L’association Entre Deux Eaux nous propose son analyse des arguments pour ou contre les barrages.

Je ne pouvais, ni ne voulais trouver de titre plus détaillé sur cet immense débat qui anime autant les managers de l’eau que les politiques, les environnementalistes ou les populations. Suite aux commentaires laissés après notre newsletter N°3 , nous nous devions de faire un point sur ces Léviathan de l’architecture.

Le fonctionnement des barrages hydroélectriques

Tout commence au niveau de la retenue. Une certaine quantité d’eau est stockée par le barrage. Au contraire de ce que l’on croît, ce n’est pas l’étendue du lac qui augmente la pression mais la hauteur d’eau. Comme les plongeurs le savent, la pression de l’eau augmente de 1 bar tous les 10m. Par conséquent, pour un barrage d’une hauteur de 180 mètres, la pression à la base du barrage sera de 18 bars.

Il existe différents types de barrage. Les deux principaux sont les barrages poids qui sont constitués d’une digue, le plus souvent en béton, et sont situés dans des vallées larges, et les barrages voûtes, de montagne, dont la forme permet de s’adapter au relief. Les autres types de barrages portent des noms aussi barbares que contreforts ou multivoûtes, mobiles à aiguilles, mobiles à battant ou en remblais.

Les barrages les plus controversés

Barrage des Trois Gorges (Chine)
Non content d’être le plus grand barrage au monde, les Trois-Gorges est aussi le plus polémique. Au total, 2309,5 mètres de long, 185 mètres de haut, 10 milliards de mètres cubes et 32 turbines ont été nécessaires pour dompter le Yangtsé. Cependant, d’autres chiffres laissent plus pantois : déplacement de 2 millions de personnes, anéantissement de sites archéologiques et écologiques d’importance mondiale, corruption, violation massive des droits humains. La France a participé au projet à travers l’implication d’Alstom et BNP-Paribas, bénéficiant d’une garantie publique de la COFACE.

Barrage de Nam Theun 2 (Laos)
Ce barrage a été lancé par EDF en 2005 sur un affluent du Mékong. Il marque le retour des investissements de la Banque Mondiale dans les grands barrages puisque celle-ci s’était retirée de tout projet pendant une période de 10 ans (1993-2003) afin de rédiger les termes de référence que les nouveaux ouvrages doivent aujourd’hui respecter. Malgré l’approbation de l’institution financière, les opposants au projet, outre les conséquences sociales et écologiques, avancent l’argument selon lequel l’énergie produite par le barrage (1 070 MW) serait en majeure partie exportée vers la Thaïlande, imposant au Laos un risque financier pharaonique si son voisin venait à se désengager.

Barrage d’Ilisu (Turquie)
Le barrage sur le Tigre, s’inscrivant dans la lignée du GAP, engendrerait le déplacement de 78 000 personnes, dont une majorité de Kurdes, ainsi que des tensions possibles avec la Syrie et surtout l’Irak, en aval du fleuve. Rappelons par exemple que le remplissage de son voisin Atatürk avait entraîné une coupure totale du débit de l’Euphrate vers la Syrie pendant 1 mois. Ilisu est devenu l’emblème des campagnes anti-barrages puisque leur lobbying a entraîné le retrait du financement des agences de crédit à l’exportation allemande, autrichienne et suisse, suivis de près par Société Générale. Lors de notre visite au siège du GAP et de DSI, les personnes rencontrées nous ont cependant assuré la complétion du barrage dans les prochaines années. Affaire à suivre.

Les 7 recommandations majeures de la Commission Mondiale des Barrages

1-Obtenir l’accord informé des personnes affectées ;
2-Évaluer toutes les options possibles en amont du projet ;
3-Mener des évaluations participatives périodiques des barrages ;
4-Préserver les cours d’eau et les moyens de subsistance, en donnant la priorité à la maximisation des systèmes existants ;
5-Reconnaître les droits et partager les bénéfices, en mettant en place des mécanismes d’atténuation, d’indemnisation et de compensation;
6-Assurer l’application des normes en mêlant incitations et sanctions ;
7-Partager les cours d’eau pour la paix, le développement et la sécurité.

Ces 7 recommandations ont été approuvées par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement).

