Et non, ce n’est malheureusement pas une blague de ce début de mois, le carburant E10 est maintenant disponible dans certaines stations services.

Avec ce carburant composé de 90 % d'essence sans plomb et de 10 % d'éthanol, la France espère réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 1 million de tonnes par an en 2010. En avance de six ans sur les objectifs européens en la matière, la France vise un taux d'incorporation d'éthanol et d'huiles végétales dans les carburants de 6,25 % en 2009, en valeur énergétique, et de 7 % en 2010.

Selon France Nature Environnement

En pleine semaine du développement durable, le sommet du greenwashing est atteint !

E10 : un carburant pas vert et à côté de ses pompes !
Malgré la multiplication des rapports (FAO, OCDE, Commission européenne..) sur les dangers des agrocarburants, la France a choisi de prendre de l’avance sur les objectifs européens en distribuant un carburant que l’Allemagne vient d’interdire.

Pour Sébastien Genest, président de FNE : « L’E 10 n’a rien de bio ! Les sénateurs viennent d’ailleurs d’inscrire dans la loi l’expression « agrocarburant » en lieu et place de « biocarburant ». Utiliser des plantes alimentaires pour remplir l’estomac des voitures, plutôt que celui des Hommes ne permet pas de répondre aux dérives de l’agriculture intensive et à la faim dans le monde… »

E 10 : un mauvais poisson d’avril
Arnaud Gossement, porte-parole de FNE ajoute : « En pleine semaine du développement durable, autoriser l’E10 un 1er avril relève d’une mauvaise blague. L’E 10 n’est bon ni pour la planète, ni pour le portefeuille. L’ E10 coûtera sans doute le même prix que le SP 95 actuel mais il en faudra davantage pour rouler autant… En réalité, l’E 10 est une offre inutile à une demande inexistante, le tout pour un résultat négatif ».

Le développement des agrocarburants pose un problème éthique majeur : un plein de 4x4, c’est 250 kg de céréales, soit la ration d’un homme pendant un an.
France Nature Environnement rappelle que plus de 850 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim.


La betterave, une culture gourmande

Ce que lui reprochent les défenseurs de l'environnement? L'agriculture intensive, gourmande en engrais et pesticides, à l'origine de l'éthanol et les fortes quantités d'eau et d'énergie nécessaires à la fabrication et au transport de cet alcool issu de la betterave ou des céréales. «Pour une tonne de pétrole économisée, les agrocarburants en consomment au moins autant pour être produits», estime Sébastien Godinot./// «L'impact pour l'environnement n'est même pas intéressant», renchérit Raphaël Claustres, du Comité de Liaisons Energies renouvelables (Cler). Ce réseau d'associations, d'entreprises et de collectivités locales milite pour limiter les agrocarburants à la distribution locale d'huiles végétales pures, nécessitant moins de transport et de transformation. Il propose en outre de promouvoir des carburants alternatifs tels que le biogaz (fermentation de matière organique) ou les biocarburants de 2e génération (fabriqués à partir des déchets végétaux de l'agriculture).///

Impact limité sur la réduction en CO2

La critique n'est pas nouvelle. Dans un rapport publié en juillet 2008, l'OCDE soulignait que les politiques de soutien aux biocarburants, très coûteuses, avaient un impact limité (de l'ordre de 1%) sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), le plan biocarburant français (qui comprend le biodiesel et les autres biocarburants) doit permettre à la France d'économiser 6 millions de tonnes en émissions de C02 en 2010, sur les 128 millions de tonnes que le transport routier émet chaque année.

Les pétroliers traînent les pieds

Face aux difficultés techniques de distribution de l'E10, de nombreuses compagnies traînent les pieds et le nouveau carburant pourrait mettre près d'un an avant de faire son apparition dans les pompes les plus reculées.
Dans ce concert de critiques, seuls les betteraviers applaudissent un «lancement très attendu» qui offre un nouveau débouché à leur secteur, handicapé par la suppression des subventions aux exportations de sucre. Les perspectives sont en effet prometteuses pour la filière bioéthanol française, qui emploie déjà de 3.500 à 5.000 personnes pour un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros. Selon ses calculs, la consommation d'éthanol pourrait être multipliée par dix dans l'UE d'ici à 2020.

Les différents carburants selon l’Union Française des Industries Pétrolières