Rétablir la croissance ? Qu'en pense la planète ?
Par Gilles Héluin le samedi 11 avril 2009, 07:49 - Général - Lien permanent
Voici un article paru début avril sur
actualités news environnement.
Tant j’adhère à ses propos que je ne résiste pas à vous le soumettre…

Rétablir la croissance ? Qu'en pense la planète ! Face à
la crise, citoyens, chefs d'entreprises, élus, et gouvernements n'ont d'yeux
que pour l'économie. Et la planète, qu'en dit-elle ? La crise climatique
et celle des ressources naturelles nous semble aujourd'hui plutôt secondaire
face aux milliers de nouveaux chômeurs quotidiens.
Comment va la crise ? Bien merci ! Au vue de certains chiffres
évocateurs, elle se porte bien. La récession s'installe dans de nombreux états,
leur dette atteignent des records, les résultats d'entreprises négatifs se
multiplient, et les taux de chômage suivent ces évolutions
inquiétantes.
Face à la crise, citoyens, chefs d'entreprises, élus, et gouvernements n'ont
d'yeux que pour l'économie. Tous nourrissent le même espoir, que chacun formule
à sa manière : augmenter son pouvoir d'achat, remplir son carnet de
commandes, rétablir la croissance de son pays, accessoirement des autres pays
partenaires. Tous attendent le redémarrage de la consommation par la baisse des
prix, l'augmentation du pouvoir d'achat, et ainsi dépenser, vendre, construire,
agrandir, développer, produire, en un mot : faire du PIB.
Et la planète, qu'en dit-elle ? La crise climatique et celle des
ressources naturelles nous semble aujourd'hui plutôt secondaire face aux
milliers de nouveaux chômeurs quotidiens, aux foyers modestes qui peinent à
manger en fin de mois, ou aux entreprises qui ne parviennent plus à équilibrer
leurs comptes. Pourtant, ces crises environnementales ont toutes les chances de
compromettre « notre » fin de crise, puisqu'elles concernent les
ressources naturelles et le climat, qui sont le carburant de notre
économie.

En effet, comme l'indique JM Jancovici (conférence
à la Cité des Sciences le 24 mars 2009), 80% de l'énergie utilisée pour le
fonctionnement des sociétés humaines vient des énergies fossiles – pétrole,
charbon et gaz -, c'est à dire de ressources naturelles présentes en quantités
finies.
Or tout étudiant en mathématique sait que le prélèvement d'une ressource
puisée dans un stock fini passe inexorablement par un maximum et décroît pour
tendre vers zéro. C'est le cas des énergies fossiles, et cela concerne
aujourd'hui certains stocks qui perdent leur caractère renouvelable à force de
sur-exploitation (réserves halieutiques notamment). De plus, nos prélèvement
n'ont jamais été aussi importants chaque jour depuis ces dernières décennies et
augmentent même de jour en jour - certes aujourd'hui un peu moins vite du fait
de la crise ! La conséquence est encore une fois mathématique : on va
manquer.
Manquer de poissons par exemple, ou d'eau potable, et bien sûr de pétrole.
Par ricochet, il faudra également se passer de certains services que ces
ressources nous rendaient : les forêts disloquent le CO2, les océans le
piègent, les sols retiennent l'eau, les zones humides la filtrent.
Ces petites choses qui importent peu l'homme des villes (80% des habitants
des pays industrialisés vivent en ville) et qui vont devenir quelque peu
préoccupantes lorsqu'elles vont s'arrêter d'elles-mêmes. L'eau sera impropre à
la consommation de plus en plus souvent, et les crues seront plus violentes,
pour ne citer que cela L'homme des villes constatera également que la rareté
des énergies fossiles augmentera leur prix, et ce sans commune mesure avec les
yoyos de l'été 2008.
Pourtant, la crise mondiale n'engendre que des réflexes de relance par
l'investissement, qui n'est qu'une relance de l'exploitation des ressources
limitées. En France, le plan de relance du gouvernement vanté par François
Fillon lors de son récent déplacement à Marseille le 27 mars dernier (A
lire) est explicitement concentré sur « les investissements pour
alimenter notre moteur économique et pour renforcer la compétitivité de notre
pays ».
Au niveau international, le même aveuglement est de rigueur. Les principales
mesures qui seront discutées au sommet du G20 le 2 avril prochain à Londres
(selon le
communiqué publié le 14 mars à l'issue de la réunion à Horsham des
ministres des Finances et banquiers centraux du G20) concernent l'économie, la
croissance, la finance. Le réchauffement climatique y est relégué au dernier
rang (voir l'article
de S. Besson).
Les déclarations de N. Sarkozy à propos de ce sommet du G20 convergent vers
ces objectifs totalement centrés sur le système économique actuel : le PIB
reste l'indicateur privilégié des comptables publics. Pourtant, le Président de
la République française avait souhaité « changer notre instrument de
mesure de la croissance pour favoriser un autre type de croissance »
lorsqu'il avait chargé, le mardi 8 janvier 2008, Armatya Sen et Joseph Stiglitz
de travailler à ce que « la mesure du progrès économique soit plus
complète » que ne le fait le PIB. Leurs propositions sont restées lettre
morte, et rapidement rendues caduques par le fameux rapport Attali, véritable
ode à la croissance galopante du PIB.
Quelque soit la façon de compter des hommes, toutes les ressources
naturelles (à commencer par le pétrole qui est omniprésent dans nos sociétés,
pour fournir de l'énergie ou comme matériau de construction) sur lesquelles nos
économistes et politiques comptent pour relancer l'emploi et l'investissement
sont à bout de souffle. Il ne s'agit pas du point de vue d'illuminés
pessimistes, mais de celui des pétroliers (consulter les
statistiques du groupe BP) ou encore du groupe de chercheurs allemands
Energy Watch Group qui a publié le scénario ci-dessous en février
2008.

