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lundi 17 juillet 2017

Tout s'accélère


Auteur : Gilles Vernet
Editeur : Eyrolles
EAN13 : 9782212563740

Toujours plus vite pour maintenir la croissance. Ce leitmotiv nous est imposé comme un incontournable et nombre d'entre nous semblent ne pouvoir s'y soustraire.
Après avoir réalisé le film"Tout s'accélère", Gilles Vernet prend la plume et nous présente le livre éponyme. Il nous y détaille les mécanismes de cette machine infernale.
Regarder les choses en face et prendre conscience de ce qui dépend de nous et de ce sur quoi nous ne pouvons rien, telle est la première étape. Il est capital de comprendre l'extrême urgence de la situation et de l'aspect destructeur de la croissance matérielle mondiale et exponentielle. Les quelques redondances dans l'ouvrage reviennent sur les fondements du problème et ses différents aspects : l'accélération induite par les techniques et par la volonté du système productiviste.

Des paroles d'enfants et d'experts émaillent les pages et montrent que bien souvent les premiers égalent les seconds. Instructeur après avoir abandonnée sa vie trépidante de trader, Gilles Vernet connait bien les enfants qu'il avait placé au centre de son film.
Parmi les "experts" : Nicolas Hulot. Ha comme certaines de ses citations semblent fort éloignées de son positionnement actuel comme ministre. Déjà que j'étais loin d'être fan du personnage mais là...

Qu'ils soient petits ou grands, les écrans de nos téléphones, tablettes et autres ordinateurs nous aliènent. Ils nous poussent à être connectés en permanence. A toujours être "synchronisés".
Décrocher, déconnecter, se désynchroniser est fondamental, de même que de sortir de la compétition permanente qui nous pousse les uns contre les autres. La course à la richesse n'est bien évidemment pas la clé du bonheur, bien au contraire. La finance et la technologie, tel un couple infernal, nous poussent à nous "optimiser" et à toujours repousser nos limites. Dès lors, nous libérer est essentiel. Se libérer des machines et en particulier de l'addiction aux écrans.
Adrénaline et sensations fortes sont des drogues dont il nous faut nous désaccoutumer. Pas facile...
Ne pas se mentir à soi-même et accepter ses contradictions représentent un point de passage important sur le chemin de l'amélioration. Parmi les recommandations : être indulgent envers soi et les autres. Bienveillance recommandée !

La question posée par le sous-titre du livre, "comment faire du temps un allié", appelle des solutions concrètes, mises en œuvre dans l'action, mais aussi une réflexion qui touche à la philosophie. Notre rapport à la mort est questionné en tant que cause de notre stress et du besoin d'avoir une vie trépidante.
Au-delà de l'indispensable prise de conscience et des mécanismes destructeurs, l'intérêt du livre réside dans les moyens proposés pour en limiter l'impact sur notre vie et notre santé. Gilles Vernet nous lance une bouée de sauvetage : la méditation. Tout au long de l'ouvrage il nous propose des techniques simples et concrètes pour méditer, s'ancrer dans le présent et ralentir.
Si la pensée et la psychologie sont très sollicités dans les pratiques et les conseils d'André Vernet, le physique n'est pas oublié. Sommeil, alimentation, sexualité sont au menu, en pleine conscience bien sûr !
Se reconnecter au présent par la méditation, revenir à un mode de fonctionnement cyclique, retrouver du sens sont les fondamentaux proposés par Gilles Vernet. Ainsi il nous engage à faire le point sur nos valeurs, à réduire l'influence que notre égo exerce sur notre vie et nos comportements. Simplifier, décroître, se réapproprier les machines plutôt qu'elles ne nous dirigent, telles sont les clés principales pour un autre monde moins rapide.

Ce livre m’apparaît comme un bon guide de réflexion sur la manière par laquelle la société impact et dégrade notre vie. Peut-être ne nous y retrouverons-nous pas tous mais je ne doute pas qu'il est tout à fait adapté au monde de l' entreprise, de l'industrie et de a finance.
Les exercices de relaxation s'avèrent cohérents avec ceux des ouvrages spécialisés, notamment dans le domaine de la pleine conscience. Gilles Vernet en offre une application très concrète et les montre comme un excellent moyen d'améliorer sa qualité de vie dans un environnement rapide et stressant. A mettre en œuvre de toute urgence !

Pour lire quelques extraits

http://www.eyrolles.com/Chapitres/9782212563740/9782212563740.pdf

mercredi 22 mars 2017

J'arrête de surconsommer

Auteures : Marie Lefèvre, Herveline Verbeken
Editeur : Eyrolles
ISBN : 2212565917

Avec ce nouveau venu dans la collection "J'arrête de…" Eyrolles a confié à Marie Lefèvre et à Herveline d'élaborer un programme en 21 jours pour sauver la planète et notre compte en banque.

Marie et Herveline, chacune de son côté sur leurs blogs respectifs partageaient leurs pratiques pour une vie plus simple, plus naturelle, plus étique et moins couteuse. Elle se sont rencontrées par l'intermédiaire des réseaux sociaux et ont créé le groupe Facebook "Gestion budgétaire, entraide et minimalisme". Orienté par l'écologie, l'éthique et le minimalisme, ce groupe de gestion budgétaire a pour vocation d'aider à sortir de la surconsommation. Créé en octobre 2015, le groupe comptait déjà 17000 personnes début 2016. En un an 35000 membres l'avaient rejoint et ce sont plus de 50000 "licornes" qui s'y retrouvent maintenant au gré de leurs envies ! Nul doute que ce livre va donner une nouvelle dimension à la démarche de Marie et Herveline.

C'est à une véritable aventure et vers une transformation de notre quotidien que nos jeunes auteures nous entraînent. Si, à la base, l'objectif est que le plus grand nombre d'entre nous sache équilibrer son budget, il s'agit surtout, au travers de solutions concrètes, de progresser vers une vie plus simple, respectueuse de la planète et de ses habitants et surtout, surtout donner un nouveau souffle à notre vie dans la joie et la bonne humeur. Marie et Herveline sont écologistes. C'est évident. Pas des écologistes bobos ou de salon. Elles sont écologistes en orientant celles et ceux qui le souhaitent sur le chemin de la décroissance matérielle. Nous sommes bien ici dans l'action concrète qui vise à changer nos mauvaises habitudes de consommation. Chaque jour des trois semaines balisées par l'ouvrage nous engage à mettre en pratique les idées et principes exposés par le biais de missions simples à remplir au quotidien.

Un très court test, ludique et sans prétention scientifique fait ressortir notre type de consommateur. Sommes-nous autruche, acheteur compulsif, accumulateur ou défaitiste ? Les jours suivants proposent des axes de changement pour chacune des quatre catégories. A l'issue de la première semaine nous avons une meilleure idée de nous en tant que consommateur, de la norme sociale actuelle et des moyens d'en sortir. Marie et Herveline nous expliquent la méthode BISOU (ça fait envie, non ?) à mettre en pratique avant chaque achat.

La seconde semaine de ce parcours de 21 jours a pour but de nous prouver qu'une vie plus écologique et éthique est possible avec un petit budget et qu'elle nous fera même faire des économies significatives, voire conséquentes. Comment réduire les déchets que notre consommation génère ? Comment mieux nous alimenter en réduisant notre emprunte environnementale et en préservant notre santé ? Comment réduire notre consommation de produits d'hygiène et de cosmétiques ? Comment les réaliser nous-même ? Comment nous vêtir en en limitant les conséquences humaines et environnementales ? Comment nous y prendre avec nos enfants ? Que faire au niveau logement, loisirs et vacances ? Nous trouvons ici les conseils de base et les explications nécessaires à notre propre transition écologique et économique.

Nous avons maintenant une meilleure idée de notre profil de consommateur et avons à notre disposition des moyens concrets de changer au quotidien pour vivre de manière plus écologique et réduisant nos dépenses. Marie et Herveline ont bien compris que changer dans la durée n'est pas chose facile. Pour améliorer nos chances réussir un changement de vie durable, il est important de bien comprendre les bases, les mécanismes mis en œuvre et les conséquences de la surconsommation. C'est à cela qu'est dédiée la troisième semaine qui nous fait comprendre que notre consommation impacte l'environnement, les animaux humains et non humains (j'adore cette formule tirée du livre). La place centrale de la consommation dans notre société y est mise en évidence ainsi que les mécanismes marketing et bancaires qui nous manœuvrent. Comme pour chaque point abordé tout au long du livre, des moyens réaction nous sont proposés.
Le programme des deux derniers jours nous fait découvrir en quoi moins consommer se révèle être un acte citoyen et surtout que loin d'être dans la consommation, le bonheur se situe tout au contraire dans la simplicité matérielle.

Je reviens brièvement sur les missions proposées tout au long des 21 jours du parcours. Nous disposons de points de plusieurs types à coller pour chaque mission accomplie : économies, planète, éthique et bien-être. Une fois les trois semaines écoulées, il est temps de faire le bilan afin d'identifier les sujets où nous pouvons progresser, revenir ou engager si nous les avons laissés de côté. Je n'ai pas pratiqué mais cela semble ludique et utile bien que j'étais assez réservé sur ce point jusqu'à la fin de ma lecture où j'ai compris comment exploiter le principe.

Il y a longtemps que je n'avais pas autant pris plaisir à une lecture "écolo". Nous sommes ici aux antipodes du livre stressant qui nous dépeint le gouffre qui s'ouvre sous nos pieds et nous montre le mur vers lequel l'humanité fonce à grande vitesse. Marie et Herveline donnent envie de s'engager et de contribuer à changer le monde vers davantage de simplicité, d'entraide, de convivialité et de bonheur, en respectant la planète et ses habitants, le tout avec un budget réduit et maîtrisé. Leur livre démontre que c'est possible et leur succès sur les réseaux sociaux laisse penser qu'un mouvement d'ampleur est réalisable. Bravo !

Marie et Herveline s'adressent à nous dans un style direct, simple et enjoué. Pour avoir consulté leurs blogs et groupe Facebook, il est évident que leur personnalité compte pour beaucoup dans le succès de leur démarche. Loin des belles théories, elles nous font partager leur vécu, leur expérience et leurs difficultés. Le témoignage de Herveline au jour 21 est particulièrement touchant et poignant. Le livre contient de nombreux autres témoignages qui confirment la pertinence des conseils distillés tout au long de l'ouvrage. Issus de nombreux blogs, ces témoignages sont uniquement féminins. Les membres du groupe Facebook sont également en écrasante majorité des femmes. Pourquoi donc, nous les gars, sommes-nous si peu présents ici ? C'est un mystère pour moi…

Le livre est riche en conseils et explications, il apparaît difficile de tout mettre scrupuleusement et rapidement en œuvre. Le changement de vie peut être radical selon notre point de départ. Herveline et Marie nous libèrent de tout complexe à ce propos et précisent bien que chacun doit progresser à son rythme sans culpabiliser des écarts qui ne manqueront pas de survenir. Un livre étant un objet fini, il a forcément ses limites. Il se révèle cependant un excellent outil de sensibilisation et un bon guide pour orienter sa vie vers la simplicité volontaire. Les blogs et groupe Facebook seront des moyens privilégiés pour se faire accompagner.

