L’AQUIFÈRE GUARANI
Par Gilles Héluin le mercredi 23 juillet 2008, 07:17 - Films et documentaires - Lien permanent
Encore un documentaire très intéressant a été diffusé sur France 5 hier le 22 juillet 2008 :
D’une surface estimée à plus d’1,2 million de km2, soit deux fois la France, et d’une contenance d’au moins 55000 km3, l’aquifère Guarani est un trésor inestimable. Gigantesque réserve d’eau douce souterraine, il s’est formé il y a soixante-cinq millions d’années sous quatre nations sud-américaines : le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.
Découverte il y a trente ans et encore largement méconnue, l’immense source a permis le développement d’un grand nombre de villes-champignons. Ses puits, officiels ou clandestins, font également le bonheur des grands propriétaires terriens, qui y puisent à loisir pour irriguer leurs immenses champs de canne à sucre, utilisée pour la fabrication de biocarburants comme l’éthanol.
Pour leurs complexes industriels de cellulose ou de sodas, les multinationales ont également fait main basse sur ses eaux offertes gracieusement contre des emplois.
Mais de lourdes menaces pèsent aujourd’hui sur cette manne.
Les engrais et pesticides, déversés à outrance, ainsi que l’absence d’usines de traitement des eaux usées dans les zones urbaines risquent en effet, dans un avenir proche, de contaminer l’aquifère.
L’intensification du bétonnage empêchant, quant à elle, sa recharge naturelle par infiltration des eaux de pluie. Face aux périls, la riposte s’organise Mais la plus grande menace semble venir des Etats-Unis. Point de départ de l’enquête menée sur le continent sud-américain par Roberto Lugones : la zone franche de Ciudad del Este.
Située au Paraguay, à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, la petite ville est un vaste supermarché à ciel ouvert. Elle est aussi au cœur de tous les trafics. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, arguant que des réseaux terroristes islamistes bénéficieraient de soutien dans cette région dite des "trois frontières", les Etats-Unis y ont renforcé leur présence. Alimentant dès lors toutes les rumeurs : "Ils veulent s’approprier l’aquifère comme ils se sont approprié le pétrole en Irak", s’inquiète, comme beaucoup, un habitant. Des peurs floues, confortées néanmoins par les faits.
Ainsi, en 2006, le secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld a-t-il obtenu, en contrepartie d’un accroissement de l’aide humanitaire, l’immunité totale pour les forces d’intervention américaines déployées au Paraguay…
Un "projet Aquifère" a été mis sur pied par les quatre Etats concernés pour contrôler la ressource en eau et préparer son exploitation industrielle. La Banque mondiale et le FMI sont entrés en lice dans le projet, exigeant des appels d’offre internationaux et les confiant les études et recherches à des sociétés privées , écartant ainsi les universités locales. Le risque est grand que des informations soient cachées et que la privation soit engagée. En Amérique Latine, la banque mondiale et sa politique de privation sont rejetés par le peuple qui s’est déjà violement insurgé.
D’un bout à l’autre du continent sud-américain, Indiens, "paysans sans terre", ONG et organisations écologistes montent au créneau, bien résolus à ne laisser personne, et surtout pas le puissant voisin, faire main basse sur les eaux du réservoir.
En Uruguay, l’eau vient d’être inscrite dans la Constitution comme bien fondamental. Quant à savoir si cette mobilisation permettra aux réserves de bénéficier de manière raisonnée aux populations locales, rien n’est moins sûr. En tout cas, le temps presse. Selon les associations écologistes, le niveau de la source aurait déjà baissé de plusieurs dizaines de mètres…
''Durée : 52’"
"Auteur-réalisateur : Roberto Lugones"
"Production : France 5 / Mano A Mano"
"Année : 2008''
Mon avis
Comme je le disais au début, France 5 nous offre une fois encore un excellent documentaire. Je vous encourage à y consacrer une petite heure de votre temps.
Ici aussi, la banque mondiale, le FMI, les états et les sociétés
privées volent ou convoitent les richesses naturelles.
Tous s’entendent à merveille pour s’organiser au mépris de
l’environnement, de l’intérêt collectif et de l’avis des
populations.
La prise de conscience par les paysans « sans terre » représentatifs des populations « pauvres » (au sens de nos sociétés capitalistes) de la nécessité vitale de protéger l’aquifère et de le considérer comme un bien public inaliénable est remarquable. Leur engagement, leurs motivation et implication est à méditer quand, dans nos pays occidentaux, la majorité d’entre nous se préoccupe essentiellement de sa situation matérialiste.
Il est clair que l’eau, l’alimentation et les ressources naturelles
deviendront de plus en plus source de convoitises, de luttes, voire de
violences.
Peut-on rêver qu’un jour les états, les collectivités, les élus mettent
en place de véritables politiques de conservation et de gestion des ressources
en tant que biens inaliénables pour sauver l’humanité ?
Rediffusions sur France 5 :
Jeudi 31 Juillet – 14h43:
Dimanche 03 Août – 23h54:
Gratuitement en VOD jusqu’au 29 juillet ::
http://www.france5.fr/videos/index-fr.php?id=2736
Voir aussi ::
Le dossier
de Geneviève Marcotte (Université Laval, Quebec) présenté à dans le cadre
du Séminaire sur les grands enjeux de la coopération interaméricaine