Les arguments POUR

Fonction de stockage et de régulation
De par leur retenue d’eau et la possibilité littérale d’ouvrir et de fermer les vannes, les barrages assurent la régulation des cours d’eau et par là-même la réduction des inondations et des crues. Ils permettent également de stocker l’eau pendant les périodes à forte pluviométrie et de la redistribuer lorsque le besoin s’en ressent.

Fonction de production d’électricité
L’hydroélectricité est une énergie propre puisque l’eau est restituée intégralement en aval du barrage et avec la même qualité que lors de son flux en amont. D’autre part, la production hydroélectrique n’entraîne aucune émission de gaz à effet de serre et est flexible dans la mesure où elle peut être régulée en fonction de la consommation.

Une énergie propre et renouvelable
L’hydroélectricité est une énergie propre puisque l’eau est restituée intégralement en aval du barrage et avec la même qualité que lors de son flux en amont. D’autre part, la production hydroélectrique n’entraîne aucune émission de gaz à effet de serre et est flexible dans la mesure où elle peut être régulée en fonction de la consommation.

Des possibilités de développement
Un barrage amène avec lui eau potable, irrigation, agriculture, usage industriel et autant d’espoirs pour les populations attenantes.

Les arguments CONTRE

La fragmentation écologique
De par leur hauteur, les barrages empêchent la migration d’espèces aquatiques, c’est ce qu’on appelle la fragmentation écologique. Afin de contrebalancer cet effet, des mécanismes ont été mis en place sur certaines infrastructures : les échelles à poissons ou même le transport par camion. Cependant, ces derniers restent limités en nombre autant qu’en efficacité.

Les inondations
En remplissant leurs réservoirs, ces énormes retenues d’eau inondent de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de km2.

Les déplacements de populations
Ce sont aussi des villages et des villes qui sont inondés. On estime qu’au XXème siècle, 40 à 80 millions de personnes ont été déplacées à cause des grands barrages. Les victimes se voient souvent recevoir de très maigres compensations, quand elles ne sont pas inégales. Sur le projet du GAP par exemple, les premières compensations versées étaient établies en fonction de la propriété terrienne, laissant les « sans-terres » turcs, encore plus désœuvrés, migrer vers des bidonvilles déjà surpeuplés.

L’évaporation
Qui dit barrage dit retenue d’eau et qui dit retenue d’eau dit évaporation. Et certains chiffres sont effarants. Prenons le barrage d’Assouan sur le Nil par exemple, l’évaporation représente 10km3 d’eau par an, soit 12 à 18% du cours du Nil.

Le bouleversement des régimes hydrologiques
Un barrage est une œuvre de l’homme, il va à l’encontre de la nature et bouleverse donc le débit naturel du cours d’eau, ayant des conséquences sine qua-non en aval sur le niveau des nappes, les zones humides, la sédimentation et la qualité de l’eau (dégagement de méthane). Les gros barrages retiennent non seulement l’eau, mais également les sédiments et les limons. L’eau est appauvrie biologiquement nécessitant l’usage d’engrais, l’érosion naturelle est bouleversée et la faune et la flore en subissent également les conséquences. D’autre part, les eaux de drainage ou de reflux sont souvent polluées par les engrais dispersés sur les cultures irriguées.

Stagnation des eaux et maladies
Les grandes quantités d’eau retenues ne sont pas toujours utilisées à court ou moyen terme. Certaines eaux stagnent dans ces lacs improvisés, devenant fertiles, par eutrophisation, au développement de maladies (bilharziose, paludisme) et de gîtes larvaires.
__ Investissements démesurés et fierté des Etats__
Mettre en place un système d’assainissement ne fait pas propre sur un programme électoral. Par contre, faire la course au plus grand barrage mondial, en y investissant des milliards de dollars pour que le monde en parle vient flatter l’égo de son promoteur. Les barrages sont souvent considérés comme la vitrine et le symbole de la puissance des Etats et de la domination des hommes sur la nature. Malheureusement, ils sont souvent agrémentés d’investissements démesurés et hâtifs, avec leur lot de corruption.

Pour plus d’information

Consultez l’article complet de Entre Deux Eaux.
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