Interdiction de la pêche au thon rouge en Méditerranée
Par Gilles Héluin le mercredi 18 juin 2008, 00:27 - Environnement - Lien permanent
Une mesure salutaire…
La Commission européenne a publié un règlement d'urgence concernant l'interdiction de la pêche au thon rouge en Méditerranée à partir du 23 juin 2008. Le directeur général des affaires maritimes et de la pêche de la Commission Européenne estime que les quotas de thon rouge seront atteints à cette date, d'où cette interdiction précipitée.
…mais contestée par le ministre Barnier
Michel Barnier, Ministre français de l’Agriculture et de la Pêche, a immédiatement pris contact avec Joe BORG (directeur général des affaires maritimes et de la pêche de la Commission Européenne), en déplorant cette décision prise sans confrontation des éléments techniques et chiffrés de capture et en demandant l’organisation de toute urgence du Comité expert contrôle permettant d’apporter les éléments probants sur la consommation des quotas de thon rouge des navires senneurs des pays concernés.

Le thon rouge : une espèce très menacée
Le 27 novembre 2007, les ministres de la Pêche avaient adopté un plan de sauvetage d'une durée de 15 ans pour le thon rouge dans l'Atlantique Est et la Méditerranée. Michel Barnier rappelle également que le gouvernement français a déployé des mesures exceptionnelles par en matière de contrôle des pêches du thon rouge en Méditerranée.
La pêche illégale est aussi montrée du doigt comme une cause fondamentale du déclin de cette ressource. C’est pourquoi, Greenpeace demandent aux autorités de réagir concernant la multiplication des irrégularités dans la pratique de la pêche au thon rouge. « Depuis plusieurs années nous dénonçons le fait que cette pêcherie échappe à tout contrôle du fait de l’incurie de ses autorités de tutelle », déclare Stéphan Beaucher, responsable de la campagne Océans de Greenpeace France.
15 ans de pêche intensive industrielle ont amené cette ressource au bord de l’effondrement alors que le thon est exploité depuis 4 000 ans sur le pourtour du bassin méditerranéen, l’Union européenne autorisant des quotas quasiment deux fois supérieurs aux recommandations des scientifiques.
Greenpeace tire le signal d’alarme depuis longtemps
En juin 2006 Greenpeace demandait l’arrêt immédiat de la pêche au thon rouge en Méditerranée où l’espèce était au bord de l’extinction. En mai dernier 2006, un rapport publié par Greenpeace avait attiré l'attention du monde sur le problème de la disparition du thon rouge en Méditerranée. Le rapport démontrait notamment qu'en 2004 et 2005, les prises de thon se sont élevées à 45'000 tonnes, alors que la limite légale était de 32'000 tonnes. Les pêcheurs avaient admis que les quotas n'étaient pas respectés et qu'il n'existait aucun contrôle sur les pêcheries.
Les infos complètes sur : http://www.greenpeace.org/luxembourg/press/releases/la-p-che-au-thon-rouge-en-medi
En juin 2007 Greenpeace médiatisait la situation du thon en Méditerranée. Sa campagne de sensibilisation dénonce une pratique destructrice de la pêche. Pour les scientifiques, le seuil de renouvellement de l’espèce se situerait aux alentours des 15 000 tonnes par an. Le consensus adopté à Dubrovnik en 2006 permet malgré tout d’en pêcher près du double. Un chiffre qu’il faut encore multiplier par deux pour obtenir le total effectif des prises.
Chaque année, les prises s’amenuisent. Les pêcheurs traditionnels ont vu leurs captures réduites de 80 % en trois ans. Pendant ce temps, les nouvelles méthodes de pêche à la senne tournante (du nom du filet) fonctionnent à plein régime. Une vraie mine d’or. Il suffit d’ailleurs de regarder l’horizon pour voir que les chasseurs de thon rouge ne manquent pas. Rien que dans cette zone on compte près de 200 thoniers senneurs.
