Entre Deux Eaux : Pour ou contre les barrages ?
Par Gilles Héluin le mardi 21 avril 2009, 06:51 - Entre Deux Eaux - Lien permanent
L’association Entre Deux Eaux nous propose son analyse des arguments
pour ou contre les barrages.
Je ne pouvais, ni ne voulais trouver de titre plus détaillé sur cet immense
débat qui anime autant les managers de l’eau que les politiques, les
environnementalistes ou les populations. Suite aux commentaires laissés après
notre newsletter N°3 , nous nous
devions de faire un point sur ces Léviathan de l’architecture.

Le fonctionnement des barrages hydroélectriques
Tout commence au niveau de la retenue. Une certaine quantité d’eau est
stockée par le barrage. Au contraire de ce que l’on croît, ce n’est pas
l’étendue du lac qui augmente la pression mais la hauteur d’eau. Comme les
plongeurs le savent, la pression de l’eau augmente de 1 bar tous les 10m. Par
conséquent, pour un barrage d’une hauteur de 180 mètres, la pression à la base
du barrage sera de 18 bars.
Il existe différents types de barrage. Les deux principaux sont les barrages
poids qui sont constitués d’une digue, le plus souvent en béton, et sont situés
dans des vallées larges, et les barrages voûtes, de montagne, dont la forme
permet de s’adapter au relief. Les autres types de barrages portent des noms
aussi barbares que contreforts ou multivoûtes, mobiles à aiguilles, mobiles à
battant ou en remblais.

Les barrages les plus controversés
Barrage des Trois Gorges (Chine)
Non content d’être le plus grand barrage au monde, les Trois-Gorges est aussi
le plus polémique. Au total, 2309,5 mètres de long, 185 mètres de haut, 10
milliards de mètres cubes et 32 turbines ont été nécessaires pour dompter le
Yangtsé. Cependant, d’autres chiffres laissent plus pantois : déplacement
de 2 millions de personnes, anéantissement de sites archéologiques et
écologiques d’importance mondiale, corruption, violation massive des droits
humains. La France a participé au projet à travers l’implication d’Alstom et
BNP-Paribas, bénéficiant d’une garantie publique de la COFACE.
Barrage de Nam Theun 2 (Laos)
Ce barrage a été lancé par EDF en 2005 sur un affluent du Mékong. Il marque le
retour des investissements de la Banque Mondiale dans les grands barrages
puisque celle-ci s’était retirée de tout projet pendant une période de 10 ans
(1993-2003) afin de rédiger les termes de référence que les nouveaux ouvrages
doivent aujourd’hui respecter. Malgré l’approbation de l’institution
financière, les opposants au projet, outre les conséquences sociales et
écologiques, avancent l’argument selon lequel l’énergie produite par le barrage
(1 070 MW) serait en majeure partie exportée vers la Thaïlande, imposant au
Laos un risque financier pharaonique si son voisin venait à se
désengager.
Barrage d’Ilisu (Turquie)
Le barrage sur le Tigre, s’inscrivant dans la lignée du GAP, engendrerait le
déplacement de 78 000 personnes, dont une majorité de Kurdes, ainsi que des
tensions possibles avec la Syrie et surtout l’Irak, en aval du fleuve.
Rappelons par exemple que le remplissage de son voisin Atatürk avait entraîné
une coupure totale du débit de l’Euphrate vers la Syrie pendant 1 mois. Ilisu
est devenu l’emblème des campagnes anti-barrages puisque leur lobbying a
entraîné le retrait du financement des agences de crédit à l’exportation
allemande, autrichienne et suisse, suivis de près par Société Générale. Lors de
notre visite au siège du GAP et de DSI, les personnes rencontrées nous ont
cependant assuré la complétion du barrage dans les prochaines années. Affaire à
suivre.
Les 7 recommandations majeures de la Commission Mondiale des Barrages
1-Obtenir l’accord informé des personnes affectées ;
2-Évaluer toutes les options possibles en amont du projet ;
3-Mener des évaluations participatives périodiques des barrages ;
4-Préserver les cours d’eau et les moyens de subsistance, en donnant la
priorité à la maximisation des systèmes existants ;
5-Reconnaître les droits et partager les bénéfices, en mettant en place des
mécanismes d’atténuation, d’indemnisation et de compensation;
6-Assurer l’application des normes en mêlant incitations et sanctions ;
7-Partager les cours d’eau pour la paix, le développement et la
sécurité.
Ces 7 recommandations ont été approuvées par l’OMS (Organisation Mondiale de
la Santé) et le PNUE (Programme des Nations Unies pour
l’Environnement).