Légende : Scenario de production de pétrole dans le monde retenu par
l'Energy Watch Group dans « Crude Oil – The Supply Outlook » :
Revised Edition February, 2008. En millions de barils par jour. WEO :
scenario présenté par l'Agence Internationale de l'Energie dans sa publication
« the World Energy Outlook » de 2006 qui table sur 105 Mbj en 2020
(extrapolation de l'EWG à partir d'une projection de l'AIE pour 2015), et 116
Mbj en 2030.
La rareté de ces ressource engendrera, outre des désordres géopolitiques,
des fluctuations de leur prix tout à fait imprévisibles, et par effet
d'entraînement, des déséquilibres majeurs sur le plan social notamment (voir
Manicore). De
plus, les émissions de gaz à effet de serres liés à l'exploitation outrancière
de ces ressources d'énergie fossile poursuivront leur effet sur le climat et
les conséquences peu enviable sur l'environnement en général et l'espèce
humaine en particulier.
Il est donc urgent que les bâtisseurs de plans de relance - et les
économistes du G20, puisque c'est d'actualité – comprennent qu'il n'est pas
possible de prendre de mesures quelles qu'elles soient sans s'assurer qu'elles
sont compatibles avec le monde réel, avec le niveau des ressources naturelles
sur lesquelles elles se basent. La crise actuelle ne pourra se résoudre qu'avec
des solutions transversales.
La question de la taxe
carbone est aujourd'hui largement partagée par les spécialistes et de plus
en plus de consommateurs. Tous s'accordent à considérer qu'il s'agit de la
mesure la plus raisonnable pour anticiper la très proche pénurie de ressources
naturelles. Taxer les biens et les services qui dépendent de ces ressources
épuisables les rendra plus chers, et incitera fortement à moins les solliciter.
Et ainsi modifier les comportements, qui est la seule porte de sortie pour
réduire notre pression sur la planète et éviter une décroissance ingérable des
ressources naturelles.
Le
Grenelle de l'environnement avait ébauché cette transversalité, ce contrôle
permanent de toute action par un expert en ressources naturelles, une nouvelle
comptabilité, ou encore cette éventualité de taxer le prélèvement des
ressources naturelles de façon à aider chacun de nous à moins consommer. Il est
urgent de les remettre au goût du jour pour éviter de planifier des solutions
qui ne pourront jamais voir le jour pour cause de manque de
ressources.
Il n'est plus temps de se contenter de repeindre en vert son enseigne,
d'éteindre durant une heure ses appareils électriques en même temps que tout le
monde, ou encore de s'abstenir de consommer durant la prochaine « journée
sans achats » (samedi 4 avril prochain).
Il n'est plus temps de dire qu'on est prêt à agir vraiment. Il faut
vraiment agir.

Source :
actualités news environnement.


