Le conseiller scientifique d’Obama n’exclut pas le recours à la géo-ingénierie
Par Gilles Héluin le mardi 14 avril 2009, 08:16 - Climat - Lien permanent
Nous sommes sur une trajectoire menant aux 650 ppm de CO2, qui se traduiraient par une augmentation de température de 4°C. Les milieux scientifiques commencent à prendre peur que l’inaction des politiques sur le front du réchauffement climatique ne laisse bientôt plus d’autre choix que d’appuyer sur le bouton « panique », celui de la solution de dernier recours : la tentative d’intervenir sur le climat à l’échelle de la planète à l’aide des technologies dites de géo-ingénierie. John Holdren, premier conseiller scientifique de Barack Obama, a publiquement évoqué cette possibilité en indiquant qu’aucune approche ne devait être écartée à priori.

a situation sur le front du réchauffement de la planète est devenue tellement sombre que le conseiller scientifique en chef de Barack Obama a abordé avec le président la possibilité de mettre en oeuvre sur une échelle massive des technologiques de « géo-ingénierie » visant à modifier le climat.
John Holdren, qui est un membre du cabinet du président, a déclaré aujourd’hui que ce type de mesures drastiques ne devait pas être écarté dans les discussions sur la meilleure façon de lutter contre le changement climatique. Bien que ses services ont précisé qu’il n’avait pas proposé un changement radical de politique, M. Holdren a toutefois déclaré que le recours à la géo-ingénierie ne pouvait être exclu.
« Cela doit être examiné. Nous ne pouvons nous permettre le luxe d’écarter une quelconque approche », a indiqué Holdren lors d’un entretien accordé à Associated Press. Il a alors précisé qu’il exprimait ses vues personnelles.
L’ensemble de ces solutions « méga-technologiques » vont de l’installation de miroirs dans l’espace, qui réfléchiraient la lumière du soleil, à la fertilisation des océans avec du fer afin de favoriser la croissance des algues qui peuvent capturer le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Une autre option est d’ensemencer les nuages qui renvoient les rayons du soleil vers l’espace afin de limiter le réchauffement de la surface du globe.
De telles solutions technologiques à l’échelle mondiale pour lutter contre le changement climatique peuvent sembler fantastiques, mais un nombre croissant de scientifiques soutiennent que ces technologies devraient au moins être étudiées.
Les déclarations de M. Holdren ne signifient pas que le gouvernement des États-Unis mette la priorité sur la géo-ingénierie. Un porte-parole de l’Office de Politique Scientifique et Technologique (OSTP) - que dirige Holdren - a indiqué que « l’objectif principal de l’administration est encore de rechercher la mise en place de législations en matière d’énergie qui peuvent nous rapprocher d’une économie basée sur une énergie propre, et peuvent créer des emplois verts tout en réduisant la dépendance au pétrole venant de l’étranger. »
Les défenseurs de cette technologie ont accueilli avec satisfaction ces déclarations. Stephen Salter, un ingénieur de l’Université d’Edimbourg et l’un des pionnier des techniques d’ensemencement de nuages afin qu’ils reflètent les rayons du soleil vers l’espace, a déclaré : « Tout ceux qui travaillent dans le domaine de la géo-ingénierie le font avec une certaine réticence : nous espérons qu’elle ne sera jamais nécessaire, mais nous craignons qu’elle puisse le devenir très rapidement. Holden s’en fait exactement l’écho. C’est très encourageant - nous avions eu des réactions extrêmement négatives des gouvernements du Royaume-Uni. »
M. Salter déclare que les techniques de géo-ingénierie sont les seules méthodes qui permettraient de réduire la température du globe assez rapidement. Même si les émissions de CO2 cessaient demain, précise-t-il, la planète continuera à se réchauffer durant plusieurs décennies. « Les opposants disent que cela réduirait les efforts en direction du développement des énergies renouvelables. J’ai travaillé sur les énergies renouvelables depuis 1973 et j’ai arrêté parce que nous sommes trop en retard, nous avons perdu trop de temps. Nous pourrions avoir une panique très bientôt en raison de la façon dont les choses évoluent avec les glaces de l’Arctique. »
Doug Parr, responsable scientifique de Greenpeace, estime que « la question la plus importante n’est pas celle des avantages et des inconvénients de technologies particulières, mais le fait que la communauté scientifique commence à avoir tellement peur de notre incapacité collective à lutter contre les émissions impactant le climat que de tels programmes non conventionnels sont maintenant considérés comme méritant une étude sérieuse. Nous avons déjà la technologie et le savoir-faire pour réaliser des réductions spectaculaires des émissions dans le monde, mais ce n’est pas le cas, et ceux qui sont les plus au fait de la science du climat se rapprochent du moment d’appuyer sur le bouton panique ».

M. Holdren a reconnu que quelques-unes des solutions de géo-ingénierie pourraient avoir des effets indésirables, et que ces actions ne doivent pas être entreprises à la légère.
Par exemple, l’ensemencement des nuages pourrait refroidir la terre, mais aussi entrainer une acidification des océans, car la quantité de CO2 dans l’atmosphère - et donc les émissions de CO2 absorbée par la mer - continuerait d’augmenter. Mais Holdren a ajouté : « Nous pourrions devenir suffisamment désespérés pour vouloir l’utiliser. »
Ses propos semblent aller à l’encontre de ceux qu’il avait tenu lors d’un discours prononcé à la réunion annuelle de l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences en 2007. Il avait alors insisté sur le potentiel de la géo-ingénierie pour aider à refroidir l’atmosphère ou à éliminer les gaz à effet de serre, mais avait reconnu que ces méthodes exigeraient probablement des investissements importants, et avait également mis en garde contre l’espoir qu’une seule solution technologique puisse résoudre les problèmes énergétiques et climatiques. « La croyance dans les miracles technologiques est généralement une erreur », avait-il averti.
Dans une édition spéciale consacrée à la géo-ingénierie du journal Royal Society Philosophical Transactions publiée en 2007, Brian Launder, de l’Université de Manchester et Michael Thompson de l’Université de Cambridge, écrivaient : « bien que de telles interventions à l’échelle du globe puissent être risquées, le temps pourrait venir où elles seront considérées comme moins risquées que l’inaction. Le sentiment s’accroit que les gouvernements ne parviennent pas à faire face à l’urgence de la mise en place des mesures qui permettraient certainement à notre planète de trouver un équilibre sécurisé. »
Dans plusieurs publications les experts ont averti que la réticence constatée « à presque tous les niveaux » pour freiner la hausse des émissions de gaz à effet de serre signifie que le niveau de CO2 dans l’atmosphère était sur une trajectoire de dépassement des 650 parties par million, ce qui pourrait se traduire par une élévation de la température globale moyenne de 4°C. Ils ont également appelé à ce que soient entreprises davantage de recherches sur les solutions de géo-ingénierie qui permettraient de refroidir la planète.
Publication originale :
The Guardian, traduction Contre Info
Par Alok Jha, The Guardian, 9 avril 2009
Mon avis
Je vous soumettait hier un
autre article inquiétant issu du même très bon site ContreInfo sur les
conséquences possible du réchauffement climatique en Arctique.
Ici, le recours qui est envisagé à ces opérations de "géo-ingénierie" sont tout
autant inquiétantes...
L'homme, incapable de limiter son impact sur son environnement continuerait à
modifier ce dernier plutôt qu'à le respecter. Une dramatique fuite en avant
!



