

85 dossiers rédigés par des experts :
Les grandes tendances environnementales, sociétales et économiques
Les chiffres-clés du secteur
Les perspectives pour les entreprises
Les enjeux pour le citoyen
Auteur(s) : Gilles Pennequin , Antoine-Tristan Mocilnikar
Editions Eyrolles
Un pavé de 450 pages rédigées par une cohorte d'experts.
Une Centaine que l'on nous dit impliqués et reconnus.
Reconnus sans doute, mais par qui ?
Probablement par leurs pairs !
Car il s'agit de personnes bien en place dans les milieux politique (Fadela
Amara, Eric Besson, Brice Lalonde, Patrice Hernu, Thierry Mariani, Bruno Le
Maire...) grandes institutions ou entreprises.
Aucun vrai contradicteur, pas de contre pouvoir, rien qui ne sème le trouble
dans le discours policé du développement durable (DD) et du Grenelle de
l'environnement.
Amateurs de titres (ministre, directeur, conseiller, spécialiste...), vous
serez servis car nous avons là le gratin, les people du DD.
La préface par Nathalie Kosiusko Moriset (NKM) et Yann Arthus-Bertrand (YAB)
donne le ton. "Nous voici fin prêts pour passer à la vitesse supérieure dans la
mise en œuvre concrète du Grenelle ! (NKM)" Le développement durable et
désirable est véritablement à notre porte. (YAB).
Ouf, sauvés !
La forme est pesante mais le style et le contenu aussi. Il m'est arrivé de
ne rien comprendre. Serait-ce un livre réservé aux membres du club de
l'oligarchie ?
Heureusement ca ne dure pas bien longtemps car l'ouvrage est composé de
dossiers qui ne font que quelques pages. Chaque dossier est rédigé par un
auteur différent. Les dossiers sont rassemblés en chapitres traitant d'un
thème. Sans structuration particulière, ils apportent un éclairage plus ou
moins pertinent au sujet traité.
Souvent les auteurs se font visiblement plaisir à manier les tournures de
phrase, ce sont des professionnels, au moins de la communication. Pour certains
dossiers cela va jusqu'à donner un article creux, sans aucune valeur
ajoutée.
Évidemment, dans le lot on apprend quand même des choses. Au détour de
quelques pages peut venir la bonne surprise de positions valables, de bonnes
idées et de propositions concrètes. C'est malheureusement trop rare et il faut
souvent résister à refermer le tout et à s'alléger du triste pavé !
Quelquefois c'est la consternation face à certaines affirmations ou
propositions. Je vous rassure, je m'attendais à tout cela au vu de la
présentation de l'ouvrage. Je m'y suis mis quand même et ai presque tout lu. En
diagonale pour certaines parties...
Non. Je ne vais pas vous proposer un résumé complet de l'ouvrage, jusque mes
commentaires sur quelques dossiers couvrant tout le panel de mes réactions,
allant de la consternation jusqu'à l'approbation, en passant pas l'indifférence
ou un certain énervement.
Consternation
Le livre, dans son ensemble, perpétue l'imposture du DD et fait silence sur le
concept du développement soutenable. Lorsque je lis "durable" de la plume de
nombre de ces auteurs, je ne peux m'empêcher de penser que pour eux, c'est le
capitalisme, le profit, le pouvoir qu'ils veulent voir durer. Je dois
reconnaitre toutefois que quelques auteurs emploient le terme "soutenable" dont
Brice Lalonde (hé oui, surprise).
Bettina Laville cite Bernard Stiegler : "Le modèle industriel
consumériste est mort, nous vivons en cela une révolution ..." Ca je voudrais
bien, mais concrètement le voit-on ? Non ! Des mots !
Chapitre 1, le climat : si l'on entrevoit des conséquences
dramatiques au dérèglement climatique, on ne voit par contre aucune piste de
solution.
Le dilemme, les pouvoirs publics doivent-ils laisser le marché concurrentiel
gérer la raréfaction des énergies fossiles et en faire grimper les prix, ce qui
aurait tendance à agir en faveur des utilisateurs "performants" ou au contraire
veut-on prévenir le réchauffement climatique, auquel cas les pouvoirs publics
doivent empêcher l'usage des énergies fossiles même à prix fort. Là encore les
altTernatives sont présentées sans orientation sur le meilleur choix.
Il faut que je me calme ! Nous ne sommes qu'au début du livre, les
solutions viennent-elles après ? Espérons...
Chapitre 2, B.Rogeaux, de EDF, évoque un développement rapide des
énergies renouvelables et... du nucléaire bien sur !
Dossier 14, l'alimentation
Des solutions inacceptables comme l'intensification agricole, le développement
de l'innovation technologique.
Pas un mot sur le catastrophique développement des agrocarburants et sur
l'accaparement des terres mondiales qui enrichissent les plus riches au
détriment des pauvres, affaiblissant en particulier leur accès aux ressources
alimentaires dont le prix est lui même augmenté en conséquence notamment de ces
pratiques !
Dossier 26, une apologie de la stratégie nationale française pour
la biodiversité. Bien inutile au vu du fiasco de l'année 2010 "de la
biodiversité" qui a lamentablement échoué à l'enrayer. Une belle stratégie de
fait !
