Mettons en panne les agrocarburants
Par Gilles Héluin le vendredi 6 juin 2008, 07:05 - Agrocarburants - Lien permanent
Les objectifs européens
L’Europe s’est fixé un objectif d'incorporation de 10% d’agrocarburants dans les réservoirs à l'horizon 2020.
Les objectifs français
Le plan français vise à ce que 7 % du carburant consommé dans l'Hexagone en 2010 provienne des agrocarburants.
Les agrocarburants sont de plus en plus souvent mis en cause
Depuis longtemps les associations environnementales dénoncent la menace que fait peser les agrocarburants sur l’environnement.
France Nature Environnement notamment, dans une lettre adressée à Nicolas
Sarkozy :
Il est temps de reconnaître que les agrocarburants sont une impasse
énergétique, environnementale, et alimentaire :
- Leur bilan écologique est médiocre, voire désastreux : réductions des
émissions de gaz à effet de serre insuffisantes, déforestation dans les pays en
développement, pratiques agricoles intensives, pression sur les ressources en
eau …
- Leur concurrence avec la fonction nourricière de l’agriculture est
injustifiable
- Ils ne constituent qu’un appoint marginal à notre dépendance
énergétique
Le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, a demandé le 22 mai 2008, devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le gel des investissements et des subventions en faveur de la production d'agrocarburants. Une telle décision enverrait "un signal fort" aux marchés et freinerait la spéculation sur les denrées alimentaires, a fait valoir Olivier de Schutter devant le Conseil, réuni en session extraordinaire à Genève pour traiter des conséquences sur les droits de l'homme de la crise alimentaire mondiale.
Olivier de Schutter a succédé au début du mois au précédent rapporteur sur le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié la politique en faveur des biocarburants de "crime contre l'humanité". Le nouveau rapporteur a lui aussi estimé que les biocarburants sont "un facteur de poids" contribuant à la hausse des prix des aliments en occupant des terres arables qui pourraient être consacrées à des cultures vivrières. Cent millions d'hectares seraient nécessaires pour produire 5% des carburants en 2015, et cela "est tout simplement insupportable", a-t-il déclaré. Il a qualifié d'"irréalistes" les objectifs des Etats Unis de 36 milliards de gallons (136 milliards de litres) de biocarburants pour 2022, et de l'Union européenne de 10% de biocarburants pour les transports en 2020.
Que va faire l’Allemagne ?
Le ministre de l'Environnement de l'Allemagne, Sigmar Gabriel a annoncé le 4 avril que le gouvernement abandonnait son projet baptisé E 10 qui prévoyait d'introduire 10 % d'éthanol d'ici 2009 dans l'essence des véhicules, étape intermédiaire pour atteindre 20 % en 2020.
La France tergiverse
En France, selon une dépêche AFP, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, a annoncé le 22 avril 2008 à Rome, en marge du Forum international de l'énergie, qui a réuni des pays producteurs et consommateurs de pétrole, que la France voulait faire une « pause » dans les agrocarburants de première génération, fabriqués à partir de plantes vivrières.
Le ministre a précisé qu'il souhaitait que l'on amplifie la recherche sur la deuxième génération, pour que ces biocarburants ne soient en aucun cas en concurrence avec des sites alimentaires.
La position de la France est claire : cap sur la deuxième génération de biocarburants et pause sur de nouvelles capacités de production d'origine agricole, a déclaré le ministre français. Les investissements déjà lancés pour produire des biocarburants de 1ère génération seront toutefois honorés, a-t-il précisé.
Mais le lendemain, le secrétaire d'Etat chargé des Transports, Dominique Bussereau, modère la déclaration du Ministre de l'écologie : il ne faut pas interrompre le mouvement qui est en cours sur les biocarburants. Il faut continuer l'action pour les agrocarburants, mais sans engager d'usine nouvelle en France, précise-t-il sur RMC et BFM TV tout en rappelant qu'une vingtaine d'usines de production étaient déjà prévues en France.
Et la suite ?
La fermeté affichée à Paris risque de se heurter aux doutes des autres Européens. Les mois qui viennent pourraient bien se résumer à des batailles d'experts encouragées par les gouvernements et les organismes internationaux. Un affrontement qui opposera d'un côté les puissances agricoles - Etats-Unis, Brésil, France - et de l'autre, les champions de l'environnement qui remettent en cause le bien-fondé des biocarburants.
Un exemple, au sommet de la FAO le 3 juin 2008 à Rome, la mise en accusation des biocarburants fait bondir le président brésilien. "Je suis scandalisé de voir l'énergie propre issue des biocarburants pointée du doigt, un doigt souillé de pétrole et de charbon", a déclaré au sommet Luiz Inacio Lula da Silva. Et il a présenté "l'intolérable protectionnisme" des pays riches comme la cause principale de la montée des prix alimentaires.
Nous suivrons le positionnement de la France dans le cadre de la présidence de l’Union Européenne qu’elle assumera de juillet à décembre 2008…
Donnez votre avis
En attendant vous pouvez donner votre position dans le sondage électronique organisé par le président de la Commission européenne sur l'objectif de 10% d'agrocarburants obligatoires dans les carburants automobiles.
Voici le lien : http://ec.europa.eu/commission_barroso/president/focus/cap/index_en.htm
C'est à droite dans le carré intitulé "E -poll", vous cliquez sur NO si vous êtes contre cet objectif. Le 4 juin, 88,8 % des 49118 avis étaient CONTRE.

Nos dirigeants suivront-ils cette voie de la raison ?