Pour aller plus loin

Le blog de Marie : La salade à tout
Le blog de Herveline : Sortez de vos conapts
Le groupe Facebook : Gestion budgétaire, entraide et minimalisme

mercredi 8 mars 2017

Ce qui compte vraiment


Auteur : Fabrice Nicolino
Editeur : Les liens qui libèrent
ISBN : 979-10-209-0471-3

De prime abord, le nouveau livre de Fabrice Nicolino est engageant.
D'un aspect sobre, couverture blanche, titre bien planté en milieu de couverture. Rouges et noirs, quatre mots de taille décroissante, c'est percutant. Deux cent pages. La lecture s'annonce courte. L'ensemble laisse espérer simplicité, clarté et efficacité.
L'acheteur connaissant l'auteur se doute qu'il ne va pas être question de rigolade. Fabrice Nicolino, journaliste engagé n'y va jamais par quatre chemins et aborde de front les sujets fondamentaux pour la planète et la survie de l'humanité.
La quatrième de couverture et l'introduction résument le message : il est possible d'inverser le courant qui détruit le monde, l'espoir est permis, la lecture de ce livre va nous faire respirer l'air du large, nous présenter les pistes de solutions. On n'y perdra pas notre temps.
J'ai donc débuté la lecture enthousiaste d'autant que, me considérant écologiste, j'apprécie l'engagement et les écrits de Fabrice Nicolino, non sans réserves toutefois.
Un livre, cinq parties, cinq sujets pour lesquels le journaliste écrivain doit nous présenter ses idées pour sortir du ou des problèmes posés.

Et si les paysans et les grenouilles revenaient
Beau programme il est vrai pour ce premier thème dont la structure se retrouve dans les parties suivantes. Le tableau est tout d'abord dressé. En l'occurrence ici, la paysannerie meure et la biodiversité s'effondre. Tableau noir, très noir et ce sera le cas de tous les sujets suivants.
FNSEA, Hypermarchés, agrocarburants, gabegie de subventions, gagner 100 pour perdre plus. D'un style et des tournures travaillés Nicolino nous le dit, la crise en peut aller qu'en s'aggravant. La piste de sortie ? Se détourner des produits industriels et conclure un accord historique entre la société et les agriculteurs. Un accord en 10 articles privilégiant la vie à la mort par la chimie. Simple clair, net et essentiel.

Restaurer l'antique beauté du monde
Si le titre m'a laissé perplexe, la criticité du sujet ne fait aucun doute. Il est question ici de la dégradation des écosystèmes mondiaux et des impacts observés et prévisible sur l'humanité. Rien que cela ! Zoom sur le Nil, surexploité, maltraité, le fleuve meut. Il fait vivre 85 millions d'âmes et personne ne bronche. Le changement climatique, lui, submergerait des régions peuplées de 157 millions de pauvres. Imaginons les conséquences ! Non sans dénoncer la responsabilité de nos pays occidentaux, colonisateurs et exploiteurs sous couvert d'objectifs civilisateurs lorsqu'ils ne sont pas salvateurs, Nicolino invite à dépasser tout esprit de repentance et de culpabilité et propose un brin d'espoir. Un bien mince espoir illustré par quelques exemples ressemblant fort à une tête d'épingle, oasis dans un désert moribond. Tel couple qui fait revivre la ferme parentale en région forestière brésilienne. Tel amoureux des oiseaux réussit à préserver 22 hectares à Montreuil et à y faire revenir 120 espèces d'oiseaux. Telle ferme normande démontre que l'on peut faire des miracles en maraichage sur 1000 m2. Aux yeux de l'écrivain journaliste, ces cas très ponctuels démontrent que l'on peut restaurer et faire prospérer des espaces dégradés. Alors que le monde a su mobiliser et dépenser des milliers de milliards d'euros pour "sauver" le système financier lors de la crise de 2008, il serait concevable qu'une mobilisation mondiale des milliards d'êtres humains, pauvres pour la plupart, pour engager une gigantesque entreprise de restauration de l'état écologique de la planète. Démentiel ? Indispensable ? Impératif ?

Ce qu'est un seul siècle pour la mer
La pêche industrielle vie les mers et océans, les tue, les as tués. Un des écosystèmes les plus importants de la planète est mort pour nourrir humains, animaux d'élevage et domestiques, dans une gabegie où sans doute plus de 10% des prises sont rejetées mortes car non commercialisables. L'air du large sent décidément bien mauvais, irrespirable. A problème incommensurable, solution simple : n'autoriser que la pêche artisanale.

Ces si nombreuses larmes d'eau douce
De haute lutte, la Loire est restée sauvage face aux bétonneurs des années 90. Une bien belle victoire alors que nos rivières, les rivières du monde entier sont la proie des pollueurs menteurs. Menteurs lorsqu'ils essaient de nous faire croire que tous leurs traitements physico-chimiques nous la rendent potable. Ils transforment l'eau en or qu'ils se mettent en poche et nous buvons un épouvantable cocktail de pesticides, plastiques, médicaments, j'en passe et des pires. Fabrice Nicolino dénonce sans détour le scandale de la gestion privée de l'eau. Alors que dans certains pays, les zones de captage sont protégées par les collectivités publiques, la France, ici aussi est à la traine. Le bref tour d'horizon ici proposé est édifiant. Entre grands barrages en Chine ou en Espagne, golfs, marinas, puits, irrigation intensive, dizaines de milliers de rivières disparues, milliers de captages abandonnés aux nitrates, comment résumer le tableau ? L'horreur absolue, tant l'eau est vitale.
Après quelques pages disons, poétiques, qui m'ont laissé à la dérive, vient la piste de "solution" : ne plus polluer aucune source d'eau sur terre, douce ou salée. Une évidence qui aurait gagné quelques éléments plus concrets ou opérationnels. Nicolino laisse son lecteur à la barre…

Vivre enfin avec nos frères lointains
Les anciens, entendez il y a très, très longtemps, dans l'antiquité plaçaient les animaux en bonne place à nos côtés et les respectaient. Fabrice Nicolino considère que c'est au XVII siècle français que "le grand schisme", comme il dit, débuta. On connait les conditions pitoyables des animaux d'élevage industriel. Le sort des animaux sauvages n'est pas en reste. Celui des abeilles à la mortalité dramatique du fait des produits chimiques nous fait courir un risque de famine générale par l'arrêt de leur activité polinisatrice. Rien de nouveau dans le domaine. Un petit détour par Notre Dame des Landes au bocage et espèces rares sont menacé par cet insensé projet d'aéroport.
Les chasseurs ne sont évidemment et bien justement pas à la fête chez Nicolino. Loup, éléphants et quelques autres sont au menu de ce dernier chapitre où je cherchais en vain quelque piste de solution. Sauvegarder la biodiversité ? Evidemment, mais encore ? Ici aussi le sombre tableau est fort à propos dressé mais les promesses annoncées bien en peine d'être tenues…

Une déclaration universelle des devoirs de l'homme
L'espoir d'une conclusion éclairante serait fort déçu si deux "petites" choses en avaient été absentes.
Deux choses fondamentales en fait. Le besoin "d'accélérateurs de conscience" tout d'abord. J'adore la notion qui n'a nul besoin de commentaire. L'encyclique du Pape François ensuite. Pour en avoir lu une bonne partie, je rejoins l'éloge qu'en fait Nicolino. Comme je fus surpris d'une telle prise de position antimondialiste et anticapitaliste de notre pape actuel !
En guise de conclusion Fabrice Nicolino appelle à abandonner la consommation de masse d'objets inutiles, à un changement des valeurs et à une "insurrection des consciences", à une véritable rupture mentale avec ce monde et ses innombrables colifichets, à l'élaboration d'une déclaration universelle des devoirs de l'homme, à très vite rentrer en dissidence avec la société des objets, à travailler tous ensemble vite et sans violence pour sauver que peut l'être encore.

L'ouvrage porte bien son titre tant les cinq thèmes pris en exemple sont les fondamentaux de notre monde qui s'effondre. Il peine cependant à tracer clairement le chemin, les pistes à prendre pour limiter les dégâts. Bien sûr les grands principes du nécessaire changement de valeurs sont là mais en restant sur un plan très général et sur les bases, Le livre risque de décevoir au regard des ambitions affichées.

mercredi 22 février 2017

Mon petit jardin en permaculture


Auteur : Joseph Chauffrey
Editeur : Terre Vivante
ISBN : 236098279

La permaculture, c'est quoi ?
Si vous cherchez une "bible", un document de référence sur le sujet, passez votre chemin.
Joseph Chauffrey veut nous donner envie de jardiner au naturel en mettant en oeuvre les principes de la permaculture, sans même le savoir. Une vraie prose, quoi...
En fait, loin de toute théorie, c'est à partir de sa propre expérience de jardinage sur petite surface en milieu urbain que l'auteur nous présente de manière très concrète comment obtenir une haute productivité d'un petit jardin diversifié, esthétique et durable.

Il serait peu dire que le livre est abondamment illustré. Les pages de pur texte sont rares, ce sont entre 1 et 4 photographies qui occupent l'espace de la centaine de pages de l'ouvrage.
Joseph Chauffrey présente donc la mise en oeuvre des principes de base de la permaculture qui se veut une approche globale, holistique comme on dit.
Il s'agit d'abord d'améliorer l'écosystème de notre petit jardin en y développant la biodiversité, en favorisant les interactions qui s'y opèrent, en utilisant au mieux les ressources, lumière, eau et végétaux, et surtout en prenant soin du sol.

Qui dit petite surface dit optimisation. Joseph Chauffrey plante serré et associe les végétaux afin d'utiliser au maximum l'espace disponible. Il choisit les espèces les mieux adaptées et cultive même hors sol ainsi que dans les trois dimensions. Tuteurs, pergolas, treillages, grillages, treillis soudés et fils suspendus sont les alliés du jardinier urbain.

Densifier n'est pas suffisant pour devenir autonome en fruits et légumes avec un petit jardin. Il faut aussi accélérer les cultures en semant hors sol et en chevauchant les cultures. Il faut ainsi planifier précisément ses cultures , débuter tôt eu printemps et même jardiner l'hiver sous tunnel et sous serre.

J'ai apprécié l’humilité de l'auteur qui fait part de ses difficultés et de ses échecs. Il nous incite à expérimenter et à nous forger notre propre expérience. En la matière il n'est aucune théorie valable en toute circonstance et chaque jardin a ses particularités qui nécessitent des pratiques adaptées. Joseph Chauffrey nous indique les principes de base et nous incite à l'expérimentation et à l'observation.

Le pari est réussi. Simplicité, concision et illustrations marchent à merveille et donnent pleinement envie de réussir un aussi beau jardin que celui de Joseph Chauffrey.

Cette fois encore, Terre vivante nous offre un beau moment de lecture et de rêve !

