Pour la première fois depuis 18 ans, les émissions anthropiques de
CO2 n’ont pas progressé en 2009. En cause : la crise et les pays
émergents.

L’année passée, les émissions de gaz carbonique anthropiques ont stagné. En
2009, ces rejets « humains » ont atteint 31,1 milliards de tonnes de
CO2 : un tout petit peu moins (- 300 millions de tonnes équivalent CO2)
que l’année précédente. Au regard des tonnages en jeu, cela peut paraître
insignifiant, mais c’est une première depuis 1992 ! Ces 6 dernières
années, les rejets carbonés mondiaux affichaient plutôt une croissance moyenne
de 3,5 % l’an. Ce n’est plus le cas.
D’après une étude mise en ligne, mercredi 1er juillet, par l’agence
néerlandaise d’évaluation de l’environnement (PBL, selon l’acronyme
néerlandais), les rejets des pays de l’OCDE ont chuté, l’an passé, de 7
%. Ce qui représente une économie d’émission de 800 Mtéq.CO2 par
rapport à 2008 : l’équivalent de 18 mois de rejets français. En Europe et
aux Etats-Unis, les rejets industriels ont dégringolé de 11 %. Au Japon et en
Russie, ce sont les émissions nationales (industries, transports et habitat)
qui ont reculé de 11 %.
Largement imputable à la récession économique (les grosses
industries émettrices, comme le ciment, la sidérurgie, la chimie, le raffinage
ou l’électricité ; ont tourné au ralenti), cette bonne performance
climatique a malheureusement été « compensée » par la croissance des
émissions des pays émergents. La crise a, en effet, principalement
affecté les pays les plus industrialisés. Les anciens pays en développement ont
à peine vu ralentir leur croissance économique et les rejets carbonés qui vont
avec.
En 2009, la Chine a conforté sa place de premier émetteur mondial de gaz à
effet de serre (GES) avec 8,1 milliards Mtéq.CO2 rejetées, en progression de 9
% (+ 600 Mtéq.CO2) en un an. Avec 1,7 milliard Mtéq.CO2, l’Inde voit son
empreinte carbone s’alourdir de 6 % (+ 100 Mtéq.CO2). Ce qui a pour conséquence
immédiate de rétrograder la Russie à la 6e place mondiale des plus gros
émetteurs.
Ces évolutions auront des conséquences et pas seulement environnementales.
Politiques, tout d’abord. Si l’on s’en tient aux seules émissions nationales
(sans prendre en compte, donc, les émissions imputables aux productions
exportées), 53 % des rejets mondiaux de dioxyde de carbone sont le fait de
l’activité des pays émergents, contre 44 % pour les pays les plus riches et 3 %
pour l’aviation civile. Cette évolution met un peu à mal l’argumentaire
préféré des diplomates des pays en développement dans les négociations
climatiques, à savoir le changement climatique est le fait des émissions des
pays les plus industrialisés. Historiquement, c’est incontestable ! Mais
cela ne le sera plus très longtemps. D’autant que les émissions per
capita tendent, elles aussi, à converger. Depuis 1990, les rejets de CO2 de
chaque Chinois sont passés de 2,2 tonnes par an (t/an) à 6,1 t/an. L’an passé,
un Européen a émis en moyenne 7,9 t/an, contre 9,1 t/an, 20 ans plus
tôt.
Économiquement, le dévissage carbonique des pays riches n’est pas forcément
une bonne nouvelle. Du moins dans l’économie carbone. En effet, en incluant les
6 GES régulés par le protocole de Kyoto, les pays de l’annexe 1 (ceux qui
doivent maîtriser leurs émissions d’ici 2012) ont vu leurs émissions diminuer
d’environ 10 % entre 1990 et 2009. Les besoins en crédits carbone
internationaux (Urce) ou en quotas européens devraient donc diminuer. Ce manque
d’appétence devrait faire baisser les prix du carbone, réduisant d’autant la
rentabilité des projets mis en place dans le cadre du mécanisme de
développement propre (MDP) ou de la mise en œuvre conjointe (MOC).
A moins, bien sûr, que la reprise économique ne soit aussi au rendez-vous
pour les pays du Nord. Auquel cas, leurs émissions repartiront à la hausse.
Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.
Source :
Journal de l'Environnement