieurement la partie
supérieure Gange. Nous vous proposons de commencer par la fin notre épopée le
long du fleuve sacré, une descente de 2 525Km dans les gorges de l’Asie du
Sud.
Données hydrographiques
Source : Glacier de Gangotri dans l’Himalaya (Uttarakhand – Inde)
Embouchure : Golfe du Bengale
Principaux affluents : Mahakhali, Karnali, Koshi, Gandak, Ghaghra, Yamuna,
Son, Mahananda
Pays riverains : 4 pays : Inde, Népal, Bangladesh, Chine
Longueur du fleuve : 2 525Km
Débit minimum : 700 m3/Sec
Débit maximum : 78 000 m3/Sec
Etendue du bassin : environ 900 000 km2
Population du bassin : supérieure à 500 millions d’habitants
Principales problématiques : variabilité saisonnière et densité de
population
Le Bangladesh : première victime climatique
En commençant par le delta d’un des plus grands fleuves du monde, on ne peut que constater que l’eau est présente partout. Le Bangladesh est en fait le lieu où se jettent trois fleuves majeurs : le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna. Tous les ans, le pays est sujet à des inondations récurrentes. La moyenne se situe autour de 25% du territoire sous les eaux, tandis que les crues historiques, comme en 1988 ou 1998, ont englouti plus de 70% du pays. Or, d’entrée de jeu, l a pression démographique est très forte : la superficie du pays équivaut à environ la moitié de celle de la France pour une population plus de deux fois supérieure. C’est le principal problème auquel doit faire face le Bangladesh actuellement. L’Inde est même en train de construire des barbelés tout autour du pays pour empêcher ces migrants climatiques de passer la frontière. Mais lors de la prochaine inondation, où iront ces millions de Bangladeshis ?

Concernant le Gange, la situation est très paradoxale. Lors de nos premiers RDV avec les organismes locaux, nous interrogeons nos interlocuteurs sur les problèmes climatiques liés au fleuve. Ils nous répondent qu’il n’y a pas assez d’eau. Nous avons du mal comprendre, avec des inondations pareilles, le pays en a trop, mais pas, assez, non, ce n’est pas possible. Et pourtant. La variabilité saisonnière fait du Bangladesh un des pays les plus désavantagés par la nature. Pendant de nombreux mois, les autorités se battent pour faire face aux désastres, multipliant plans de sauvetage, abris et gestion des risques. Et 5 mois dans l’année, pendant la saison sèche, du 1er janvier au 31 mai, le pays meurt de soif. Nous leur rétorquons : « mais pourquoi alors ne pas construire de réservoirs, pour gérer le flux pendant la mousson et stocker le surplus pour les mois arides ? ». La réponse est celle à toute question : il y a trop de monde. Le pays est si peuplé que construire un réservoir entraînerait le déplacement de milliers de personnes qu’il faudrait indemniser, et le gouvernement n’en a pas les moyens. De plus, lorsque l’on observe la topographie du territoire, on se rend compte que le pays est désespérément plat, il est donc hors de question de construire un barrage. Pour faire face à ces catastrophes climatiques, le gouvernement a mis en place un système de management des désastres le plus performant au monde. Des scientifiques du monde entier viennent au Bangladesh se former sur la technologie et la logistique mises en place au niveau national.
Nous avons visité le centre de prévision et de mise en garde des inondations
« Flood Forecasting and Warning Centre » à Dhaka. Le niveau des 310
fleuves et rivières parcourant le pays est contrôlé 4 fois par jour dans 286
stations de surveillance étalées dans tout le pays. 1 ou 2 fois par jour en
fonction de la saison, un bulletin d’inondation est imprimé et disponible en
ligne. Si le niveau atteint la barre « attention », « danger »
ou « sévère », les stations locales sont averties et mettent en place des
plans adéquats. (www.ffwc.gov.bd) Le Gange n’est qu’une des 57 rivières
transfrontalières partagées par le Bangladesh avec ses voisins. 53 autres sont
partagées avec l’Inde et 3 avec le Myanmar. Sur le chemin du retour en
direction de Kolkata, nous reprenons le ferry pour traverser le Gange. A cette
époque de l’année, alors que la mousson n’a pas encore commencé en amont, le
fleuve atteint déjà une largeur de 20km. Allons regarder plus haut ce qu’il en
est.
Pèlerinage à la source du Gange (Rishikesh)
12h de bus (Dhaka – Kolkata), 28h de train (Kolkata – Delhi), à nouveau 8h
de bus (Delhi – Rishikeh) et un nouveau visa en poche plus tard, nous voilà au
pied de la chaîne himalayenne. Les villes de Rishikesh, et un peu plus en aval
Haridwar, sont sacrées pour être les deux points où le Gange sort des montagnes
avant d’entamer sa longue descente dans la plaine jusqu’à son delta, où nous
nous trouvions deux jours plus tôt. D’un fleuve marron, chaud et pollué, nous
retrouvons l’essence même d’une rivière de montagne, d’une température glaciale
et d’une couleur sablonneuse. Notre bonne étoile nous a encore une fois suivi,
puisque nous tombons en pleine période de festival, le yatra, où les dévôts
remontent à pied jusqu’à la source du Gange pour remplir des bidons qu’ils
rapporteront ensuite à leurs familles. Le spectacle est magique (Voir la vidéo
et Lire l’article).
Lisez la suite de l’article sur http://entre2o.free.fr/?p=273
Pour plus d’information
Consultez le site de l'association Entre
deux Eaux.
Mon avis
Une fois de plus Emeline et Benjamin nous racontent leur voyage et le
contexte et enjeux de l'eau des pays traversés avec leur style agréable qui
laisse transparaitre leur passion et inspire la sympathie.
Lecteurs de ce blog, vous n'avez probablement aucun doute sur la réalité du
changement climatique.
La partie relative au Bangladesh ne vous surprendra pas plus que
moi...
Bonne lecture en attendant la prochaine newsletter dans laquelle nos amis
sillonneront la vallée du Mékong et ses territoires ancestraux : la
Thaïlande, le Laos, le Vietnam et le Cambodge.



