Les associations infiltrées par des multinationales
Par Gilles Héluin le lundi 30 juin 2008, 06:25 - Les associations - Lien permanent
Une affaire a été révélée mi-juin 2008 par la Télévision Suisse Romande (TSR) : l’association Suisse ATTAC a été infiltrée en 2003/2004 par une enquêtrice travaillant pour Sécuritas, pour le compte de Nestlé.
Sécuritas ne fait pas seulement de la surveillance d’événements et d’entreprises, sa branche «Investigation Servies » mène des actions de surveillance de personnes et d’enquête.
Pendant un an environ, l’enquêtrice de Sécuritas a, sous un faux nom, travaillé dans l’équipe de huit personnes de l’association ATTAC Suisse qui rédigeait un livre sur Nestlé.
Le 12 juin 2008, TSR a diffusé un très bon reportage sur cette affaire dans le cadre de son émission « Temps présent ». Vous pouvez le voir en cliquant sur l’image ci-dessous :
Un communiqué a été diffusé le 13 juin par Attac-Suisse, commentant les circonstances de l'affaire. Le même jour, les auteurs du livre ont déposé une plainte contre X, X pouvant appartenir soit au groupe Nestlé soit à Sécuritas.
Nestlé a démenti et d'après Libération elle indique qu'elle « ... ne commentait pas ses dispositifs de sécurité. » ; par contre Sécuritas ne confirme ni ne dément le contenu de l'émission de la TSR.
Pour moi, c’est donc clair et certain : Sécuritas a infiltré et espionné ATTAC Suisse pour le compte de Nestlé.
Mais c’est loi d’être un cas d’exception. Si vous avez vu que, selon la TSR, Greenpeace est l’association la plus infiltrée au monde. Ainsi, Greenpeace US a la preuve que ses poubelles ont été fouillées, ses numéros de serrure notés et ses locaux visités.
S’il semble nouveau que des entreprises privées aient ce genre de pratiques, les gouvernements les ont depuis longtemps. Vous vous souvenez certainement du dramatique de l’attentat contre le bateau de Greenpeace, le « Rainbow Warrior » coulé en juillet 1985 à Auckland en Nouvelle-Zélande avec l’intervention de deux agents de la DGSE française. L’opération a fait un mort, le photographe néerlandais, d'origine portugaise, Fernando Pereira.
Et les grandes associations ne sont pas les seules à être surveillées, je peux en témoigner.
En 1985, j’ai participé à la fondation d’une association avec un petit groupe de personnes qui travaillaient auparavant pour Greenpeace. Comme le monde est petit, ces personnes connaissaient bien Fernando Pereira pour avoir travaillé avec lui. Nous dinions un jour au domicile d’une des fondatrices de cette association quand un appel téléphonique des Renseignements Généraux lui demanda ce que nous étions en train de faire… Intimidation ?
Bien plus tard, dans le cadre d’une enquête publique sur la révision du Plan d’Occupation des Sols d’une toute petite commune de l’Essonne sur laquelle j’avais pas mal travaillé en tant que secrétaire d’une petite association environnementale, nous avons été contactés par un membre des services de police du département...
Les associations dérangent quand elles ont raison, qu’elles informent honnêtement le public de manière non violente et en toute légalité.
On ne peut pas qualifier ainsi certaines méthodes des pouvoirs publics et des sociétés privées dont font partie les multinationales.
Démocratie, où vas-tu ? Existes-tu encore ?
Les liens sur :
Le reportage TSR :
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=#bcid=591402;vid=9209403
Le site de l'entreprise Sécuritas : http://www.securitas.ch/
Le site de ATTAC Suisse : http://www.suisse.attac.org/fr
Un article en anglais sur l'infiltration des associations
environnementales :
http://www.motherjones.com/news/feature/2008/04/firm-spied-on-environmental-groups.html