Pour consulter le sommaire de l'ouvrage

http://boutique.terrevivante.org/librairie/livres/307/jardin-bio/facile-et-bio/458-mon-petit-jardin-en-permaculture.htm

Pour feuilleter quelques pages

http://fr.calameo.com/read/00040054780d487c465fc

mardi 21 février 2017

Tout est prêt pour que tout empire - 12 leçons pour éviter la catastrophe


Auteur : Hervé Kempf
Editeur : Seuil
EAN : 978-2021349016
ISBN : 2021349012

Dans la lignée de ses précédents ouvrages (comment les riches détruisent la planète, Fin de l'occident, naissance d'un monde), Hervé Kempf poursuit son analyse et la mise en lumière des causes des crises qui secouent l'humanité. Avec "Tout est prêt pour que tout empire" le journaliste fondateur du site engagé "Reporterre" vise à montrer que la crise écologique, le terrorisme et le néolibéralisme sont les conséquences liées à l'évolution de la société mondiale de ces dernières dizaines d'années.

Kempf débute sa leçon d'histoire fort intéressante dans les années 70, point culminant de la guerre froide, qui ont vu le régime communiste de l'URSS s'effondrer avec l'emblématique chute du mur de Berlin en 1989, proclamant la victoire du capitalisme, le triomphe du néolibéralisme et des classes dirigeantes de l'Ouest. N'ayant plus de modèle alternatif pour entraver leur course à la richesse, celles-ci ont alors pu laisser pleinement s'épanouir leurs aspirations dévastatrices. Rien ne faisait plus face à l'idéologie capitaliste mais l'Islam se propageait dans le monde arabe puis africain et asiatique. En Europe, il trouvait un terrain favorable dans la frustration des fils d'immigrés dont les parents avaient servis de chair à canon durant les deux guerres mondiales et qui maintenant grossissaient les chiffre du chômage et étaient reléguées dans les banlieues. Le pétrole enrichissait les pays du moyen orient alors de le FMI et la banque mondiale plongeaient les habitants des pays du sud dans la misère à grand coups de politiques d'ajustement structurel.

La mondialisation économique permettait la relance et permettait de faire pression sur les travailleurs des pays riches par le faible coût du travail en Chine, pays qui inondait le monde de produits bon marché, permettant une augmentation assez globale du niveau de vie matériel.
La coalition des USA et de l'Arabie Saoudite pour faire chuter le prix du pétrole eut pour double effet d'affaiblir l'URSS et de faire baisser le prix des produits manufacturés. La machine infernale du capitalisme asservissait l'homme et détruisait la planète. Ce dernier point prenait de l'importance et de l'ampleur au fil du temps. Il conduisait un premier rapport du GIEC sur le climat en 1990, au sommet de la terre à Rio en 1992 et à la signature du protocole de Kyoto en 1997.

En parallèle les inégalités mondiales s'accroissaient durant les 20 années suivant les années 80.
En 2001 l'attentat détruisait le World Trade Center et choquait les USA et le monde.
En 2003 les Etats Unis envahissaient l'Irak pour sécuriser la production pétrolière, faisait s'effondrer en deux mois le régime de Saddam Hussein, provoquait plus de 200 000 morts en huit ans et laissaient sans ressource 400 000 soldats irakiens dont un bon nombre rejoignaient les troupes de l'état islamique en Irak et de Daesh qui se constituait en 2006. Bush avait déstabilisé et fragilisé le moyen orient, et ainsi créé une bombe à retardement aux effet ravageurs.

Hervé Kempf poursuit son analyse implacable, détaillée et argumentées du machiavélisme et de la responsabilité du néolibéralisme et de l'oligarchie mondiale dans la dégradation de l'environnement mondial, dans la perte de valeur pour la très grande majorité des populations, créant le terreau d'un terrorisme en pleine croissance argument de politiques de plus en plus liberticides.
Crises économiques et récession mondiale après 2009, planches à billets tournant à plein régime pour sauver le régime néolibéral et les banques, conférences climats aux échecs répétés, tsunami au japon en 2011 et catastrophe nucléaire de Fukushima s'ajoutant à celle de Tchernobyl, protestations dans le monde arabe et ailleurs, émeutes face à la misère et aux dictatures, USA et Chine se moquant des problèmes écologiques et climatiques ne voulant qu'une chose : sortir de la crise économique, explosion Syrienne, montée de Daesh, France en guerre en Lybie, au Mali, Trump élu aux USA, Hervé Kempf esquisse dans son ouvrage le tableau réaliste de ces quelques dizaines d'années si marquantes dans la dégradation de la situation mondiale.

Son constat est que la dégradation de l'écosystème planétaire représente le principal enjeu politique de ces prochaines années, alors que depuis 2000 se développe la contestation anticapitaliste ainsi qu'un mouvement recourant à la violence inspirée par la religion. Kempf considère qu'en matière d'écologie le pire est à venir, c'est une certitude, la société humaine ayant dépassé les limites écologiques de la planète alors que la population mondiale ne cesse de croître contrairement aux prévisions qui escomptaient sur une stabilisation.
Au niveau social, l'acceptation des inégalités croissantes est facilitée par l'abondance de biens manufacturés bon marché venant de Chine.
Le décalage entre les aspirations des classes populaires abandonnées et leur situation objective entraîne la violence. Frustrations, vide de sens et ressentiment conduisent à la violence, que ce soit dans les pays arabes comme dans nos banlieues.

La combinaison de la crise écologique et de celle des ressources entraîné un plafonnement de la croissance économique, plafonnement que l'oligarchie cherche à éviter car il fait stagner le niveau de vie, rendant les inégalités insupportables ce qui risque d’entraîner des troubles sociaux.
La création de monnaie ( de singe) par les banques centrales crée une bulle économique qui risque d'éclater.
Combien de temps la situation actuelle, relativement calme, va-t-elle durer ?

Face à ce sombre constat, Hervé Kempf a voulu donner à son livre une fin porteuse d'espoir. Il liste pour cela 12 leçons pour éviter la catastrophe. Le maître nous enjoint d'observer notre époque et d'en comprendre les enjeux et de mesurer les chances qui nous restent pour relever le défi qui nous est donné. Le chemin qu'il propose une fois encore est de sortir du capitalisme sans tomber dans le collectivisme et de fonder une société post-capitaliste en déverrouillant le système actuel sans nous donner de recette magique… Quelques pistes cependant : être radicaux, porteurs de paix et d'amour, diviser l'oligarchie sans déserter le terrain des institutions actuelles et surtout en donnant un sens à la vie.

Un livre un peu redondant avec les précédents mais qui éclaire l'histoire contemporaine de ces quelques dernières dizaines d'années pour nous en révéler les mécanismes destructeurs de l'environnement, du climat et de la paix. Les 12 leçons peinent à convaincre même si le bon sens qui les régit est évident.

dimanche 5 février 2017

Ce qui compte vraiment - Le nouveau livre de Fabrice Nicolino

Dans quelques jours, vers le 20 février, sortira le nouveau livre de Fabrice Nicolino.



Fabrice annonce cette parution ici : http://fabrice-nicolino.com/?p=2551

Evidement je ferai partie des premiers lecteurs et vous en parlerai ici prochainement...

Son'engagement ainsi que les qualités de journaliste et d'écrivain de Fabrice me font vous recommander cette lecture avant même que je ne l'aie lu moi même.

samedi 28 janvier 2017

Se soigner avec les plantes


Auteur : Sophie Bartczak
Éditeur : TERRE VIVANTE
ISBN : 2360982346

Sophie Bartczak est journaliste spécialisée dans la santé et les médecines douces. Son guide "se soigner avec les plantes" aide à pratiquer l'automédication pour soulager ou soigner une trentaine de soucis de santé très courants.
Un bref et digeste historique rappelle que les plantes sont utilisées depuis les temps très anciens de l'humanité. Les égyptiens s'en servaient il y a 4000 ans, il semble même possible que l'homme préhistorique aussi. Le savoir sur les "simples" est ainsi ancien, Sophie Bartczak s'est basée sur des études approfondies et solidement étayées, elle a rencontré des spécialises et a rassemblé en ce petit ouvrage de nombreux conseils, indications et précautions d'usage. Loin d'être inoffensives, les plantes peuvent s'avérer dangereuses lorsqu'elles sont mal utilisées. Il est important de suivre scrupuleusement les indications de l'auteure qui ne manque pas de rappeler que l'automédication a ses limites au-delà desquels il faut bien évidemment consulter un médecin.

Illustré de superbes photographies et dessins, le guide comprends cinq chapitres couvrant bon nombre d'affections banales mais aussi quelques pathologies lourdes qu'il s'agit alors de soulager.
Les plates adaptées sont présentées avec leur propriétés, les différentes formes utilisables (tisanes, gélules, crèmes, huiles essentielles,…) avec bien sûr la posologie à respecter rigoureusement. La multiplicité des remèdes permet à chaque fois d'alterner les plantes afin de ne pas prendre un même remède sur le long terme.

Le premier thème est d'actualité en cet hiver où sévissent rhumes, maux de gorge, toux, sinusites et grippes. Les simples s'avèrent de précieux alliés pour renforcer nos défenses immunitaires et c'est bien par là qu'il faut débuter. Mais lorsque l'infection se déclare, les plantes sont là aussi efficaces.
Le second chapitre aborde le stress, la fatigue, la dépression saisonnière et les problèmes de thyroïde. Sophie Bartczak propose un programme antifatigue ainsi que de nombreux conseils en faveur d'un sommeil réparateur. Les petits maux du quotidien font l'objet du chapitre trois. Troubles de la digestion, maux de tête, allergies saisonnières, mais aussi aide aux sportifs, aux adolescents et aux animaux sont adressés. Une large palette donc ! Les femmes seront particulièrement concernées par le chapitre trois qui aborde beauté, poids, cellulite, difficultés circulatoires, jambes et problèmes de peau. Les mamans y trouveront les soins aux enfants et aux adolescents.
Pour finir et dans un ordre des plus logiques, le guide se termine en abordant la vieillesse, ses rhumatismes, affections cardiaques, soucis de tension, de prostate et même des affections bien plus invalidantes ou graves comme le déclin cognitif, la maladie d'Alzheimer et le cancer. Il ne s'agit pour ces derniers, bien évidemment pas de les soigner, mais de les soulager et d'accompagner des traitements nécessairement plus lourds.

Agréable à regarder et simple à utiliser, ce guide sera certainement d'un renfort appréciable pour combattre les affections bénignes qui nous gâche trop souvent notre quotidien. Nul doute qu'il sera un bon compagnon pour les adeptes de l'automédication qui veilleront cependant à consulter lorsque nécessaire.

Pour plus d’information

Visitez le site de Terre vivante-20170112-MALPL--20170112080000&xtdt=24760328]

samedi 24 décembre 2016

Quel pain voulons-nous ?


Auteur : Marie Astier
Editeur : Seuil/Reporterre
EAN 9782021331127

Journaliste dans l’équipe de l’excellent quotidien en ligne « Reporterre », Marie Astier nous entraine dans le monde du pain. A journaliste engagée, livre engagé. « Quel pain voulons-nous ? » présente une enquête approfondie de la filière, des semences au produit fini, en passant par les agriculteurs, les meuniers et, bien sûr, par les boulangers.