Dossier 48, une ville souhaitable, soutenable et... désirable.
"Enjeu majeur pour le plaisir urbain, la campagne en ville est nécessaire pour
éviter la fuite des citadins en périphérie..." La campagne en ville, n'importe
quoi vu la politique de densification qui est prônée, y compris par des
écologistes ! Depuis 30 ans de densification, je ne vois la qualité de vie
en ville que se dégrader. S'il y a une recette miracle, nos technocrates
devraient l'apprendre !
Dossier 52, J.N.Debroise, président de Génération écologie et
directeur général d Alsthom Transport : "les agrocarburants constituent
une autre option à l'électrique, pour les transpor...
intéressante à suivre..."
Dossier 54, nous apprenons que Jean-Louis Borloo a initié une
démarche particulière : "aller sur le terrain chercher des idées, des
orientations, des contributions"
Ha, tout ne se fait pas dans les réunions du Grenelle de l'environnement ?
Une bonne idée que de tenir compte du terrain et de le faire contribuer à la
recherche d'idées, il fallait y penser !
Dossier 79, la carte pour l'environnement. Un système fumeux et
complexe qui, une fois encore est basé sur l'action du consommateur. Un système
dont n'aurait que faire la grande majorité des gens se débattant dans des
difficultés économiques aggravées par l'accroissement des inégalités
sociales.
Entre indifférence et énervement
Bettina Laville liste deux ébauches de réponse à la crise :
- la décroissance, sobriété...
- la régulation douce, le laisser faire du marché.
Pas mal mais le soufflé retombe vite car elle se garde bien de prendre parti
entre les deux !
B.Rogeaux, de EDF, indique une solution aux enjeux énergétiques :
l'acceptation d'une sobriété partagée, dont il pose la question de la
difficulté d'une telle option dans les pays riches. La France devrait réduire
de moitié sa consommation énergétique. Pour le coup l'objectif est clair, mais
ce n'est pas ce livre qui donnera les moyens pour atteindre ce niveau de
consommation soutenable (si si, c'est écrit !).
Chapitre 3 : l'eau. Un constat clair sur l'impact sur la biodiversité,
les écosystèmes, les risques de conflits, le changement climatique. Seules
pistes concrètes : en finir avec le principe d'une offre en eau toujours
croissante, économiser l'eau,, engager une conversion des activités les plus
consommatrices (donc de l'agriculture qui représente de 64 à 82% de la demande
en eaux dans les pays méditerranéens) et réaliser des ouvrages de stockage (là
NON !).
Chapitre 4, la ville. Fadela Amara livre là un article totalement
creux. Quoi d'étonnant ?
Dossier 58, les TIC sont-elles compatibles avec le DD. De bonnes
pistes : optimiser les processus de fabrication, recycler, augmenter la
duré" de vie des produits. Oui mais il faut absolument en finir avec la course
en avant du toujours plus, nouveau, de l'incitation faite au consommateur à
remplacer son matériel en état mais rendu obsolète par les nouveautés, en finir
avec les faux besoins ! Ça, le dossier n'en parle pas, évidemment, il faut
une consommation durable !
Un dossier 80 sur les produits bios qui est minable et restrictif. Bien dans
le ton du DD. La bio c'est bien !
Ha, le dossier ne pose pas la question du bio intensif qui peut lui aussi
porter atteinte à l'environnement et être produit dans des conditions
socialement inacceptables.
Approbation
Il faut arriver au chapitre 5 pour enfin apprécier la démocratie à l'œuvre dans
la ville de Loos-en-Gohelle. Le maire, par ailleurs président du groupe EELV au
conseil régional Nord-Pas-de-Calais a l'intelligence de préciser qu'il s'agit
en fait d'une participation habitante et non pas d'une démocratie directe. Une
municipalité qui vérifie que les projets correspondent à un besoin réel des
habitant ! Bien !
Un bon dossier 21 : l'homme malade de son environnement. Peu
détaillé et court, mais le message est bon : 25% des décès dans les pays
en développement sont attribuables à des causes environnementales. Des études
démontrent que la recrudescence de cancers ... seraient liés à une exposition à
des substances chimiques...
Dossier 24, Bertrand Hervieu nous livre un intéressant historique
de l'agriculture qui, étant passée de paysanne à industrielle a bien contribué
à rendre inconciliables développement et durabilité en agriculture.
Dossier 39, état et développement durable : un couple mal
assorti. L'illusion d'une approche à petits pas. "Nous avançons au pas dans la
bonne direction, mais à l'intérieur d'un train qui roule dix fois plus vite, et
en sens inverse." Dans la bonne direction ? Pas toujours, loin sans faut
!
Dossier 63, acheter le service plutôt que le bien, et fabriquer
des objets durables.
Mon avis
C'est la consternation qui l'emporte.
Ce livre est globalement une longue liste de principes politiques, d'organismes
et organisations internationaux, nationaux ou locaux, de dispositifs bien
étudiés pour ne pas remettre en cause les fondements de la société de
consommation.
Peu de solutions concrètes pour aller vers un monde durable, absence de la
société civile, l'oligarchie à l'œuvre quoi !
Le développement durable, ou comment presser le citron jusqu'au bout en
verdissant un peu le "pressoir".
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