La loi Grenelle 1 adoptée
Par Gilles Héluin le jeudi 30 juillet 2009, 06:03 - Législation - Lien permanent
Jeudi 23 juillet 2009, après un ultime vote de l’Assemblée nationale puis du
Sénat, le projet de loi de programmation relatif à la mise en œuvre du Grenelle
de l'environnement (dit «Grenelle I») a été définitivement adopté.
Pour France nature environnement, impliquée dès les premiers débats du
Grenelle, «son adoption est loin de marquer la fin du processus: la direction
générale est désormais fixée mais la traduction réelle, dans notre quotidien,
de la majorité des engagements du Grenelle devra attendre l’adoption d’autres
textes législatifs (Grenelle II en particulier) et surtout réglementaires
déclinant concrètement les grands objectifs».
Si la fédération d’associations environnementales note que de nombreux
chantiers ont avancé en parallèle de l’élaboration du projet de loi (création
de parcs nationaux, crédit d’impôt pour l’agriculture biologique ou encore
étude sur la Contribution climat énergie), elle estime cependant que le
processus a été lent. Le texte continue de ne pas satisfaire totalement. Outre
l’exclusion du nucléaire dès le début des débats, en partie responsable de
l’abstention des Verts et source de nombreuses critiques de certaines
associations, des amendements inquiètent encore. FNE dénonce par exemple la
remise «au goût du jour d’un vieux projet scandaleux d’un canal entre le Rhin
et le Rhône», une taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) trop faible
sur l’incinération, une disposition qui vise la finalisation « dans les
meilleurs délais » des « grands itinéraires autoroutiers ».
Après plus d’un an passé au Parlement. France Nature Environnement et ses
associations membres, la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) et la Ligue
ROC ainsi que la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, qui se sont
impliquées tout au long du processus législatif en proposant des amendements
aux parlementaires, dressent aujourd’hui un premier bilan non exhaustif du
processus.
En voici la synthèse.
Le renversement de la charge de la preuve
Il revient aujourd’hui aux autorités publiques ou aux acteurs de la société
civile de prouver qu’un projet porte atteinte à l’environnement pour empêcher
sa mise en œuvre. Le renversement de la charge de la preuve se manifesterait
par le fait que ce serait désormais à l’initiateur d’un projet de démontrer que
celui-ci n’a pas d’impact négatif. Ce principe essentiel, absent du projet de
loi transmis par le gouvernement, a été introduit par les parlementaires à
l’article 1.
La pérennisation du dialogue environnemental
Afin de poursuivre le dialogue à 5, le gouvernement a créé début 2008 le comité
de suivi du Grenelle rassemblant les représentants des acteurs ayant participé
aux travaux de l’été 2007. FNE souhaitait que ce comité de suivi soit
institutionnalisé. Sur cette question, les parlementaires ont amélioré la loi
en mentionnant dès l’article 1 ce comité de suivi, ouvrant ainsi la voie à son
institutionnalisation.
La fiscalité écologique
La loi Grenelle 1 est timide sur la Contribution Climat Energie (CCE), mesure
visant à réguler la consommation de l’énergie. La loi ne prévoit que la
réalisation d’une étude à remettre dans les 6 mois. Notons, cependant, que sur
ce point la loi Grenelle 1 est déjà dépassée : l’étude a été réalisée et
une conférence d’experts présidée par Michel Rocard va rendre ses conclusions
avant la fin du mois de juillet. Cet exemple et les récents développements
montrent assez bien le fait qu’il est difficile d’analyser la loi en
s’extrayant du processus général.
Le chantier du bâtiment
Un seuil maximal de consommation énergétique des bâtiments est défini à 50 kwh
/ m2 dès 2012. Ce seuil peut être modulé en fonction du contenu en CO2 des
énergies utilisées. Il y a donc un risque de voir les constructeurs se tourner
davantage vers des énergies peu émettrices (nucléaire ou renouvelable) que vers
une l’isolation la plus performante possible du bâtiment.
Un premier pas important dans le domaine des transports: l'adoption
d'une taxe kilométrique poids lourds, enfin !
L'adoption par le Parlement d'une taxe kilométrique poids lourds, et malgré
toutes les inquiétudes sur sa mise en œuvre dans les années à venir, est une
avancée considérable. Rappelons qu'en Europe, seules la Suisse, l'Allemagne,
l'Autriche et la République Tchèque bénéficient de systèmes tarifaires
identiques. Dans un contexte socioéconomique difficile, il s'agit d'un premier
pas important vers un report modal de la route vers des modes de transports
alternatifs comme le rail ou le fluvial.
Agriculture
La loi Grenelle 1 ouvre trois perspectives ambitieuses pour
l’agriculture : la réduction de moitié de l’usage des pesticides, le
développement de l’agriculture biologique, la certification environnementale
des exploitations agricoles.
Biodiversité : de bonnes intentions à
concrétiser
La principale mesure en matière de biodiversité de la loi Grenelle 1 est
l’objectif de création d’une trame verte et bleue (TVB) d’ici 2012. La loi acte
la TVB comme outil d’aménagement du territoire ce dont nous nous félicitons.
Elle reste par contre imprécise sur la question de l’opposabilité de la TVB,
notamment vis à vis des infrastructures de transports, alors que ce point était
acté dans l’engagement 73. La loi est par ailleurs insuffisante au sujet de
l’effort à accomplir en matière de connaissance du patrimoine
naturel.
Déchets
La grande avancée de la loi Grenelle 1 est d’avoir enfin donné la priorité à la
prévention des déchets. Le meilleur des déchets est en effet celui que l’on ne
produit pas.
Santé
La mise en place d’un carnet de santé du travailleur permettra la prise en
compte d’un meilleur suivi des salariés dans leur exposition aux substances
classées cancérigènes, mutagènes ou toxiques. La loi Grenelle 1 ouvre aussi la
voie à un encadrement des risques émergents que constituent les nanoparticules
et les ondes électromagnétiques. Enfin, le nouveau Plan National Santé
Environnement prévu à l’article 32 de la loi Grenelle 1 a déjà été adopté le 26
juin 2009
Mon avis
Évidemment l'intention semble bonne.
Des avancées sont indéniables
Comment ne pas rester dans l'attente d'une concrétisation de tous ces points
?
Ais-je raison d'être méfiant, voire suspicieux ?