De sa plume alerte et vivante, Marie nous fait découvrir comment le pain, aliment de base que l’on pourrait croire simple et naturel, est de plus en plus fabriqué de manière industrielle et contient bien souvent des additifs et enzymes dont les impacts sur notre santé ne sont pas forcément bien connus.
A l’origine de sa démarche, une question rarement posée à notre boulanger : d’où vient la farine ?
Je me rappelle, amusé, la question que je posais quelques 20 ans en arrière dans la boulangerie d’une petite ville du Loiret cherchant du pain bio : « avec quoi votre pain est-il fait ? ». La réponse de la boulangère nous surprit : « avec de la farine ! ». A cette époque pourtant, la filière pain n’était pas autant industrialisée…
Devant la réponse embarrassée qu’elle a obtenu, Marie a voulu en savoir plus et a commencé à « tirer le fil ».

Pour faire le tour de la question, la journaliste a visité les fournils, de la chaine aux plus de 300 boutiques jusqu’à l’artisan passionné qui vit à peine de sa production. Cachés derrière l’artisan, les meuniers. Peu nombreux, leurs catalogues se ressemblent. De plus en plus la filière farine se resserre et les meuniers deviennent des industriels. Heureusement ce n’est pas le cas de tous et certains visent la qualité. Marie n’a pas rencontré les plus gros, et pour cause, ils n’ont pas répondu à ses invitations d’interview. Comme quoi les vampires de la farine, eux aussi, n’aiment pas que la lumière soit faite sur leurs activités…
Quant aux boulangers, nombreux ceux qui ne peuvent se passer d’une farine « améliorée » dont les additifs accélèrent le travail et facilitent la constance d’une production de (piètre) qualité. Résultat, dans le pain aussi, la diversité se réduit et la banalisation progresse.

Au fil des pages, Marie nous fait partager ses rencontres avec des passionnés, des résistants encore peu nombreux à promouvoir et à proposer des produits de qualité réellement artisanaux. Parmi eux, mon fils Rémi sensibilise et alerte les boulangers depuis plusieurs années avec son blog « painrisien.com ».
La conclusion de l’ouvrage nous interroge : quel pain voulons-nous ? Marie Astier l’affirme, la boulangerie, comme l’agriculture, s’industrialise et est à la croisée des chemins. Le pain symbolise un choix de société. Le fournil est, lui aussi un creuset d’inégalités sociales. Certains font le pain des riches, d’autres celui des pauvres. Voulons-nous un monde dirigé par quelques grands industriels ? Un monde uniformisé sans diversité ? Des produits de piètre qualité ?

Saurons-nous entendre ces lanceurs d’alerte que sont Marie, Rémi, l’équipe de Reporterre et bien d’autres ? Les boulangers choisirons-t-ils de bons meuniers où cèderont-ils à la facilité des « améliorants » ? Nous, consommateurs, saurons-nous, pourrons-nous choisir un bon pain, naturel, fait par de vrais artisans ?
Marie, pas plus que quiconque ne sait répondre. Son excellent livre nous apporte les éléments clé pour comprendre et réfléchir au pain d’aujourd’hui et à celui que nous voudrions demain.
Il n’est pas sorti du four juste hier. Paru il y a quelques mois, il se conserve bien et je n’en ai fait qu’une bouchée. Quel délice !

jeudi 1 décembre 2016

Se libérer du superflu (vers une économie de post-croissance)


Auteur : Niko Paech
Editeur : Rue de l’échiquier
Collection : Initial(es) DD
ISBN : 978-2-37425-057-1

Quatre ans après sa parution en Allemagne, Rue de l’échiquier nous propose la traduction française de l’ouvrage de Nico Paech, sous le titre « Se libérer du superflu (vers une économie de post-croissance) ».
Paech, économiste enseignant le développement durable à Berlin, y analyse la société occidentale consumériste et en démontre le caractère insoutenable.
L’intention est posée dès la première page : faciliter la rupture avec un modèle de développement mondialisé qui dépend de la croissance économique, où la consommation et la mobilité pillent les ressources naturelles de notre planète dont l’écosphère est à bout.
Alors que l’effondrement guette la population mondiale toujours insatisfaite de sa vaine quête du bonheur par la possession matérielle, Paech esquisse les contours d’une société post-croissance.

L’Europe et la croissance
Par un constat sans appel, l’économiste explique que la politique européenne pousse à un mode de vie sans frontières, à la mobilité des personnes et des biens et à la suppression de toutes les barrières institutionnelles et géographiques. La consommation accrue de bien matériels entraine l’endettement individuel comme celui des nations, créant un cercle vicieux où la croissance appelle elle-même à la croissance. La machine infernale de la croissance matérielle nous alimente en objets et en mobilité dans une société d’abondance basée sur le pillage des ressources.

Un modèle de société destructeur
Ce bien sombre tableau, si pourra paraitre bien connu au militant écologiste, est remarquablement analysé par Niko Paech qui démonte les rouages destructeurs de notre « ère de progrès indéfini » et infini. Marchés financiers, division mondiale du travail (spécialisation des tâches et délocalisation), illimitation physique, innovation et progrès technique, consommation croissante d’énergie sont les moteurs de notre vie occidentale qui se voudrait toujours plus facile et dénuée d’effort physique. Le travail humain s’y trouve de plus en plus virtuel et symbolique. Sa valeur est de plus en plus abstraite. Notre modèle de richesse dévalorise le travail manuel et pille les ressources en tous lieux de la planète dans sa course aux objets et « prestations de haute intensité en savoir » qui ne manqueraient à personnes si elles n’avaient pas été inventées.

Quelles limites acceptables ?
Face à cette situation déplorable, l’auteur pose la question des limites matérielles au sein desquelles un individu peut s’épanouir de manière responsable. Ramenant la problématique au réchauffement climatique qui en résulte, Niko Paech fait sienne la limite de 2,7 tonnes de CO2 par habitant et par an qui devrait, s’il peut encore l’être limiter le réchauffement 2°C. Pour y parvenir, les solutions proposées ont pour but de revenir à une dimension humaine et de ré-encastrer le système économique dans l’écosphère en délaissant les technologies high-tech, en réduisant la mobilité e la dépendance à l’argent en faisant d’avantage les choses par nous même.
Alors qu’un citoyen allemand émet en moyenne 11 tonnes de CO2 par an, on mesure l’ampleur de la tâche à accomplir…

La croissance verte, notre sauveur ?
Détracteur du marketing et de la croissance verte, Paech en démontre les effets rebonds matériels, financier, psychologiques et politiques ; il dénonce avec force d’arguments la duperie que constituent les fausses solutions technologiques que l’industrie nous propos pour faire perdurer son business en le verdissant.

La croissance appelle la croissance
Si, comme moi, vous avez lu (dans la même collection) l’ouvrage de Denis Meadows, « les limites à la croissance dans un monde fini », (lire ici), vous aussi êtes probablement convaincus qu’une croissance perpétuelle est impossible. Le livre de Niko Paech apporte un éclairage théorique intéressant comme dans ce court et chapitre de cinq pages qui expliquent de manière évidente les contraintes structurelles et culturelles de la croissance. Prenant un exemple très simple, Niko Paech nous montre comment la croissance appelle à la croissance dans une société basée sur l’argent, qui, pour perdurer, nécessite un profit en perpétuelle augmentation.

En quête du bonheur
A ce stade du livre, le moins que je puisse dire est que le moral est bas. Il y a de quoi être désemparé face à l’exposé et à l’analyse de notre mode de vie occidental présenté par Paech où bon nombre d’entre nous se retrouveront. Paech ne caricature pas, ou peu : « nous passons notre vie à rechercher des biens, les identifier, les comparer, les vérifier, les acheter, les recevoir et les stocker – sans parfois même avoir l’occasion de les utiliser. » « Nous ne connaissons plus le calme… l’extrême superficialité des activités qui ne rend personne heureux… nous sommes libres… Mais c’est justement cette liberté qui devient facteur de stress - quelle ironie. »
Il cite la question du philosophe Pascal Bruckner : « Comment savoir si l’on est heureux ? Qui fixe la norme ? » Paech ne répond pas mais nous oriente vers la libération du superflu pour nous délester de ce fardeau qui nous vole du temps en nous rapportant si peu. Ainsi nous empruntons une voie plus sûre se jouant du pick-oil et de la crise financière à venir en nous préparons à une économie de post-croissance très largement démondialisée.

Des pistes vers une économie de post-croissance
Le livre poursuit et se termine comme il se doit par une partie bien plus positive et revigorante. Les pistes vers la post-croissance sont esquissées. Elles ne sont pas nouvelles mais bien résumées : il s’agit de désindustrialiser et de développer des pratiques de subsistance. De quoi retrouver le goût des choses simples et le temps de les apprécier avec une qualité de vie accrue.
S’il dresse les contours d’une politique post-croissance, Paech nous enjoint à agir à notre niveau afin de mettre en route le changement social indispensable préalable à tout changement politique. En d’autres mots, n’attendons rien de nos élus tant que nous n’aurons pas nous même changé la société.

Alors qu’attendons-nous ?
Dans sa conclusion résolument optimiste, Paech nous promet un « bonheur éclairé au bout du chemin de la post-croissance et termine sur ces trois mots « Alors qu’attendons-nous ? » Mon sentiment personnel n’est pas de toute gaité, suscité par l’équipe Meadows dont les travaux, dans leur dernière actualisation, annoncent de gros chocs dans l’effondrement à venir. Paech et Meadows partagent le point de vue qu’il n’est pas trop tard, nous avons (encore) le choix pour en limiter la rudesse. Nul doute que de bifurquer vers la post croissance constitue la bonne voie. Puisse l’excellent ouvrage de Niko Paech éveiller suffisamment de consciences et nous amener à changer nos comportements.

Avec ce livre, Rue de l’échiquier renforce sa prestigieuse collection « Initial(es) DD » qui me procure titre après titre, de beaux moments de lecture.

Pour aller plus loin

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samedi 7 mai 2016

250 remèdes naturels à faire soi-même


Auteur : Claudine Luu
Editeur : Terre Vivante
Collection : Conseils D'experts
ISBN : 2360982036

Si vous êtes adepte des médecines « douces », des soins naturels à base de plantes et si vous souhaitez préparer vous-même vos remèdes naturels, ce livre vous enchantera et vous guidera dans votre activité de pharmacien amateur.
L’auteure, Claudine Luu nous fait partager son amour des plantes et nous fait bénéficier de ses compétences pour nous permettre de les identifier, d’en connaitre les propriétés, leur histoire et, c’est le but, nous guider dans la confection de tisanes, huiles, crèmes et autres élixirs si bénéfiques à notre santé.

La nature est à l’origine de la quasi-totalité des médicaments. Les plantes y figurent en bonne place tant leurs propriétés sont multiples et leur efficacité bien connue et prouvée. Il n’est pas question d’en faire un usage inconsidéré, les plantes peuvent être dangereuses, d’où la nécessité d’un tel ouvrage. Aucune plante toxique n’y figure et certaines contre indications sont signalées. Il ne s’agit aucunement ici de remplacer le médecin ou le pharmacien qui restent nécessaires pour établir le diagnostic. Claudine Luu , Docteur en pharmacie et Docteur ès-sciences naturelles nous sensibilise à ces points importants.

