Un projet de centrale solaire en Camargue
Par Gilles Héluin le lundi 18 août 2008, 06:46 - Environnement - Lien permanent
EDF Energies Nouvelles, filiale d’EDF et producteur d’énergies renouvelables, étudie un projet de ferme photovoltaïque de 267 hectares dans les marais salants de Camargue.
Un avant-contrat a déjà été signé avec le groupe Salins (maison mère des
Salins du Midi) pour réaliser un parc solaire en Camargue. Une première phase
porterait sur 50 hectares avec la possibilité de monter à 267 hectares, ce qui
lui permettrait de produire 90 MW.
« Ce sera la ferme photovoltaïque la plus importante construite en France
», assure Jacques Balossier, directeur immobilier du groupe Salins. Celui-ci,
qui est le plus important propriétaire privé de Camargue avec un patrimoine
foncier de près de 15 000 hectares, est en train de se restructurer.
Un impact social
La direction des Salins du Midi a annoncé en 2007 la suppression de
73 postes sur 128 dans son exploitation de Salin-de-Giraud, en
Camargue.
Ce « projet de réorganisation » prévoit de réduire la production de
770 000 tonnes à 340 000 tonnes par an et de la cantonner à la fourniture de
sel de déneigement.
A l'origine de cette décision, la perte en 2006 d'un important contrat de
livraison de sel (300 000 tonnes) au groupe chimique Arkema.
« Cette source de revenu conséquente permettait de “subventionner”
l'activité à l'exportation de Salin-de-Giraud.
Au final, le sel sera produit en Tunisie par le même groupe, à un tarif de 9
euros moins cher par tonne. Mais là-bas, les salariés sont payés 120 euros/mois
parait-il.

© Valerie Farine
Des impacts environnementaux
Six mille hectares de marais salants vont bénéficier d'une gestion
environnementale, 2 000 sont en train d'être cédés au Conservatoire du littoral
et 2 000 font l'objet d'une réflexion sur leur destination future.
Selon le responsable foncier d'EDF énergies nouvelles, ce projet dépendait
notamment de l'accord des services de l'Etat concernés ainsi que de celui des
responsables du parc régional de Camargue, sur lequel est situé le village de
Salin-de-Giraud (commune d'Arles).
EDF énergies nouvelles va également consulter les organisations de protection
de l'environnement, les élus locaux et les habitants de Camargue, a-t-il
ajouté.
Un cabinet spécialisé va effectuer des études sur le site durant au moins un an
fin de déterminer l'impact sur la faune et la flore de cette centrale qui
pourrait être l'une des plus puissantes d'Europe.
Un impact probable sur les flamants roses
Il faut savoir que les salins de Salins de Giraud abritent la seule zone de
nidification du flamant rose en France.
L’année dernière, en 2007, il n’y a eu quasiment aucune naissance de
flamant.
J’y étais en vacances et en ai demandé la raison. Et bien c’est parce qu’il n’y
a pas eu de récolte de sel à cause de la grève des ouvriers des Salins qui
défendaient leur emploi.
Le flamant rose fait son nid sur une butte de terre qu’il érige dans les marais
salants. Le nid doit être entouré d’eau.
En 2007, l'étang du Fangassier (au cœur des salins) n'a pas pu être mis en eau comme chaque année vers la fin mars, à cause du conflit social. Les 10000 couples de flamants roses qui avaient l'habitude d'y nicher depuis une trentaine d'années, n'ont donc pas pu le faire." L'espèce, symbole dans tout le delta du Rhône, en a payé les pots cassés : quasiment aucun flamant n'a pu naître en 2007 en Camargue !
Quel impact du transport de l’énergie ?
Selon le directeur local d’EDF Energies Nouvelles, il faut que le réseau de
RTE, filiale d'EDF qui gère le transport de l'électricité en France, soit
capable d'évacuer les 90 MW que produirait cette ferme. « Au-delà des 15
MW produits sur la première tranche de 50 hectares, nous ne savons pas encore à
quelle condition RTE va nous accueillir ». L'investissement dépendra, in fine,
des surcoûts et des économies d'échelle obtenues. Quelles peuvent être les
lignes électriques nécessaires et leur impact sur les écosystèmes fragiles du
secteur ?
Un projet à suivre de près dans ce secteur sensible
Voici un nouvel exemple de la difficulté à concilier le développement des énergies alternatives « propres » avec la préservation de l’environnement. A suivre de très près, surtout dans ce secteur de la Camargue très convoité par les propriétaires terriens qui n’aiment pas le Parc Naturel, par EDF, par les inévitables promoteurs qui récupéreraient bien les terrains des Salins pour y construire, par la menace d’une réalisation routière d’envergure, et forcément par la menace de submersion liée au réchauffement climatique et à la montée des eaux…








