Dans le contexte actuel du renchérissement de l’énergie et de tendance à la relance de la construction de centrales nucléaires, cette énergie continue à nous être présentée comme « propre » par ses promoteurs.

De nombreuses organisations disent le contraire et quand ce sont des associations à but non lucratif, cela devrait tous nous interpeler. Évidemment beaucoup a été dit et écrit sur le nucléaire. Je ne vais pas ici revenir sur l’ensemble des arguments pour et contre.

J’ai envie de vous présenter quelques avis sur l’extraction du minerai d’uranium et en particulier sur son impact sur l’environnement et la santé des populations locales.

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Dans son numéro de juin 2008, Le monde diplomatique a publié un excellent article « Bataille pour l’uranium au Niger » écrit par Anna Bednik. Les informations qui suivent en sont issues.

Le Niger est le troisième exportateur mondial d’uranium. Sa production annuelle, évaluée à trois mille trois cents tonnes, représente 48 % de ses recettes d’exportation. Riche en uranium, le Niger est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde (cent soixante-quatorzième sur cent soixante-dix-sept sur l’échelle du développement humain) et doit régulièrement faire face à de graves crises alimentaires.

Le monde entier est intéressé par l’uranium du Niger

Pour augmenter les recettes minières du Niger, le président Mamadou Tandja diversifie les partenaires. Le monopole français de l’extraction de l’uranium au Niger est terminé. En novembre 2007, Sino-Uranium, filiale de l’entreprise publique chinoise China National Nuclear Corporation (CNNC) qui explore depuis 2006 l’importante concession de Tegguida, a obtenu le permis d’exploitation du gisement d’Azelik. De plus, des permis de recherche ont été attribués à une vingtaine de sociétés « juniors » canadiennes, australiennes, sud-africaines, indiennes et britanniques.

La rébellion touarègue

Le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), mouvement en rébellion depuis 2007 contre le pouvoir central opère dans la région d’Agadez, où opère le groupe nucléaire français Areva, jusqu’à la zone du lac Tchad. LE MNJ réclame le transfert de 50 % des recettes minières aux collectivités locales, l’embauche prioritaire des populations autochtones dans ce secteur d’activité, mais aussi l’arrêt de la « braderie » des permis d’exploitation de matières premières et la cessation des activités de recherche dans les zones d’élevage. Quelque quatre-vingt-cinq militaires ont déjà trouvé la mort dans la région.

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Une dure répression

En août 2007, l’état de « mise en garde » (une forme d’état d’exception) a été décrété dans la région d’Agadez. Depuis, des organisations de défense des droits de la personne font état d’arrestations et de détentions arbitraires (plus de cent), ainsi que d’exécutions sommaires de civils (près de soixante dix) perpétrées par les Forces Armées Nigériennes (FAN) en représailles aux attaques du MNJ. On évoque tortures, viols, pillages et massacres de troupeaux, souvent l’unique source de revenus des habitants de la région. Lors de leurs déplacements. les FAN utiliseraient également des civils comme « boucliers humains », notamment pour se protéger des mines.

Les populations sont spoliées

Les concessions minières sont accordées sur d’immenses surfaces, sans concertation avec la population. Au moins trois cent mille personnes sont concernées au Nord, principalement des Touaregs) dont les territoires ancestraux ont été concédés à des compagnies. Les habitants sont sommés d’évacuer les lieux. Les activités d’exploration conduites par Areva font fuir le bétail et rendent l’élevage impossible. Les occupations traditionnelles des populations - l’exploitation artisanale de sel, l’agriculture oasienne et surtout l’élevage transhumant - ainsi que le complexe équilibre qui les organise sont sérieusement menacés.

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Peu après le début de l’exploitation de la mine d’Arlit, lorsque la sécheresse a décimé plus de 75 % de leur cheptel (1973-1974), beaucoup de Touaregs ont pris le chemin de l’exil vers les grandes villes, mais aussi vers l’Algérie et la Libye. Près de vingt mille d’entre eux reviendront au pays à la fin des années 1980. Le Niger traverse alors une crise économique, et rien n’est mis en place pour absorber ce retour massif.

Des déchets radioactifs stockés à l’air libre

La mise en production des nouveaux sites, prévue vers 2010 et 2012 fait redoubler les craintes soulevées par le premier examen de la situation radiologique et sanitaire des deux cités minières existantes, Arlit et Akokan. Une étude a été conduite entre 2003 et 2005 à la demande de l’association locale Aghir In Man par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) et l’organisation non gouvernementale de juristes Sherpa.

Selon la Criirad, l’eau distribuée à la population (plus de mille habitants) présente des niveaux de radioactivité dépassant les normes de potabilité internationales.

Les déchets radioactifs sont stockés à l’air libre depuis plusieurs décennies.

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Les ferrailles sorties d’usine sont vendues sur les marchés, récupérées par la population et utilisées comme matériaux de construction ou ustensiles de cuisine.

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En mai 2007, la Criirad a signalé à la direction d’Areva et au Centre national de radioprotection du Niger la présence de « stériles » (résidus de l’extraction) dans le domaine public, ainsi que des niveaux de radiation gamma jusqu’à cent fois supérieurs la normale. En l’absence d’une véritable expertise scientifique, les risques pour la santé sont difficiles à évaluer sur le long terme. Cependant, le Sherpa souligne la multiplication des cas de maladies respiratoires et pulmonaires graves, qui auraient été systématiquement cachées aux patients par les deux hôpitaux construits et gérés par la Somaïr et la Cominak, les deux sociétés minières qui sont le deuxième employeur du pays après l’Etat.

Pour plus d’informations : Lisez l’article du Monde Diplomatique dans son numéro de juin 2008. Il a été reproduit par plusieurs sites : http://www.gitpa.org/Peuple%20GITPA%20500/GITPA%20flash%20500-4-16anna.pdf http://www.temoust.org/spip.php?article5613

Lisez aussi « Niger: L'uranium - bénédiction ou malédiction ? »

Lisez la note explicative CRIIRAD sur ce dossier.

Visionnez l'extrait du film "Nucléaire, une pollution durable" sur les conditions d'exploitation des mines d'uranium au Niger. Réalisation : Dominique Berger ; production et co-scénario : Paul Lannoye.

Partie 1 :

Partie 2 :

Et pour ne pas regarder que le même côté de la médaille, prenez connaissance de l’argumentaire d’AREVA :
http://niger.areva.com/scripts/niger_home/publigen/content/templates/Show.asp?P=60&L=FR

http://niger.areva.com/niger_home/liblocal/docs/AREVA%20au%20Niger%20janvier%202008.pdf