Pour faire nos remèdes à base de plantes, il nous faut tout d’abord… des plantes.
Au fil des pages l’auteure donne envie de parcourir campagne et jardins pour y faire notre récolte. Mais attention, où, quand et comment dépendent de la plante et même de la partie de la plante à récolter. Récolter soi même n’est pas forcément à la portée de tous. Heureusement certaines plantes sont communes et l’on peut s’en procurer dans le commerce, le plus souvent séchées.
Les différentes et multiples préparations nous sont exposées en détail, il n’y a qu’à suivre les explications. Infusions, tisanes et décoctions sont à la portée de tous. Les sirops, vinaigres, lotions, vins et liqueurs, bains, miels, cataplasmes, baumes et crèmes sont assez simples à réaliser. Les huiles solarisées, les huiles de macération à froids et les macérats glycérinés demandent déjà un certain savoir faire Teintures mères et préparation homéopathiques sont déjà plus complexes et demandent probablement davantage de savoir faire.

La plus grande partie de l’ouvrage et naturellement consacrée aux plantes et à leur utilisation.
52 plantes médicinales sont illustrées d’une ou deux photographies et présentées sous différents aspects : description botanique, histoire, contre-indications (le cas échéant), principes actifs et propriétés. Pour chaque plante, Claudine Luu nous présente comment préparer chaque type de préparation et nous indique comment les utiliser et quels en sont les bienfaits.
Les annexes renferment de précieuses informations. Calendrier et lieux des récoltes mais surtout un bien utile tableau des propriétés et indications qui permet de trouver facilement quelle plante utiliser selon notre besoin du moment.

Tel un bon livre de cuisine qui nous donne faim et envie de préparer de bons plats, ce guide incite à la cueillette et à se lancer dans la fabrication maison de remèdes naturels. La passion et l’amour de plantes de l’auteur y sont pour quelque chose. C’est évident à chaque page. Jean-Marie Pelt ne s’y est pas trompé et nous offre sans doute un de ces derniers textes puisqu’il rédigea la préface du livre de Claudine Luu le jour précédent de son décès. Sa plume qui a touché si juste et cette circonstance particulière renforcent notre émotion à la lecture de cette jolie préface.

jeudi 10 décembre 2015

A la conquête de mon bien être


Fabrice Lacombe
Editeur : Gereso Eds
Date de parution : 15/11/2015
ISBN : F034212825

Avec son titre accrocheur et son sous-titre explicite, cet ouvrage se veut une aide pour prendre soi de nous. L’approche de Fabrice Lacombe est originale, il se déclare ne pas être propriétaire de ses livres, il les écrit puis ils vivent leur vie avec plus ou moins de bonheur. C‘est ainsi que c’est le livre et non l’auteur qui s’adresse à nous et nous accompagne à la recherche de notre bien être.

Ce livre ne se lit pas, il se vit et se pratique. C’est un support, un guide pour travailler sur soi avec les difficultés que cela comporte, notamment de se livrer, même si c’est uniquement à soi même. Concrétiser ses pensées, ses émotions, en les écrivant n’est pas chose facile. L’évident inconvénient de l’auto-coaching est l’impossibilité d’obtenir des réponses aux inévitables questions que notre réflexion fera surgir. En déboursant une petite vingtaine d’euros nous ne pouvons prétendre bénéficier d’un coach en chair et en os ! Ni même de papier d’ailleurs car en fait le coach c’est nous. Le livre nous guide et nous donne certaines pistes de réflexion, des informations et des clés pour mieux nous connaître.

Chaque chapitre de l’ouvrage constitue une étape dans notre meilleure connaissance de nous même pour nous sentir mieux. Notre guide nous propose tout d’abord de réfléchir sur un thème en répondant à des questions ou en faisant un exercice afin de bien intégrer la notion proposée. Un pause nous offre l’occasion de faire le point sur nos pensées et émotions du moment, à regarder ce qui c’est passé durant la première partie de l’étape. Ensuite, Thomas et Julie nous font part de leurs réponses personnelles aux questions et exercice de la première partie, ce qui constitue des repères et une aide dans notre travail. Pour conclure l’étape, une réflexion complémentaire nous est proposée par l’apport d’éléments de réflexion complémentaires, permettant de mieux comprendre le thème abordé.

Alors que j’écris ces lignes, j’ai parcouru 5 des 15 étapes que comporte l’ouvrage, ce ci en environ une semaine entrecoupée d’interruption. Le rythme qui me semble adapté est d’une étape par jour à réaliser d’une seule traite sans coupure. Le principe est assez bluffant comparé à une formation présentielle en développement personnel. Bien évidemment l’absence de contact humain réduit notoirement le ressenti émotionnel et affectif, en comparaison avec un travail en groupe sous l’égide d’un formateur. C’est indéniable de même que la voie sans issue auxquelles nos questions sont confrontées, voie dans laquelle seule notre présence et notre réflexion peuvent agir. Le gros avantage, par contre est la facilité de revenir et travailler à nouveau tout point sur lequel il serait nécessaire d’insister. Le livre enrichi de nos annotations est un excellent support facile à ressortir lorsque nous prenons conscience que nous revenons dans nos anciens schémas et modes de fonctionnement. Cela arrive très vite tant il est difficile de changer et de s’améliorer dans certains domaines, surtout sur nos points faibles et difficultés.

Il n’est pas forcément courant de penser à soi et à son bien être. Cet ouvrage bien conçu a le mérite de nous y aider. Comme pour toute formation dans ce genre de domaine, s’il n’était même qu’un seul enseignement, un seul point d’amélioration sur lequel nous pourrons, grâce à lui, capitaliser dans la durée, ce serait déjà une belle réussite.

mardi 17 novembre 2015

Le monde à vol d’oiseaux


Auteur : Christian MOULLEC
Editeur : ÉDITIONS DE LA FLANDONNIÈRE paru en oct 2015
ISBN 10 : 2918098264
ISBN 13 : 9782918098263

Christian Moullec vole en ULM depuis 20 ans avec les oiseaux. Il nous fait partager sa passion avec ce magnifique ouvrage qui nous émerveille par ses superbes images, vues aériennes de superbes paysages de France et d’ailleurs. Des images rares. Peu nombreux sont les photographes en mesure d’accompagner les oiseaux migrateurs dans leur vol.

Bernaches à col roux, bernaches nonettes, bernaches cravants, cygnes de Bewick, oies naines, oies cendrées, grues naines, grues demoiselles sont les compagnes e vol de Christian Moullec.
Il les connait bien car il les élève dans sa ferme de Caluche dans les hauteurs du Cantal. C’est ainsi qu’il les habitue à voler avec son engin, lui permettant de réaliser photographies et documentaires.

La passion du photographe est évidente à la lecture de ses textes qui présentent chaque espèce dans le livre. S’il fait commerce de son amitié pour ses oiseaux en proposant des vols payants avec eux en ULM ou montgolfière, son intérêt pour ses amis ailés est manifestement sincère. Son « voyage initiatique » avec les oies naines, comme il le nomme, en est une belle illustration.

Autrefois l’oie naine hivernait autour de la mer noire en Laponie suédoise et finlandaise. En quelques dizaines d’années, la chasse organisée dans les pays du sud-est de l’Europe par des tours opérators décima quasiment l’espèce. S’il savait que la meilleure solution aurait été de protéger les l=oisaux là où ils passaient l’hiver, Christian Moullec savait bien qu’il se serait pas possible d’y parvenir par un dialogue avec le lobby des chasseurs. C’est pourquoi, en 1999 il décidait d’organiser une intervention humaine, artificielle et médiatique. Il s’agissait d’enseigner une nouvelle voie de migration chaque année à une centaine d’oies, pour leur permettre d’hiverner dans des sites protégés aux Pays bas et en Allemagne. Il récoltât des œufs chez des éleveurs pour les faire incuber chez lui dans le Cantal où il éleva les poussins durant 4 semaines. Les oies doivent découvrir leur aptitude à voler à l’endroit où elles devront revenir se reproduire, elles furent emmenées en Suède en juillet/aout dans une réserve naturelle protégée près de Stockholm. Le voyage de migration dirigé par Christian Moullec prit 5 semaines pour rejoindre les riches plaines du Rhin. Nous n’en sauront gère plus, ce n’est pas l’objet du livre, si ce n’est qu’il semble que l’opération fut une réussite vu que la plupart des oiseaux revint se reproduire dans la réserve naturelle de départ.
L’aventure est belle et j’aimerai bien avoir l’avis d’ornithologues, de la LPO notamment. Si vous en êtes, n’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez par un commentaire ou par un message. Une telle intervention humaine est-elle souhaitable et utile dans un tel cas d’espèce en danger ? Je me plais à penser que oui…

Les défenseurs de la nature disent souvent que l’on ne protège que ce que l’on aime. En nous offrant ces magnifiques images d’oiseaux dans leur vol, Christian Moullec nous les fait aimer. Sa démarche est tend à nous faire prendre conscience de la beauté de la nature et aussi de sa fragilité. Ces dernières pages nous alertent sur la dramatique perte de 420 millions d’oiseaux en quelques décennies. Le photographe écologiste élargit son propos et veut nous sensibiliser à l’urgente nécessité de changer notre mode de vie et notre empreinte écologique. Son livre est un très bel outil de sensibilisation, je lui souhaite le beau succès qu’il mérite et témoigne qu’il donne une sacrée envie d’aller partager quelques instants de bonheur dans les airs avec Christian et ses oiseaux. Mais ce n’est ni pour toutes les bourses, ni très écologique… et restera pour moi un beau rêve en feuilletant ce beau livre.

Quelques images pour vous faire envie...






dimanche 11 octobre 2015

Climat : la guerre de l’ombre

Yannick Jadot – Léo Quievreux
Editions Le passager clandestin
ISBN : 978-2-36935-045-3
Date de parution : septembre 2015


Au moment où la société civile, les organisations politiques, les gouvernements, mais aussi l’immense lobby financier et industriel travaillent à préparer la COP21 de décembre prochain à Paris, Yannick Jadot nous livre un ouvrage résolument optimiste sur la capacité d’influence des citoyens. Selon lui, la bataille qui oppose les uns aux autres n’arrêtera pas la société civile qui s’empare d’ores et déjà de son destin et trouve plaisir à faire et à vivre ensemble. Le ton est donné !

Pour situer le contexte et les enjeux de la conférence climat de décembre 2015, Yannick Jadot nous ramène 6 ans en arrière et dresse le constat de l’échec de la COP15 de Copenhague. Il résume assez bien l’énorme écart entre l’accord bidon résultat de cette mascarade et ce qui était tant attendu et espéré par la société. Que faudrait-il en retenir selon Jadot ? Qu’en 2009 nous en étions à espérer que les responsables politiques prendraient leurs responsabilités et s’engageraient à la mesure de la catastrophe climatique annoncée, qu’il n’en fut rien et qu’ensuite la société civile s’est prise en main et est maintenant en train de transformer le monde par le bas sans s’illusionner sur ce qui sortira de la CP21 de Paris.
Vient ensuite la fameuse question du négationnisme climatique. Yannick Jadot présente de travail de sape que financèrent par millions les entreprises de l’énergie, un crime presque parfait comme le qualifie l’excellent titre d’une partie développée en quelques belles pages qui montrent comment ces salauds tentèrent de faire capoter les efforts des lanceurs d’alerte. Heureusement, ils échouèrent mais sans désarmer, gardons-le en mémoire.

