Vers un crash alimentaire
Par Gilles Héluin le mardi 2 décembre 2008, 07:47 - Films et documentaires - Lien permanent
Il y a quelques jours je vous parlais des trois crises : Crise financière, alimentaire et climatique.
Ce mardi 2 décembre à 21h, ARTE diffuse un reportage en rapport avec l’une d’entre elles :
Vers un crash alimentaire

Conjuguées au dérèglement climatique, les logiques économiques
actuelles conduisent à brève échéance à une catastrophe alimentaire planétaire.
Est-il trop tard pour inverser la tendance ?
La récente flambée des prix agricoles a été un coup de semonce : jamais le
monde n’avait affronté une crise alimentaire d’une telle ampleur.
Mais comme le montre l’enquête d’Yves Billy et Richard Prost, les difficultés
ne font que commencer.
Les stocks mondiaux de céréales baissent depuis huit années consécutives et
n’assurent plus à la population mondiale qu’une avance de vingt jours
d’alimentation, bien en deçà du niveau officiel de sécurité fixé à soixante-dix
jours.
Aujourd’hui, rappellent-ils, 925 millions de personnes souffrent de la faim sur
la planète et leur nombre croît de plus en plus vite.
À la hausse du prix des matières premières, à la raréfaction de l’eau et des
surfaces arables et aux ravages causés par les dérèglements climatiques, se
sont ajoutés deux phénomènes récents : au moment même où la demande
chinoise en céréales s’accélérait brutalement, les biocarburants ont commencé à
redessiner la carte de l’agriculture mondiale.
Par exemple, la production américaine d’éthanol à base de maïs, qui engloutit
le tiers des récoltes du pays, devrait passer de 80 millions de tonnes en 2007
à 120 millions cette année.
Quant au productivisme agricole, qui en un demi-siècle a épuisé les sols et
pollué l’environnement, il a atteint ses limites.
Tout comme le dogme néolibéral, qui a poussé les pays du Sud à tout miser sur
des cultures d’exportation, mettant la survie des populations locales à la
merci des cours mondiaux. De plus en plus nombreuses, des voix s’élèvent pour
que ces logiques économiques soient remises à plat, même au sein du FMI et de
la Banque mondiale, afin de prendre en compte les besoins des différents pays,
y compris des plus pauvres.
Nourrir les hommes ou l’économie ? Les réalisateurs ont
enquêté en Europe, interrogé de nombreux spécialistes de l’agriculture et de
l’alimentation, parcouru les exploitations céréalières de l’Argentine et des
États-Unis, puis traversé une Chine en voie d’urbanisation accélérée. Pour
parvenir à nourrir sa population, celle-ci investit désormais à l’extérieur de
ses frontières, en Afrique, en Corée du Sud et, justement, en Argentine.
Avec l’exemple du maïs et du soja, deux cultures majoritairement livrées aux
OGM, que l’industrie, mais aussi l’élevage intensif, disputent à l’alimentation
humaine, ils nous permettent de comprendre très concrètement pourquoi la
demande agricole grimpe alors que l’offre baisse.
Une démonstration accablante, qui nous interroge : sommes-nous capables de
modifier le cours de cette catastrophe annoncée ?
Un extrait du film
Pour plus d’information
Consulter le site
Arte.tv.
Diffusion sur Arte : mardi, 2 décembre 2008 à 21:00
Ensuite, visble pendant 7 jours sur le site Arte.tv.
Rediffusion sur Arte le jeudi 11 décembre à 09H55
Mon avis après avoir vu le film
Au-delà du caractère un peu lourd, long de ce documentaire trop chargé en
chiffres, les différents mécanismes reliant les crises économique, climatique
et alimentaire et la constante de la mondialisation et de l’imposition du
modèle capitaliste et productiviste sont bien abordés.
Quelques éléments pris en note, exercice difficile vue le
nombre important de données fournies à une cadence record :
Pour produire 1 Kg de poulet il faut 4 Kg de céréales et donc 4 tonnes
d’eau.
Pour 1 Kg de porc, cela nécessite 6 tonnes d’eau.
En Afrique, l’élévation de température de 1°C entraine une baisse de 10% de
récolte de céréales (10 % de pas grand-chose).
La chine, après avoir pompé toute l’eau de son aquifère superficiel, pompe
maintenant dans l’aquifère profond non renouvelable et l’aura bientôt épuisé.
Ensuite le pays ne pourra plus produire et devra complètement approvisionner
ses ressources alimentaires de l’extérieur, créant un impact mondial
considérable.
Les petits paysans chinois ont une vie très difficile, ils quittent les
campagnes en grand nombre pour rejoindre la ville. L’urbanisation est
galopante. LA Chine perd 1 million d’ha de terres agricoles chaque
année.
Les classes moyennes chinoises consomment de plus en plus de viande dont la
consommation a doublé en 10 ans. La consommation de produits laitiers augmente
de 10 à 15% par an.
D’un élevage et agriculture extensifs actuels, la Chine s’oriente vers le
modèle intensif et productiviste et développe considérablement les
biotechnologies (OGM…).
Par ailleurs le pays loue des terres agricoles à l’extérieur du pays :
Cuba, Argentine…
L’Argentine a très fortement axé son économie sur l’exportation de denrées
agricoles. 50% de sa production de soja est exportées vers la Chine. En
Argentine aussi les petits paysans se paupérisent au profit des
multi-nationales. La déforestation progresse toujours et encore.
La demande mondiale en agrocarburants est une des causes du développement des productions agricoles aux dépends des besoins alimentaires. Les USA jouent un rôle important dans cette orientation pour le « biodiesel » et concourent à faire augmenter le prix mondial des céréales au dépend des pays pauvres.
25 milliards d’Euros permettraient à l’Afrique de retrouver son autonomie
alimentaire.
A comparer aux 1000 milliards d’Euros qui viennnet d’être mobilisés pour tenter
de gérer la crise économique mondiale.
Le film annonce en guise de conclusion :
3 milliards d’humains souffrent de malnutrition. 1 milliard est affamé, dont
50% de paysans.
L’ONU s’était engagée il y a 6 ans de réduire avant 2025 la proportion de la
population exposée à la faim. Celle-ci a presque doublé.
Le monde nourrit un bétail pléthorique et transforme l’alimentation en
carburant pour faire rouler ses voitures.
La crise financière s’ajoutant à la crise alimentaire et la faisant empirer,
celle-ci risque de changer de nom : le crash alimentaire que tout
semble annoncer.


