Le Grenelle des fréquences
Par Gilles Héluin le mercredi 8 avril 2009, 06:55 - Les produits dangereux - Lien permanent
Déjà reporté deux fois, le "Grenelle des fréquences", officiellement
appelé "table ronde radiofréquences, santé, environnement» devrait se tenir le
23 avril prochain.
Le gouvernement voudrait tenir compte d’un potentiel impact sanitaire des ondes, sans mécontenter les opérateurs de téléphonie mobile, ni les associations.
Bien que plusieurs décisions judiciaires récentes aient invoqué l’«angoisse
subie» par la population pour justifier le démantèlement des antennes-relais,
le délégué général d’Agir pour l’environnement, Stéphane Kerckhove, estime
qu’une augmentation du nombre d’antennes ne posera pas de problème
d’acceptabilité «tant que les seuils d’exposition mesurés sont réellement
inférieurs à 0,6 volt par mètre».
Cette valeur est celle considérée par les associations comme seule susceptible
d’écarter tout risque lié aux ondes électromagnétiques.
Le gouvernement n’a, semble-t-il pas de position officielle sur les
antennes-relais.
C’est sur ce sujet que le consensus sera le plus difficile à
atteindre.
Les pouvoirs publics n’ont pas fait preuve d’une grande diplomatie sur
ce sujet sensible pour les associations.
«(…) l’hypothèse d’un risque pour la santé pour les populations vivant à
proximité des antennes-relais de téléphonie mobile ne peut être retenue»,
indique la lettre de mission adressée le 26 février dernier par le Premier
ministre François Fillon à la ministre chargée de la santé Roselyne Bachelot,
pour organiser la table ronde. «Pourquoi nous inviter si la conclusion est
déjà écrite?», se demande Etienne Cendrier, porte-parole de l’association
Robin des toits, à l’origine de la récente décision de la cour d’appel de
Versailles.
Cette question, la plus médiatique, suscite un certain nombre de questions,
sanitaires bien sûr, mais aussi techniques et économiques. Les associations
–Agir pour l’environnement, Robin des toits et l’association Pour une
réglementation des implantations d’antenne-relais de téléphonie mobile
(Priartem)– lâcheront-elles du lest sur le seuil d’exposition maximal de 0,6
V/m? Il se situe actuellement entre 41 et 61 V/m selon la fréquence (3). Pour
l’ensemble des opérateurs, il est inatteignable, sauf à ce que le portable
devienne un «objet de luxe», selon un représentant de Bouygues Telecom.
L’Agence française des opérateurs mobiles (Afom) et les trois opérateurs (SFR,
Bouygues et Orange) affirment qu’aucune étude d’impact économique n’a été
réalisée en cas de baisse du seuil d’exposition. Le Meeddat n’en a pas non plus
à sa disposition, mais il ne voit dans ces positions prétendument
indéboulonnables que des postures médiatiques.
Les associations se rendront aux débats en brandissant le rapport BioInitiative, dont la version complète est parue en septembre 2007. Etabli par plusieurs scientifiques se revendiquant indépendants, il établit un risque sanitaire lié à l’exposition aux champs électromagnétiques. Opérateurs et pouvoirs publics n’y apportent que peu de crédit. Les associations ne font pas confiance aux avis sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur lesquels s’appuient plusieurs réglementations européennes relatives aux seuils d’exposition et que les pouvoirs publics ont l’air peu enclins à réviser.v
Quant aux opérateurs, ils comptent casser le mythe, selon eux, des seuils d’exposition très bas, notamment ceux du canton de Salzbourg (Autriche). Une étude réalisée en 2001 par l’Office fédéral suisse de la communication (Ofcom) avec la municipalité de Salzbourg montre que «la valeur limite de Salzbourg (1 milliwatt par mètre carré mW/m², soit 0,614 V/m, Ndlr) a été dépassée jusqu'à 40 fois sur huit des treize emplacements tirés au sort». Selon l’étude, une telle valeur ne peut être respectée en zone urbaine chez les personnes résidant près des antennes pour des raisons techniques et économiques.v
Source :
le journal de l'environnement