Les textes de Jadot sont entrecoupés des illustrations de Léo Quievreux. Dans le premier tiers de l’ouvrage celles-ci m’ont réellement déçu. A la manière d’une BD, nombre d’entre elles représentent des « personnalités » s’exprimant à la tribune, les bulles reprennent à priori fidèlement leurs propos et comme le texte de Jadot fait exactement la même chose nous avons là un pénible doublon. Le graphisme n’étant pas à mon goût, j’ai sauté les pages illustrées avec rapidité et une pointe d’énervement.
Il en aurait fallu davantage pour m’arrêter dans la lecture. Davantage aussi que le style de Jadot que je trouve un peu trop « léché, recherché et parfois pompeux.
Je continue donc et aborde la seconde partie « la grande bataille de l’énergie ». Dès quatre parties, c’est le gros morceau indigeste de ce livre. Les nombreux chiffres et détails techniques intéresseront sans doute les porteurs de projets qui envisagent de se lancer dans le genre d’aventures ici relatées par des exemples concrets de réalisations de citoyens et de collectivités. Ces pages prouvent, s’il le fallait encore, que des alternatives existent, mais en cela Jadot n’est en rien un précurseur. C’est déjà vu mais peut être pas sur ces exemples précis. En tout cas, ici aussi je suis passé en mode lecture rapide. Mon plaisir fut bien réel avec « l’agriculture, face cachée du dérèglement climatique ». Il n’est que le titre que je n’ai pas bien compris. Pourquoi cachée ? Peut-être n’est ce que peu connu de lecteurs ? Toujours est-il que Yannick Jadot se montre ici clair et simple pour expliquer que l’agriculture industrielle et la déforestation ont une grande responsabilité dans le changement climatique. Je partage évidemment pleinement. Il faut développer l’agroforesterie et l’agriculture paysanne.

Cinq pages concluent l’ouvrage : « Paris 2015 : les états rejoindront-ils la révolution climatique ? ».
Le mouvement Alternatiba y tient bonne place. Concours de circonstances, je lisais ces lignes au lendemain de ma participation à Alternatiba Paris, évènement qui fut un beau succès. Yannick Jadot nous dit que la COP21 de Paris ne ressemblera pas à Copenhague, les opinions publiques n’attendant maintenant plus que les états et les responsables politiques pressent le leadership de la lutte contre le dérèglement climatique. La société civile fait elle-même sa révolution climatique.
Jadot avertit. S’il n’est pas question que la société civile bloque le sommet de Paris en décembre, au regard de l’état d’urgence climatique actuelle, l’inaction, l’échec du sommet, constituerait un crime contre l’humanité dont les dirigeants des états seraient responsables. Un tel échec légitimerait un « Seattle du climat ».

Avec son ton résolument militant, sa critique appuyée des responsables des états et des lobbys, Jadot se positionne avec cet ouvrage clairement du côté de la société civile. Son style souvent très enthousiaste à l’égard de cette dernière tourne parfois à l’emphase. Il en fait trop et cela ne me fait pas oublier son engagement politique chez EELV dont il arbore les couleurs en tant que député européen, et encore moins le soutien qu’il apporta à la campagne présidentielle de Ségolène Royal, une des pires ministres de l’environnement que j’ai vus.
Soit, Yannick Jadot s’est investit dans la société civile jusqu’à de grosses organisations comme Greenpeace mais il a choisi depuis un parcours politique. Est-il si proche de la société civile que son ouvrage semble le laisser penser ?

Un livre qui apportera certainement au profane une vision bien réelle du rapport de forces qui s’exerce autour des questions climatiques. Le militant n’y trouvera qu’une redite des livres qui l’ont précédé et des arguments développés par les organisations citoyennes et militantes.

dimanche 16 août 2015

Jardins secs


Auteurs : Serge Lapouge - Brigitte Lapouge-Déjean
Editeur : Terre vivante
Collection : Conseils d'expert
ISBN : 978-2-36098-060-4

Les jardiniers sont de ceux qui vivent concrètement les conséquences des changements climatiques. Le livre dont je vais vous parler ici ne concerne pas les réfugiés du climat, le propos est heureusement plus léger sans pour autant être futile. La question de la disponibilité de la ressource en eau se pose effectivement de manière de plus en plus fortement au fil des ans. Le temps des jardins abondamment arrosés est probablement révolu. Avec la sècheresse particulièrement sévère de cet été 2015, les restrictions d’utilisation de l’eau se sont généralisées en de nombreuses régions françaises. Les jardins secs, titre de l’ouvrage de Brigitte et Serge Lapouge résultent de pratiques très recommandables pour le porte monnaie du jardinier mais surtout sur le plan écologique.
Serge et Brigitte Lapouge parlent (ou plutôt écrivent) d’expérience. Ils jardinent en effet « à sec » depuis des décennies dans leurs « Jardins de l’Albarède » en Dordogne mais ce n’est pas seulement leurs propres pratiques qu’ils nous font partager, nous entraînant dans 12 jardins secs. Elle journaliste et écrivain, lui entrepreneur paysagiste, ils ont visité ces jardins et nous font partager partagé l’expérience de leurs auteurs.

L’ouvrage n’est pas un classique manuel de jardinage, il aborde les différents aspects et contraintes de la création de jardins dans des conditions parfois extrêmes. De manière très concrète chaque chapitre nous raconte tout d’abord l’histoire d’un jardin, les difficultés rencontrées par ses créateurs, les solutions et pratiques qu’ils ont mis en œuvre pour faire sortir de petits paradis d’une terre aride, là où rares sont ceux auraient parié sur leur réussite. Brigitte et Serge excellent à nous relater ainsi ces histoires et la réussite de passionnés dont on peut visiter les jardins magnifiques comme en témoignent les très belles et nombreuses photographies illustrant le livre.
Cette vivante première partie est suivie par la présentation des solutions et des gestes techniques expliqués de manière claire et didactique, le tout émaillé de nombreux pas à pas. La palette du jardinier conclue chaque sujet, joli titre bien choisi pour nous conseiller les plantes adaptées aux difficultés et conditions extrêmes traitées dans le chapitre.

Même s’il n’est pas dans ses projets de créer un jardin là où seules pierres et herbes sauvages prospèrent, le jardinier trouvera sans conteste idées, pratiques et informations bien utiles à son jardin d’agrément ou potager. Il ne sera pas inutile de lire avec attention le premier chapitre qui nous engage à apprivoiser le sol par l’utilisation du compost, d’engrais verts et par le paillage. S’adapter au rocher et jardiner en terre sablonneuse intéresseront sans doute un nombre plus restreint de lecteurs. Il en est de même pour le chapitre suivant consacré à la gestion des conditions extrêmes. Se protéger du vent et du soleil s’applique partout alors que la résistance aux sel et embruns concernera les jardiniers du littoral. Cultiver mieux avec moins d’eau constitue à mon sens le cœur de l’ouvrage. C’est bien la pratique reine au jardin qu’il sec ou pas. Arrosage minimal au potager, sobriété au verger, récupération d e l’eau et gestion de l’arrosage constituent ce chapitre essentiel.
Alors que l’interdiction d’arroser les pelouses est de règle en de nombreuses régions, le paragraphe « oublier le gazon » nous offre plusieurs pistes, idées et conseils des plus utiles.

Auteure de plusieurs livres chez Terre vivante, Brigitte Lapouge nous propose, avec Serge cette fois, un bel ouvrage riche d’idées, conseil et d’explications dont la lecture se révèle agréable et utile au lecteur jardinier expérimenté.

Pour feuilleter quelques pages

http://fr.calameo.com/read/0004005479b67a312c64b

samedi 11 avril 2015

J’associe mes cultures… et ça marche !


Editeur : Terre Vivante
Auteur : Claude Aubert
Collection : Facile et Bio
ISBN : 978-2-36098-168-7

L’association des cultures, tout jardinier en a entendu parler mais combien la pratiquent ?
Nous sommes probablement loin de la majorité alors que ce n’est pas bien compliqué. Encore faut-il quelques informations et conseils.
C’est bien plus qu’avec ce livre de Claude Aubert que les éditions Terre vivante nous apportent.

Très peu de théorie, beaucoup de pratique, c’est ce qui m’importe en sur ce sujet et c’est tout à fait ce que renferment les 120 pages de cet ouvrage très simple, pragmatique, clair, abondamment et agréablement illustré.
Claude Aubert commence avec quelques mots sur les critères de choix en matière d’association des plantes, en particulier des légumes, objet principal de notre intérêt pour le potager. Pour améliorer sa production et la préserver des maladies, on évitera tout d’abord d’associer des plantes de même famille. Ensuite, ce sont les caractéristiques physiques (système racinaire, rythme de croissance, hauteur, besoin en fertilisants, occupation de l’espace, qui guideront notre choix. Claude Aubert livre ces éléments sans verbiage inutile.

Ce sont ensuite 36 espèces, pour la plupart des légumes, qui nous sont présentés avec, pour chacune les principales caractéristiques physiques, les associations favorables et défavorables ainsi que les associations proposées par la science. Une science qui n’est qu’une des sources de l’ouvrage, l’autre étant l’expérience des jardiniers et la pratique qui ne rejoint pas toujours la théorie scientifique.

Nous arrivons à la seconde moitié du livre qui se révèle riche en conseils et qui constitue tout l’intérêt de l’ouvrage. Le jardinier y trouvera tout d’abord l’essentiel pour constituer son potager. En planches traditionnelles, en carré, en buttes et même en lasagne, il faudra d’abord faire le choix de base du type de jardin souhaité. Les techniques de culture ne sont pas détaillées, une page seulement leur est consacrée. Si vous voulez en savoir plus sur la fertilisation, les semis et la plantation et surtout sur la rotation des cultures, il vous faudra chercher un autre livre tel le Guide Terre vivante du potager bio.
La vraie valeur ajoutée de ce livre réside ici : la présentation de 25 mariages réussis avec les principaux conseils pour les mettre en œuvre. Pour les débutants ou pour le jardinier recherchant un coach total en association d’espèces, la grande originalité du livre est de proposer un plan et un calendrier des cultures pour des jardins de différentes tailles : mini-jardin de 10m2, potager de 20m2, de 50m2, 100m2 et même 200m2 et plus. Tout, ou presque pour s’y mettre et probablement réussir.
Impossible de résister, je m’y mets cette année et vais essayer quatre des associations décrites par Claude Aubert.

Voici un petit guide bien fait et facile à utiliser. Si, comme moi vous avez depuis longtemps envie de vous mettre aux cultures associées mais n’avez pas encore franchi le pas, vous ne regretterez pas l’investissement modique que constitue ce livre.