L’ONG s’apprêtait à lancer une action contre trois bateaux italiens qui avaient été guidés dans leur pêche miraculeuse par quatre avions «spotters» américains. Or, depuis le 13 juin 2007, cette pratique est interdite par l’Union européenne. «Ce sont trois navires enregistrés à Catane, Trapani et Salerne, explique François, le responsable de campagne. S’ils transfèrent leur cargaison sur un bateau surgélateur, c’est formellement interdit et nous tentons d’intervenir. S’ils la placent dans des cages pour les transporter jusqu’aux fermes d’engraissement, nous ne bougeons pas. Cela reste légal jusqu’à fin juin.»
Les infos complètes sur : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/261389.FR.php
En octobre 2007 Greenpeace demandait que l'ICCAT (commission internationale qui gère le thon en atlantique et méditerranée) suspende la pêcherie pour une durée non déterminée. Depuis 2006, Greenpeace sillonne les zones de pêches en Méditerranée afin de documenter des infractions comme des transbordements illégaux et des recours à des avions de repérage des bancs de thons pratiqués par certains bateaux européens, asiatiques et nord-africains. C'est la première fois que l'organisation écologiste demande sur la pêcherie du thon rouge un tel moratoire.
Les Etats membres de l'Union européenne, ont déclaré plus de 20 000 tonnes de captures, soit un dépassement de 20% de leur quota légal. Au total, ils ont péché selon toute vraisemblance plus de 30 000 tonnes de thon rouge, le double de leur quota. Le niveau non soutenable des captures réelles ces dernières années (environ 50 000 tonnes/an pour un quota de 32 000 tonnes) a mené le stock au bord de l'effondrement.
La fermeture est une mesure d'urgence. Cependant, pour prétendre reprendre la pêcherie sur des bases saines et durables, d'autres mesures seront nécessaires notamment la mise en place de sanctuaires pour la reproduction, l'instauration de tailles minimales de capture correspondant à la réalité biologique de l'espèce, la révision à la baisse de la capacité des fermes d'engraissement ainsi qu'une lutte efficace contre la pêche pirate.
Les infos complètes sur : http://www.greenpeace.org/france/news/20071026-greenpeace-demande-que-l-iccat-suspende-la-pecherie
En juin 2008 Greenpeace prend acte de l’annonce de la décision de la Commission européenne de fermer de manière anticipée la pêche du thon rouge à la senne en Méditerranée du fait du risque de dépassement des quotas.
L’organisation rappelle cependant que les quotas alloués par l’Union européenne ces dernières années demeurent beaucoup trop élevés eu égard à l’état dramatique de la ressource halieutique et ne suivent jamais les préconisations radicalement à la baisse des scientifiques.
La fermeture anticipée de la pêche annoncée ne doit pas être interprétée seulement comme la fin de la saison mais comme une première étape d’un processus plus étendu et qui doit nécessairement conduire à une réduction drastique des quotas. En novembre prochain, l’ICCAT (Commission Internationale de Conservations des Thonidés de l’Atlantique) devra ainsi décider des révisions qu’elle apporte à son plan de sauvetage sur 15 ans mis en place en 2006.
Les infos complètes sur : http://www.greenpeace.org/france/news/fermeture-de-la-p-che-au-thon

Il ne faut pas se voiler la face
Greenpeace n’est pas seule à dénoncer la situation du thon rouge en
Méditerranée, le WWF aussi depuis longtemps communique et informe sur le
sujet.
La situation est claire :
Les cotas de prise sont trop importants et en plus ne sont pas
respectés et de beaucoup.
La pêche illégale est clairement en cause mais il semble aussi que les
prises ne soient pas toujours correctement déclarées.
La réaction française contestant la décision européenne de stopper la campagne de pêche de manière anticipée n’aurait-elle pas pour objectif de calmer les pêcheurs qui, pour une catégorie d’entre eux, sont déjà mis à mal par le prix du carburant ?
Le 17 juin 2008, 300 pêcheurs italiens et français manifestaient devant la représentation de l'Union Européenne à Malte. Je suis d'accord sur le fait que les pêcheurs honnêtes ne doivent pas payer pour les fraudeurs. Mais les cotas sont trop importants. Beaucoup le disent.
Il ne faut pas se voiler la face, lorsqu’il n’y aura plus de poisson, lorsqu’il n’y aura plus de pétrole, il n’y aura plus de pêcheurs.


