Nucléaire : nos plages dangereuses ?
Par Gilles Héluin le vendredi 3 avril 2009, 06:51 - Nucléaire - Lien permanent
FECAMP
Deux associations de contrôle du nucléaire ont réalisé des prélèvements
sur nos rivages.
Ils sont contaminés à plus ou moins forte dose par les rejets des
centrales voisines.
L'impact de l'activité nucléaire à Fécamp est
indéniable.
C'est en tout cas le message que souhaitent faire passer Acro (Association pour
le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest) et Ecoref (Ecologie pour la
région de Fécamp). Depuis quatre ans, l'Acro effectue un suivi des 640 km du
littoral haut normand avec le concours des habitants et des associations
locales. Au Trou du chien, mardi dernier, ils étaient une poignée à prélever de
l'eau de mer, des algues et des patelles au pied de la falaise.
Aujourd'hui, c'est plus particulièrement la présence du tritium qui les
inquiète.
Cet isotope de l'hydrogène, radiocatif, est rejeté en grande quantité par les
centrales nucléaires et le centre de retraitement de la Hague. « Ici, à
Fécamp comme sur tout le littoral, le tritium, très soluble dans l'eau, est
présent cent fois plus de ce qu'il devrait l'être naturellement. En 2006, on
relevait 10,7 becquerels par litre d'eau alors que la moyenne est de 0,1 sans
la présence d'activité nucléaire proche. »
L'Acro demande que les instances officielles réévaluent les risques sur la
chaîne alimentaire et appréhende que le tritium, sous certaines formes non
étudiées, soit plus radiotoxique que la forme prise en compte actuellement.
« EDF a développé des méthodes d'évaluation contestables. Pour nous,
Paluel dépasse la limite réglementaire de 1 % tandis que Penly la dépasse de 2
%. »
Ce qui inquiète aujourd'hui l'Acro et Ecoref, c'est que le nouveau réacteur
de Penly va accuentuer la dose. « Le préfet a donné son feu vert à la
centrale pour rejeter 25 % de plus de tritium à partir de cette année. »
C'est donc pour alerter les pouvoirs publics et la population que l'Acro
réalise ces prélèvements, dont les résultats seront publiés dans six mois,
grâce au laboratoire indépendant de l'association. « C'est un contrôle
citoyen. Nous souhaitons impliquer les habitants, explique Yves Blondel,
vice-président d'Acro. Et donner une information indépendante, loin du discours
officiel. » Sans être anti-nucléaire, les militants estiment que la région
est « trop nucléarisée. La Haute-Normandie est la région qui accueille le
plus d'installations nucléaires. Si un accident survient, notre littoral serait
très vulnérable. »
Contamination.
Et d'ajouter : « Les rejets effectués dans l'eau par les centrales de
Paluel, Penly et même du centre de retraitement de la Hague arrivent jusqu'ici.
Ils sont dissous dans l'eau de mer et même de rivière et sont reconcentrés dans
la vie aquatique. » Les coquilles, poissons et toute la faune et la flore
marines sont donc contaminés à plus ou moins grande dose. Le sommes-nous, à
notre tour, si nous consommons les produits de la mer ?
Le sujet fait débat : « La communauté scientifique est divisée,
rappelle Yves Blondel. D'un côté, certains affirment que les doses sont trop
minimes pour avoir une incidence quelconque sur les hommes. De l'autre, des
chercheurs soutiennent que la côte normande subit les effets néfastes du
nucléaire. » Et Yves Blondel d'ajouter : « Grâce à notre action
de surveillance citoyenne, notre association a pu alerter sur les fortes
contaminations en tritium sur l'environnement. Nous faisons partie des
commissions locales et nationales d'informations et sommes en contact avec
chaque centrale. » Si certains médecins ont mis en avant le caractère
cancérigène de cet atome, les associations telles que Santé, sous-traitance,
ont encore du mal à le faire reconnaître.
Source : Paris-Normandie - 14 mars 2009 - Fabienne
Delaunoy
Pour plus d’information
Voir le site de l'association ACRO