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dimanche 8 mars 2015

Le nouveau régime méditerranéen


Auteur : Dr Michel de Lorgeril
Editeur : TERRE VIVANTE
ISBN-10: 236098148X
ISBN-13: 978-2360981489

Première source de santé, notre alimentation se doit aussi d’être financièrement abordable et respectueuse de la planète. Dès le début de son nouveau livre, le Dr Michel de Lorgeril annonce son intension : nous aider à choisir nos aliments selon trois critères : santé, environnement et budget.
Médecin chercheur en nutrition, il adopte une démarche résolument scientifique et reste très prudent sur les limites de cette science qu’il pratique depuis 40 ans.
Souvent les études fiables manquent, c’est alors vers l’empirisme et la tradition du régime alimentaire pratiqué de longue date par les peuples méditerranéens que l’auteur se tourne. Pourquoi donc ? Parce-que selon lui c’est le seul régime alimentaire assez documenté pour servir de modèle nutritionnel et parce que c’est le seul régime qui rassemble autant d’études scientifiques en montrant les bénéfices. Des bénéfices pour le moins séduisants : protection des maladies cardiovasculaires et réduction des risques de cancers, de maladies métaboliques (diabète de type 2, obésité,…), du tube digestif et nerveuses, d’asthme et de maladies oculaires.

Voici donc un volumineux livre sur la nutrition, disciple médicale toute jeune. Rançon de cette jeunesse, souvent les avis divergent. Avis de spécialistes formés et expérimentés mais aussi avis de nutritionnistes ou de naturopathes aux connaissances et compétences douteuses. Face à une telle situation, pourquoi se fier et suivre l’avis et les conseils du Dr Michel de Lorgeril. Son argument est simple et, somme toutes, désarmant : il nous engage à lui faire confiance. Une confiance basée sur son expérience pratique de plusieurs décennies, quatre au total, qui lui ont toujours donné raison, nous dit-il. D’un style simple abordable par tous, dynamique, vivant et agrémenté d’une pointe d’humour, l’auteur traite son sujet avec méthode. Chaque thème est d’abord présenté par les données scientifiques disponibles et toujours Michel de Lorgeril nous livre son avis personnel et ses conseils.

Mais quel est donc ce régime méditerranéen, mode de vie protecteur qui confère à la zone méditerranéenne une espérance de vie parmi les meilleures au monde ?
L’auteur présente la tradition alimentaire des méditerranéens en cinq points :
1- Les végétaux sont le noyau central de leur repas ;
2- Ils ne sont pas végétariens, consomment des produits animaux de façon modérée ;
3- Leurs habitudes alimentaires sont d’une extraordinaire diversité ;
4- Ils mangent des aliments de saison ;
5- Ils mangent beaucoup de céréales, de légumes secs et de fruits.

Michel de Lorgeril se montre un fervent partisan de l’agriculture biologique, de l’utilisation de produits simples, le moins transformés possible et surtout de produits de qualité que l’industrie alimentaire n’est pas en mesure de fournir. Il insiste sur cela à maintes reprises dans les différents chapitres de son ouvrage, chacun dédié à un type d’aliments de la diète méditerranéenne modernisée. Une modernisation que l’auteur considère indispensable à notre époque où bien des choses ont changé depuis le temps maintenant révolu des méditerranéens d’antan. Cette modernisation consiste ici à choisir des types de céréales bien spécifiques et ailleurs à consommer des produits plus exotiques que typiquement méditerranéens.

Produits animaux et de la ferme, du potager et du verger, légumineuses, produits céréaliers, produits de la mer et des eaux douces sont abordés au fils de cet ouvrage de référence et truffé de précieux conseils. Ce sont ensuite la question des lipides et des matières grasses, celle des sucres, sucreries et des édulcorants, du thé, café et chocolat, du sel, poivre et épices et aussi des boissons alcoolisées qui sont traités, toujours sous l’angle des données et études scientifiques disponibles, mais aussi par la tradition alimentaires méditerranéenne et le bon sens. Les aspects économiques et environnementaux possèdent leurs propres chapitres mais se trouvent toujours en filigrane de chaque page. Michel de Lorgeril se révèle d’une nature foncièrement écologiste, promouvant l’agriculture biologique et dénonçant OGM et pilage des océans par la pèche industrielle.

Comme toujours, Terre vivante nous offre ici un ouvrage de grande qualité. Le contenu uniquement textuel de cet ouvrage nous change du livre abondamment et magnifiquement illustré auquel nous a habitué l’éditeur. Le catalogue Terre vivante s’en trouve enrichi d’un ouvrage qui fera probablement référence dans son domaine.

Pour plus d’information

Regardez la présentation de son livre par l'auteur :

Feuilletez quelques pages : http://fr.calameo.com/read/0004005470790e17ad1cd

Consultez le sommaire du livre : http://boutique.terrevivante.org/uploads/Externe/83/LIV_SOMMAIREPDF_246_1419328326.pdf

Et visitez la boutique Terre vivante

mercredi 14 janvier 2015

Catapulte, essai transformé


Auteur : Bernard Blancan
Editeur : Persée (Editions)
ISBN : 978-2-8231-1007-4

Je connaissais Bernard Blancan comme acteur, réalisateur, essayiste et comme blogueur.
Avec « Catapulte », voici l’occasion de découvrir le romancier.

Blanche et glacée, la couverture est à l’image de l’ouvrage, sobre et efficace.
Bien positionné selon le nombre d’or, le titre évoque le sang par sa couleur et sa calligraphie.

Si la mort est au rendez-vous, elle arrive assez tard dans ce polar, laissant une large place à deux thèmes que Bernard connait bien, la sourcellerie et le magnétisme.
Pour autant ce roman appartient-il au genre fantastique ? Une réponse spontanée pourrait être affirmative, ce qui serait cohérent avec la présentation du livre en quatrième de couverture. Pour autant, les pratiques de Ludo le sourcier et de Brochet le guérisseur sont bien ancrées dans le réel comme en attestent les deux essais publiés par Bernard, « Secrets de sourcier » et « Si j’étais guérisseur ». A vous lecteurs de voir… et finalement peu importe.

Des personnages attachants, une atmosphère lourde et légère à la fois, le roman s’avère très prenant tout en restant simple, vrai, émaillé de situations que le lecteur se rappellera avoir côtoyé ou vécu telle la balade à la FNAC pour voir les derniers produits high-tech.
En passant Bernard livre quelques points de vue personnels comme son résumé en une page (bel exploit !) de l’évolution de la société depuis les temps où la religion prédominait jusqu’à la période actuelle où la finance a pris le dessus, en passant par l’industrialisation et le rapport au travail et à la consommation.

Son écriture dynamique, son atmosphère étrange, le caractère un peu magique des sourciers et des guérisseurs, l’intrigue du polar font aussi de ce court roman un beau moment de lecture et un accélérateur de temps qui fait arriver trop vite la dernière page.

En seconde page comme dans l’avant dernière, apparaît un personnage annexe, un second rôle en somme. « Il pourrait être acteur. Il ressemble à un gars qu’on voit parfois dans les téléfilms et qui joue souvent les méchants ou des suspects. ». Tient, ça me rappelle quelqu’un, pas vous ? C’est un écrivain qualifié de scribouillard, alors non, ce n’est pas lui !

Vous avez compris, j’ai beaucoup aimé.
Catapulte : un essai transformé.

jeudi 23 octobre 2014

Silence

Dirais-je que "Silence" est ma revue écologiste préférée ? J'aime aussi beaucoup "L'Ecologiste", mais Silence est quand même mon coup de cœur dans le domaine.
Cela tient certainement à son caractère ouvertement engagé et à sa gestion associative, indépendante, sans subvention ni publicité. Silence n'est pas de toute jeunesse comme en témoignent ses 427 numéros publiés depuis 1982. Au programme, écologie, alternatives et non violence.

Chaque numéro comporte un dossier, des articles, des chroniques et des brèves.
Ces dernières nous informent avec le recul que confère la périodicité mensuelle de cette publication papier.
Silence se révèle être une publication à réelle valeur ajoutée face à la profusion d’information accessible sur l’internet. Silence sélectionne, trie et synthétise l’information. Sa mise en page soignée et dynamique présente de multiples thématiques : alternatives, agriculture biologique, santé, nucléaire, énergies, vélo(rution), OGM, environnement, paix, femmes, hommes, climat, politique, Nord/Sud, Société…

Engagée, la revue l’est assurément et elle le revendique. La tendance est ouvertement antinucléaire, antiOGM, décroissante… rien d’ambigu dans les positions et les points de vue s’avèrent réalistes. Un réalisme qui n’appelle pas toujours l’optimisme tant les sujets abordés sont grave et important et la situation souvent difficile voire catastrophique. Point d’alarmisme cependant et qui plus est, de très nombreuses initiatives positives nous sont relatées. Des initiatives qui viennent d’individus, le plus souvent regroupés en structures de type associatif ou coopératif. Des initiatives salutaires qui font des brèves ou des articles propres à nous remonter le moral !

Bien sûr, Silence n’est pas parfait et ne saurait plaire à tous en tout temps. Le courrier des lecteurs en témoigne, Silence publie aussi les lettres de critiques qui portent souvent sur des points bien ciblés par des lecteurs exigeants. Certaines sont bien dures, bravo pour cette transparence !

Vous l’aurez compris, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de Silence que je lisais occasionnellement il y a bien longtemps et auquel je suis abonné maintenant. Après 6 mois de lecture, je repars pour 2 ans d’abonnement à cette presse dont l’indépendance forcément difficile à assumer financièrement. Alors, pourquoi pas la soutenir vous aussi ?

Pour plus d’information

http://www.revuesilence.net/

samedi 11 octobre 2014

Le défi climatique

Par Jean Jouzel et Anne Debroise
Editeur Dunod
Collection Quai des sciences
ISBN 210070527X
EAN 978-2100705276

Par ce nouvel ouvrage consacré au réchauffement climatique Jean Jouzel et Anne Debroise se veulent faire le point sur ce problème en se basant sur le cinquième rapport du GIEC.

Membre du GIEC, Jouzel connait bien le sujet qu’il nous présente avec nombre de références techniques et de chiffres. Son poste de directeur de recherches au Commissariat à l’Energie Atomique est bien loin de lui conférer une position de chercheur indépendant, nous le verrons dans les lignes qui suivent. Très médiatique, on ne compte plus ses conférences et prestations télévisées.
Anne Debroise est journaliste et collabore entre autres à Sciences et Vie.

L’ouvrage commence par reprendre les conclusions du GIEC : le réchauffement climatique est une certitude. Si vous êtes réfractaires aux chiffres, sautez le premier chapitre et allez directement au second qui présente les méthodes d’investigation qui permettent aux experts de connaitre et comprendre les évolutions passées du climat terrestre. Dans la foulée ces évolutions nous sont exposées. Si vous n’aimez pas la technique, passez le chapitre 2 et rendez vous sur le 3. Là c’est un piège, je y n’ai rien compris aux leçons du passé. Par contre, l’effet de serre est très bien expliqué, c’est toujours ça de pris…

C’est certain à 95% : l’homme est responsable du changement climatique, mais rassurons nous rien n’est perdu. En effet, souvenez-vous de la lutte contre le trou dans la couche d’ozone. Hé bien cette lutte fut gagnée par l’élimination de l’usage des gaz CFC. De plus, maintenant le GIEC existe et a obtenu le prix Nobel de la paix en 2007. Jouzel est ainsi co-détenteur de ce prix et il s’insurge que tant de gens aient glossé sur cette attribution. N’est-il pas que les scientifiques du GIEC ont mené une coopération d’idées, Jouzel espère que l’avenir verra surgir une coopération d’actions… En effet c’est éminemment souhaitable mais c’est mal parti et là, les auteurs vont va tourner autour du pot et nous mener en bateau sur les vagues de la bonne conscience et du politiquement correct.
De bien faibles vagues en vérité, le livre est extrêmement loin d’être contestataire, vous l’aurez compris.