Les arguments POUR
Fonction de stockage et de régulation
De par leur retenue d’eau et la possibilité littérale d’ouvrir et de fermer les
vannes, les barrages assurent la régulation des cours d’eau et par là-même la
réduction des inondations et des crues. Ils permettent également de stocker
l’eau pendant les périodes à forte pluviométrie et de la redistribuer lorsque
le besoin s’en ressent.
Fonction de production d’électricité
L’hydroélectricité est une énergie propre puisque l’eau est restituée
intégralement en aval du barrage et avec la même qualité que lors de son flux
en amont. D’autre part, la production hydroélectrique n’entraîne aucune
émission de gaz à effet de serre et est flexible dans la mesure où elle peut
être régulée en fonction de la consommation.
Une énergie propre et renouvelable
L’hydroélectricité est une énergie propre puisque l’eau est restituée
intégralement en aval du barrage et avec la même qualité que lors de son flux
en amont. D’autre part, la production hydroélectrique n’entraîne aucune
émission de gaz à effet de serre et est flexible dans la mesure où elle peut
être régulée en fonction de la consommation.
Des possibilités de développement
Un barrage amène avec lui eau potable, irrigation, agriculture, usage
industriel et autant d’espoirs pour les populations attenantes.
Les arguments CONTRE
La fragmentation écologique
De par leur hauteur, les barrages empêchent la migration d’espèces aquatiques,
c’est ce qu’on appelle la fragmentation écologique. Afin de contrebalancer cet
effet, des mécanismes ont été mis en place sur certaines infrastructures :
les échelles à poissons ou même le transport par camion. Cependant, ces
derniers restent limités en nombre autant qu’en efficacité.
Les inondations
En remplissant leurs réservoirs, ces énormes retenues d’eau inondent de
plusieurs dizaines à plusieurs centaines de km2.
Les déplacements de populations
Ce sont aussi des villages et des villes qui sont inondés. On estime qu’au
XXème siècle, 40 à 80 millions de personnes ont été déplacées à cause des
grands barrages. Les victimes se voient souvent recevoir de très maigres
compensations, quand elles ne sont pas inégales. Sur le projet du GAP par
exemple, les premières compensations versées étaient établies en fonction de la
propriété terrienne, laissant les « sans-terres » turcs, encore plus
désœuvrés, migrer vers des bidonvilles déjà surpeuplés.
L’évaporation
Qui dit barrage dit retenue d’eau et qui dit retenue d’eau dit évaporation. Et
certains chiffres sont effarants. Prenons le barrage d’Assouan sur le Nil par
exemple, l’évaporation représente 10km3 d’eau par an, soit 12 à 18% du cours du
Nil.
Le bouleversement des régimes hydrologiques
Un barrage est une œuvre de l’homme, il va à l’encontre de la nature et
bouleverse donc le débit naturel du cours d’eau, ayant des conséquences sine
qua-non en aval sur le niveau des nappes, les zones humides, la sédimentation
et la qualité de l’eau (dégagement de méthane). Les gros barrages retiennent
non seulement l’eau, mais également les sédiments et les limons. L’eau est
appauvrie biologiquement nécessitant l’usage d’engrais, l’érosion naturelle est
bouleversée et la faune et la flore en subissent également les conséquences.
D’autre part, les eaux de drainage ou de reflux sont souvent polluées par les
engrais dispersés sur les cultures irriguées.
Stagnation des eaux et maladies
Les grandes quantités d’eau retenues ne sont pas toujours utilisées à court ou
moyen terme. Certaines eaux stagnent dans ces lacs improvisés, devenant
fertiles, par eutrophisation, au développement de maladies (bilharziose,
paludisme) et de gîtes larvaires.
__ Investissements démesurés et fierté des Etats__
Mettre en place un système d’assainissement ne fait pas propre sur un programme
électoral. Par contre, faire la course au plus grand barrage mondial, en y
investissant des milliards de dollars pour que le monde en parle vient flatter
l’égo de son promoteur. Les barrages sont souvent considérés comme la vitrine
et le symbole de la puissance des Etats et de la domination des hommes sur la
nature. Malheureusement, ils sont souvent agrémentés d’investissements
démesurés et hâtifs, avec leur lot de corruption.
Pour plus d’information
Consultez l’article complet
de Entre Deux Eaux.
Suivez le voyage et la démarche de nos amis Emeline et Benjamin d’Entre Deux Eaux.




Commentaires
c'est vraiment bien expliqué tout est dit clairement