Les climato-sceptiques sont décriés à juste titre sans plus insister qu’il ne faut. Hé oui le livre a aussi du bon, j’y reviendrai. Les auteurs en viennent à envisager l’avenir climatique et nous disent que l’effet de serre va continuer à croître car le changement climatique est maintenant inéluctable. Banquises, glaciers, mers, eau, vie marie, biodiversité sont et seront touchés, c’est affigeant.
L’homme ne sera pas épargné : maladies, réfugiés climatiques, pics de chaleur, conséquences sur l’agriculture etc… Mais l’industrie s’adaptera nous dit le livre. Je n’en doute pas, elle surfe déjà sur la vague, bien rentable celle là, du développement durable.

La France ne sera pas épargnée. Les impacts probable que nous subirons du réchauffement climatique seront canicules, rivières instables, les paysages agricoles seront bouleversés et les forêts plus vulnérables. Notre pays sera l’un des plus exposés à l’augmentation du niveau des mers.
Révélation de l’ouvrage : l’avenir sera décarboné. Si vous n’étiez pas au courant, lisez. Ce sont les combustibles fossiles qui posent problème et le GIEC l’a dit, il faut agir et réduire les émissions de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre (GES).
Bonne nouvelle, les gouvernements s’occupent du climat (si si !) et cela au niveau international. Le livre leur rappelle les moyens qui sont à leur disposition et résume les différentes grandes conférences internationales (COP) qui se sont tenues jusqu’ici.
Il est affligeant de lire que la lutte contre le réchauffement climatique se trouve dans une situation étrange. Vous avez dit étrange ? Hé bien oui, les auteurs se demandent pourquoi les émissions (de CO2 et autres) continuent d’augmenter alors que le diagnostic scientifique est clair et semble accepté par les politiques ! Naïveté ? Malhonnêteté ? Position politiquement correcte ? Écœurant mais classique dans la position de Jouzel, impliqué dans l’industrie nucléaire et référent scientifique des gouvernements.
Jouzel constate que les objectifs fixés par le protocole de Kyoto pour la période 2008-2012 n’ont pas été atteints et que le marché du carbone est en panne. Ne cherchez pas une critique de ce système de quotation du carbone, il n’y en a point dans ce livre qui ne remet surtout pas en question le système qui est à l’origine du problème. Pas de vague.
Dans la même veine, les auteurs nous disent que la crise économique tombe mal, qu’elle rend la transition énergétique plus chère et qu’elle affecte le progrès technologique nécessaire à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Evidemment il n’y a pas un mot sur le fait que toutes les crises sont liées et causées par le système productiviste et capitaliste. La position affichée est aux antipodes de la réalité qui est que la technologie ne résoudra pas le problème climatique, que les solutions existent et que ce qu’il manque c’est la volonté politique des les mettre en œuvre. Pire encore, Jouzel fait la promotion des agrocarburants dont il liste pourtant les méfaits (concurrence avec les productions alimentaires, déforestation, engrais, pesticides) mais qui, pour lui, constituent un mieux par apport aux carburants fossiles !

Forcément tout n’est pas critiquable dans ces pages qui reconnaissent l’impossibilité d’une croissance infinie, qui critiquent la technologie qui repousse la raréfaction des énergies fossiles et qui concèdent que la croissance économique n’est pas forcément synonyme de bien être accru. Des positions toujours sur le fil du rasoir et qui tentent d’impossibles compromis, prenant bien soin de ne pas mettre le système en cause. Citons par exemple : « soyons clairs, la lutte indispensable du point de vue du climat ne freine en rien le développement économique, au contraire ». Je traduis : messieurs les chefs d’entreprise, spéculateurs, financiers, ne vous inquiétez pas, on va faire durer le système, il y a de quoi faire du business et faire rentrer de l’argent « vert ».
Du fil du rasoir on tombe dans l’enfer pro-nucléaire en décernant le titre de bon élève à la France dont chaque habitant émet en moyenne 5 tonnes de CO2 « seulement » chaque année, nous lisons : « grâce à un choix énergétique contesté par certains : celui de l’énergie nucléaire ». Hé oui, monsieur Jouzel travaille bien au CEA ; cela apparaît de manière claire lorsque il appelle au développement du nucléaire comme faisant partie des nombreuses solutions pour rendre le secteur énergétique moins émetteur (de GES) ! Le GIEC affiche lui aussi des positions pro-nucléaires comme le regroupement des énergies renouvelables, des énergies émettrices de CO2 mais équipées d’un système de capture et aussi du nucléaire sous le vocable «énergies bas-carbones et décarbonées». Terrible amalgame !

A l’évidence, Jouzel préfère le nucléaire aux pétrole et gaz non conventionnel qu’il qualifie de «mauvaise nouvelle pour le climatologue». Une critique bien gentillette même s’il affirme que la perspective d’extraire jusqu’à la dernière goutte de combustible fossile n’a aucun sens. C’est peu dire ! Revenant aux «carburants verts », comprenons les agrocarburants, la critique est légère ici aussi puisque limitée à la concurrence qu’ils font en terme de surface aux productions agricoles alimentaires et à l’usage de pesticides qu’ils encouragent.
Les auteurs en viennent à manier les contres vérités en abordant la nécessité d’une production continue d’électricité assortie d’un ajustement à la demande. Selon eux, en France, la production de base est assurée par le nucléaire (c’est vrai) et l’ajustement par l’hydroélectricité. C’est oublier la mise en route des centrales thermiques et l’importation entre autres d’Allemagne qui fait tourner ses centrales à charbon. Ailleurs Jouzel endosse un autre costume, celui de promoteur des barrages, leur attribuant la qualité d’être une solution de stockage d’énergie simple et propre ! C’est ignorer tous les impacts néfastes des barrages sur l’environnement et les populations !
Manipulation ou mensonge par omission sont au rendez-vous en reconnaissant aux énergies renouvelables l’avantage, par rapport aux énergies fossiles, d’être produites par de petites unités proches de l’endroit où elles seront utilisées. Monsieur Jouzel, le nucléaire n’est elle pas une énergie hyper centralisée ?

Un chapitre entier est consacré à « la question de l’énergie nucléaire ».
Là aussi les omissions vont bon train. Exemple : « la production (d’électricité nucléaire) émet peu de GES ». Evidemment Jouzel ne parle pas de tout le reste de la filière nucléaire, de l’extraction du minerai au démantèlement et au traitement des déchets, en passant par toute la fabrication du combustible et des multiples transports nécessaires à tout cela. Le rapport du GIEC auquel les auteurs se rapportent sans cesse, est cité pour noter que les problèmes posés par le nucléaire sont les risques. C’est bien le moins, et là encore beaucoup de problèmes manquent à l’appel, pour ne citer que les pollutions radioactives et chimiques, l’absence de démocratie, les déchets, le démantèlement... Pire, le rapport soulignerait que les nouveaux cycles du combustible et les nouvelles technologies vont résoudre des problèmes liés à la sécurité et aux déchets. Et encore, ITER devrait être opérationnel en 2020 mais la phase de production débuterait… à la fin du siècle, donc trop tard pour résoudre le problème des énergies fossiles !
Si les positions sont bien pro-nucléaires, la nécessité d’un changement de vie colossal est malgré-tout affirmée. Ne serait-ce pas contradictoire ?
Bien dans le moule nucléocrate et politique, les auteurs dressent le tableau d’une France aux avants postes de la lutte climatique ! Nos gouvernements agissent ! Notons l’absence de parti-pris, ni droite ni gauche, ni autre. De quoi encore ménager la prochaine majorité à accéder aux commandes.

Nous arrivons, enfin, à la conclusion en forme de plaidoyer à agir pour relever le défi climatique. Rien qui ne puisse inquiéter l’oligarchie ni même le citoyen : « une société sobre en carbone est tout à fait à même d’assurer un développement harmonieux »… pour peu qu’il soit fixé un prix unique au carbone… qu’une organisation mondiale de l’environnement voie le jour… et que la conférence Paris climat de 2015 soit à la hauteur de ce défit de civilisation qu’est la préservation d’un climat à la température modérément augmentée.

jeudi 2 octobre 2014

Un empoisonnement universel - Comment les produits chimiques ont envahi la planète, la lecture...

Il y a quelques temps je vous annonçais la sortie du nouveau livre de Fabrice Nicolino, c'est ici.


Evidemment j’en ai débuté la lecture, le jour même où il prenait place sur les étagères des libraires.
Je ne lis pas vite. Faute de temps. Par contre, il n’est pas question de faire un résumé suite à une lecture rapide ou, pire encore, une synthèse des articles largement disponibles sur internet.

Nicolino a pour objectif rien moins que d’expliquer comment nous sommes arrivés à une pollution chimique mondiale de l’environnement et du corps humain, comment, pourquoi et qui sont les responsables.
A ce, un quart de l’ouvrage, je dois dire qu’il est passionnant. Nicolino tient ses promesses avec une plume affutée, allègre et fort bien documentée, un style posé qui éclaire les faits sans polémique.

L'histoire commence avecl’alchimie, somme toute assez sympathique qui cède vite à une horreur grandissante à la noirceur humaine. 45 ans suffirent pour qu’entre 1900 et 1945 les grandes entreprises de la chimie mondiale (essentiellement allemande au début), se constituent et alimentent l’holocauste et fassent mourir des hommes par million. Explosifs, colorants, engrais azotés, pesticides et gaz de combats sont créés par les mêmes sociétés et les mêmes chimistes. Après avoir habillés les jambes féminines de Nylon, ces mêmes hommes ont, avec les physiciens, conçu, développé et produit les bombes atomiques qui déchirèrent le ciel d’Hiroshima et Nagasaki en Aout 1945. Naviguant avec aisance entre nazisme, armée et industrie, la plupart des chimistes coupables ne furent que peu inquiétés, obtinrent des postes de haut niveau dans leurs sociétés et moururent dans leur lit.

Les 2 grandes horreurs que furent l’holocauste et les premières bombes nucléaires ne furent que les prémices de nombreux, bien que d’ampleur plus modeste, autres crimes contre l’humanité perpétrés un peu partout sur la planète. Quelques pages nous en résument l’horreur. Alors que je referme livre à l’issue de ses 2 premières parties pour écrire ces lignes, Nicolino a prévenu que l’impunité restera de mise dans les époques suivantes qui ne s’annoncent pas meilleures… Je poursuis avidement, sachant bien que les pages à venir montreront la nature humaine dans sa terrible réalité. Bien sur je vous en reparlerai ici très prochainement.

Merci Fabrice de formidable travail et de l'éclairage donné sur cette sombre face de l'humanité.
Un livre fondamental, à lire, faire lire et une vision du monde à partager aussi plus largement que possible.

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